ÉCRASEMENT LINÉAIRE
mettent de voir les progrès de récrasement et le diamètre de l'anse.
Il va sans dire que l'écraseur ne peut agir que sur les parties molles. Parmi celles-ci, la peau est le tissu qui offre la plus forte résistance, si forte même quelquefois qu'à vouloir la surmonter on risquerait de briser l'instrument. Mieux vaut, en pareil cas, procéder à la section de la peau par le bistouri, soit avant, soit après l'écrasement des autres tissus.
Les muqueuses, les muscles, les tissus fibreux n'offrent pas de résistance sérieuse. Les tendons mêmes céderaient à des écraseurs d'une grande force, il vaut mieux, toutefois, lorsqu'ils résistent recourir au bistouri pour en achever la division.
Mais le point le plus important est l'action de l'écraseur sur les artères. En soumettant à cet instrument l'artère carotide d'un vieillard, on reconnut que les tuniques internes étaient coupées et refoulées comme dans la torsion, la tunique externe si étroitement collée à ellemême par la force de la pression, qu'une forte insufflation ne parvenait pas à se faire jour. Sus les animaux vivants, le résultat varie selon que l'écrasement est fait avec rapidité ou avec lenteur. Lorsque la section est trop rapide, il se fait des hémorrhagies; quand elle est lente, il n'y a d'hémorragie ni primitive, ni consécutive.
Le mode d'action de l'écraseur de Chassaignac ressemble quelque peu à celui delà scie, car à chaque mouvement des poignées, la chaîne d'abord tirée à gauche est ensuite tirée à droite et mâche les tissus. Au contraire, lorsqu'on emploie un serre-nœud plus ou moins volumineux, c'est-à-dire lorsqu'on diminue peu à peu le diamètre de l'anse par l'action d'une [simple vis, cette mâchure des tissus ne peut avoir lieu; ils sont simplement serrés jusqu'à section complète. Cette différence dans le mode d'action explique comment les hémorrhagies sont beaucoup moins rares avec l'écraseur qu'avec les serre-nœuds de de Graefe modifiés, tels qu'on les emploie quelquefois pour pratiquer l'écrasement.
FiG. 33.
Ecrascui'de Maisonneuve, petit et grand
modèle.
L'écraseur de Maisonneuve (fig. 32) qui n'est qu'un serre-nœud plus fort que le serre-nœud ordinaire, n'agit que par pression et n'a point le double mouvement de l'écraseur de Chassaignac.
Lorsque la tumeur est très volumineuse, on la traverse à sa base au moyen d'un trocart, et l'on introduit par le trajet les chaînes de deux ou trois écraseurs qu'on fait agir simultanément; on diminue ainsi la durée de l'opération, et l'on évite le danger de voir une seule chaîne se briser devant une résistance trop énergique.
La. manœuvre de l'écraseur est longue, car il faut agir lentement. En général, lorsqu'on n'a pas d'hémorrhagie à craindre, on peut serrer de manière à n'employer qu'une demi-minute et môme moins pour faire rentrer dans la gaine chaque maillon de la chaîne; autrement, une minute pour chaque maillon est le plus long espace de temps qu'on puisse exiger pour être en mesure contre toute éventualité dliémorrhagie.
La douleur est très vive au premier moment de la constriction; mais elle s'atténue très vite, à mesure que l'étranglement s'accroît. Sans admettre, avec son inventeur, que l'écraseur mette à l'abri de l'érysipèle, du phlegmon diffus, de l'infection purulente, on peut regarder comme certain que cet instrument méthodique, ment appliqué obtient la séparation des tissus sans hémorrhagie, au moins quand il n'y a que des artères d'un médiocre calibre, et que les plaies qu'il laisse après lui guérissent presque aussi bien que si elles avaient été faites avec un instrument tranchant.