ANÉVRISMES SPONTANÉS
Procédé de l’auteur. — Le malade couché et préalablement éthérisé, le bras étendu sur le lit, je m’assis sur une chaise commode pour être sûr de tous mes mouvements; et je fis, immédiatement audessous de la tumeur, et sur le trajet de l’artère, une incision verti- I cale d’environ deux centimètres et demi. Je divisai la peau d’abord, puis i le tissu cellulaire, écartant avec soin la veine médiane basilique, qu’un I aide attira en dedans avec un crochet mousse ; je divisai l’aponévrose sur la sonde cannelée dans la même étendue que la peau ; puis, guidé par les battements de l’artère, je la mis à nu et la liai assez profondément dans la plaie. Je procédai alors à une seconde incision au-dessus de la tumeur; l’artère fut mise à nu et liée avec les j mêmes précautions, et j’obtins ainsi une guérison radicale.
III est important de commencer par lier le bout inférieur, afin d’être toujours dirigé, dans la seconde ligature, par les battements de l’artère. L’opération est bien un peu délicate, mais elle est sûre, et c’est ! à peine s’il y a quelques gouttes de sang répandu.
Art. III. — Des anévrismes spontanés.
A part le traitement de Valsalva, qui est purement médical, et qui seul n’a peut-être jamais procuré une guérison, on peut diviser en trois classes les moyens proposés contre les anévrismes , selon qu'ils s’appliquent sur la tumeur même, ou bien au-dessus ou audessous, sur le tronc artériel.
I" Sur la lumeur anéurismalc.
Quatre principaux moyens.
T Les topiques slypliques et réfrigérants , dans le but de coaguler le sang dans la tumeur et d'obtenir ainsi son oblitération. Uni à la l méthode de Valsalva, ce moyen a obtenu quelques succès.
M. Leroy d'Étiolles) avait proposé d’établir une double compres-
Ision au-dessus et au-dessous delà tumeur pour favoriser la coagulation du sang par la glace; idée ingénieuse, mais qui u’a pas encore été mise à exécution.
2" La compression médiate, à l’aide de compresses et de bandes. \ Cette compression est toujours périlleuse, en ce qu'elle teud à refouler le sang entre la tunique externe et les tuniques internes, con- :l séquemment à agrandir la poche et ii lui donner le grave caractère d’anévrisme disséquant. Elle doit donc être absolument rejetée.
3" L'élcclro-punclure , dont la première idée revient à M. Gué- 1 rard, la première application à M. Liston, en 1838. Elle a pour
MEDECINI! OPERATOIRE.
but, comme l’application des réfrigérants, de coaguler le sang dans la tumeur ; mais pour que le caillot ne soit pas entraîné à mesure qu’il se formera, il importe d’établir une compression préalable sur l’artère au-dessous de l’anévrisme; les très petites artères peuvent seules se passer de cette précaution, qui est indispensable pour les autres.
Le malade couché ou assis fixement dans un fauteuil, ou enfonce dans la tumeur anévrismale une aiguille fine d’acier, puis une seconde qui doit croiser à angle droit la première, et se trouver en contact avec elle ; et l’on fait communiquer les têtes des aiguilles avec les pôles d’une pile de force moyenne, que l’on augmente au besoin.
On peut faire agir la pile durant 10, 20 et jusqu’à 23 minutes, selon la tolérance du malade, et varier durant ce temps la direction des courants. Enfin, pour peu que la tumeur soit volumineuse, il faut j multiplier les aiguilles et les courants, pour former des noyaux de caillots en divers points et hâter ainsi la coagulation générale. On applique ensuite de la glace sur la tumeur, et l’on continue la compression au-dessus autant que possible.
Cette méthode a réussi dans quelques cas d'anévrismes peu considérables, notamment dans des anévrismes consécutifs, suite doue saignée malheureuse; pour ceux d'un certain volume, elle a généralement échoué. Elle détermine d’assez vives douleurs pour que certains sujets n’aient pas voulu s’y soumettre jusqu'au bout; et elle expose à un danger sérieux, la cautérisation des parties molles traversées par les aiguilles, cautérisation qui, à la chute des escarres, fait communiquer le sac avec l’extérieur. Aussi, après avoir un moment attiré l’attention, cette méthode tendait-elle à tomber en désuétude, quand MM. Wcrtheimber et Baumgartcn ont cherché à expliquer scs succès et ses revers, et à préciser les conditions d’application indispensables. Suivant eux, en faisant agir sur les aiguilles les deux pôles à la fois, on obtiendrait bien la coagulation, mais avec péril delà gangrène; le pôle positil en contact avec les aiguilles, 1 autie seulement avec la peau, on aurait la coagulation sans danger , et enfin le pôle négatif seul échouerait le plus souvent à coaguler le sang. Ces conclusions ont d’ailleurs encore besoin de la sanction d’une plus vaste expérience, et jusqu’ici le chirurgien doit se tenir sur la réserve.
4" L'incision. Après avoir établi une compression sur l’artère, on ouvrait largement le sac, qu’on vidait du sang qu’il contenait; alors on établissait une compression à l’aide de charpie et de compresse» placées dans le sac anévrismal même (Guatlani, Sabatier ; ou bien, à l’aide d’une sonde de femme introduite tour a tour dans le bout supérieur et dans le bout inférieur du vaisseau, on soulevait 1 artère, et l’on plaçait au-dessus et au-dessous du sac une ou plusieurs ligatures.