PARALLÈLE DES AMPUTATIONS
suite, dans la pratique hospitalière et lorsqu'il s'agit d'ouvriers et de cultivateurs, je repousse formellement l'amputation susmalléolaire. Je n'ignore pas que dans des cas, très rares il est vrai, le malade amputé par le procédé à lambeau postérieur a pu marcher avec une simple bottine et en prenant son point d'appui sur le moignon ; mais ce sont là des faits tellement exceptionnels qu'on ne doit pas en tenir compte lorsqu'on apprécie les chances qu'on laisse au malade qu'on se propose d'amputer. Il faudra de toute nécessité appliquer un appareil prothétique prenant son. point d'appui sur l'ischion, ou tout au moins sur les saillies du membre; or, tous ces appareils coûtent fort cher (il ne saurait être question de l'absurde appareil auquel M. le comte de Beaufort a donné le nom prétentieux de prothèse du pauvre); ils ont souvent besoin de réparations qu'on ne peut faire faire au village, et il faut, après quelques années, les renouveler; de plus ils ne permettent pas facilement les longues marches ou même la marche dans de mauvais chemins, de telle sorte que l'amputation intra-malléolaire ou même sus-malléolaire, à laquelle on peut presque toujours substituer l'amputation tibio-tarsienne avec résection du plateau tibial, est une opération que je repousse, excepté pour les malades possédant certaines ressources pécuniaires et adonnés à un certain genre de vie. Pour l'ouvrier, lorsque l'amputation tibio-tarsienne n'est pas possible, je n'hésite pas à conseiller l'amputation au lieu d'élection, bien qu'elle soit incontestablement plus grave que l'opération faite au bas de la jambe ou à son tiers moyen.
Pour des raisons analogues, je repousse plus formellement encore l'amputation médio-tarsienne ou de Choppart. Elle expose au danger de l'inflammation des articulations tibio-tarsienne et calcaaéo-astragalienne; elle laisse dans la plupart des cas, par suite du renversement du calcanéum en arrière, une base de sustentation des plus défectueuses. Toutes les fois qu'elle est possible on peut y substituer une des amputations tibio-tarsiennes, et comme elle expose la vie du malade aux mêmes dangers que ces amputations, je ne vois guère de cas dans lesquels on puisse être amené à la leur préférer.
Reste donc Tamputation sous-astragalienne et l'amputation tibio-tarsienne avec les procédés de Syme, de J. Roux, et les amputations ostéo-plastiques. La marche s'exécute en général assez bien après l'amputation sous-astragalienne pratiquée par le procédé J. Roux-Verneuil-Nélaton, c'est-à-dire avec le lambeau pris aux dépens du talon et ménageant les chairs du bord interne du pied, mais elle ne l'emporte pas sous ce rapport sur l'ampu-
tation tibio-tarsienne de J. Roux, et quant à l'avantage de conserver un peu plus de longueur au membre, ce soi-disant avantage n'est qu'apparent.
Si le membre est un peu plus court, il suffit de placer dans la chaussure un petit coussin. Celte adjonction n'a aucun inconvénient. Loin de là, elle peut avoir l'avantage, si la peau atteinte de troubles trophiques est sujette à s'ulcérer, de permettre de donner au pied une base de sustentation plus douce que celle que donne la semell du soulier. J'élimine donc encore la sousastragalienne.