DES ENCHONDROMES ET DES EXOSTOSES
Quelquefois l'adhérence avec la gaine des tendons est telle, que «elle-ci est nécessairement intéressée. Cet accident est arrivé à Nélaton et à Velpeau, et le tendon s'est trouvé mis à nu; cependant la cicatrisation s'est faite sans compromettre le mouvement des doigts.
On a rencontré cette sorte de tumeur dans le sinus maxillaire ; îiprès une ouverture suffisante des parois du sinus, l'enchondrome s'est laissé extraire sans difficulté.
2' De V enchondrome ou exostose soiis-périostale. — Il est rare de rencontrer cette tumeur à l'état purement cartilagineux; aussi est-elle désignée généralement sous le nom d'exostose. Son siège le plus commun est sous l'ongle du gros orteil; on la retrouve aussi sous l'ongle des doigts, et enfin sur d'autres parties du squelette. Quelquefois sa base est encore cartilagineuse, quand l'ossification s'est déjà emparée du reste; ou bien toute la tumeur est transformée en un tissu spongieux, qui s'enfonce plus ou moins dans l'os primitif; enfin, la fusion osseuse est complète, mais alors la tumeur rentre dans les exostoses proprement dites.
Le caractère essentiel de cette tumeur est donc de prendre sur l'os sous-jacent des racines généralement superficielles, mais qui doivent être enlevées si l'on ne veut voir l'exostose repulluler.
Ainsi, pour l'exostose sous-unguéale, Dupuytren l'enlevait au ras de la phalange avec le bistouri tenu à pleine main comme un canif; A. Cooper avec une petite scie; mais ils étaient exposés à récidive. Velpeau semble avoir mieux pressenti l'indication: après l'ablation de la tumeur avec le bistouri, il portait sur ses restes le cautère actuel, mais sans dire dans quel but, et seulement comme pour arrêter l'hémorragie. Aussi l'incertitude du résultat avait conduit Liston, Lenoir et Velpeau lui-même à amputer la phalangette. Une notion plus précise de la structure de la tumeur a suggéré à Malgaigne un procédé moins rigoureux et aussi sûr.
Procédé de Malgaigne. — Avec un fort bistouri tenu à pleine main comme un canif, il enlève d'arrière en avant la portion de l'ongle soulevée par la tumeur, et met ainsi l'exostose à découvert. Alors, à l'aide de la gouge, non seulement il détruit la tumeur jusqu'au niveau de la phalangette, mais il creuse et déracine le tissu spongieux de l'exostose, jusqu'à ce qu'il soit arrêté parle tissu sain de l'os, recomiaissable à sa dureté et à sa teinte grisâtre. Il reste alors une petite capsule creusée dans la pha-
langette, qu'il remplit avec une boulette de charpie pour procurer la suppuration.
Malgaigne a appliqué plusieurs fois ce procédé avec un succès constant, et Marman a réussi de même pour une exostose sousunguéale du doigt indicateur.
Dans un cas d'exostose sous-périostal siégeant sur le pubis, et ayant une base cartilagineuse, Regnoli, après avoir séparé la tumeur avec la gouge et la marteau, cautérisa au fer rouge la surface de l'os sur laquelle elle était implantée, et obtint une rapide guérison. Le curage avec la gouge permet mieux de voir ce qu'on fait, et surtout d'aller jusqu'aux dernières limites du mal; j'estime donc qu'il mérite la préférence.
III. — Enchondrome enkysté des os ; exostose cartilagineuse médullaire de A. Cooper.
Ici la tumeur est plus profonde, et développée dans l'os même, qui s'étale autour d'elle de manière à lui former un véritable kyste osseux. A. Cooper rapporte l'observation d'un enchondrome de ce genre, qui occupait une partie du corps du maxillaire inférieur; il enleva avec le bistouri la portion externe de la coque osseuse, et mit ainsi à nu une masse cartilagineuse, qui fut extraite de son kyste à l'aide d'un élévateur.
Ces cas sont rares, et ne peuvent être diagnostiqués qu'à demi, par le bruit de craquement que détermine la pression des doigts sur la coque osseuse amincie. Cela suffit pour reconnaître le kyste ; la nature exacte du contenu ne se révèle guère que pendant ou même après l'opération.