APPLICATION DU FEU, OU PYROTECHNIE CHIRURGICALE
Il y a deux moyens d'appliquer le feu : 1° les cautères métalliques, appelés aussi cautères actuels; 2" diverses autres substances, comme l'eau et l'huile bouillantes, le moxa, la poudre à canon, le phosphore en ignition, etc. Nous ne traiterons ici que des premiers, les autres appartenant à la petite chirurgie.
ISZ3X
FiG. 34.
Cautères cultellaîre, nummulaire, olivaire, en bec d'oiseau.
Les cautères sont composés d'un manche, d'une tige et d'un renflement ou extrémité cautérisante.
Le manche, de buis ou d'ébène, peut être fixé à la tige, ou s'en séparer à volonté et servir alternativement pour tous les cautères; alors il se compose de deux parties, l'une de bois, de 8 centimètres environ de longueur, surmontée de la seconde, espèce de demicolonne d'acier longue de 6 centimètres, percé d'un canal destiné à recevoir la queue de la tige, que l'on y fixe à l'aide d'une vis de pression. La tige et le renflement sont d'acier; la tige est arrondie en baguette, et le renflement peut prendre diverses formes, d'où les cautères ont tiré leurs noms spéciaux. On peut toutefois les réduire à quatre : le cautère olivaire^ terminé par un renflement en olive ;lc cultellaîre, figurant une petite hache à tranchant mousse ; le nummulaire, disque de 3 centimètres de diamètre sur \ cen-
timètre environ d'épaisseur ; le conique ou en bec d'oiseau, terminé par une pointe supportée par un renflement sphérique destiné à servir de réservoir pour le calorique, la ténuité du bec l'exposant à un trop rapide refroidissement.
Pour les appliquer on les fait chauffer à un feu de charbon très ardent dans un réchaud portatif; un aide les entrelient au degré de chaleur convenable. La chaleur, mesurée d'après la couleur que prend l'acier, varie en montant du gris au rouge obscur, au rouge cerise, et enfin au blanc, qui en indique le maximum. Plus le métal est chaud, mieux il détruit les parties et moins il cause d'irritation; en sorte que le cautère à blanc l'emporte de tous points sur les autres.
L'instrument suffisamment chauffé, on l'assujettit sur le manche ;
FiG. 35.
Cautère objectif de Cuvellier.
on saisit ce manche à pleine main, en l'enveloppant au besoin d'une compresse; on l'applique sans délai suivant les procédés que nous allons décrire; puis on l'éteint dans l'eau froide. On emploie le cautère actuel de trois manières :
1° Cautérisation objective ou à distance. — On fait chauffera blanc le cautère nummulaire, et on l'expose d'abord à 16 centimètres de distance des parties qu'on veut stimuler, en le rapprochant à mesure qu'il se refroidit. Une seule application suffit pour l'ordinaire.
Cuvellier, médecin inspecteur de l'armée, a employé la cautérisation objective contre les névralgies et a imaginé une sorte de cautère objectif d'un usage très commode. 11 consiste en une toile métallique (fig. 35) tendue sur un cadre, supportée par un manche,
6i OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES.
et sur laquelle on applique quelques charbons. On graduela température suivant qu'on approche ou qu'on éloigne l'instrument, qui conserve très longtemps la chaleur, ce qu'on ne peut obtenir avec le cautère ordinaire.
Cette cautérisation fait rougiret gonfler les tissus, y développe une douleur assez vive, en un mot produit une inflammation artificielle, utile dans les ulcères atoniques et certaines tumeurs scrofuleuses. Mais on en obtient des résultats bien plus remarquables encore sur les plaies en voie de cicatrisation, en tenant le cautère à distance,pour dessécher lentement la surface suppurante sans l'irriter, et en continuant pendant une heure et plus. J'ai réussi souvent ainsi à obtenir dans une seule, séance, pour de petites plaies, une cicatrice complète; et pour les plaies les plus larges, on les voit quelquefois se rétrécir presque à vue d'œil.
2° Cautérisation légère ou par simple contact. — Elle se pratique suivant deux procédés : cautérisation transcur rente, et cautérisation ponctuée.
La cautérisation transcurrente consiste à promener sur la peau le cautère cultellaire chauflé àblanc, et à tracer ainsi, avec vitesse et légèreté, des raies dites raies de feu, qui n'intéressent que la surface du derme. Le nombre de ces raies varie suivant l'eftet qu'on veut produire : leur directibn, tout aussi variable, suit en général la longueur des membres. On peut, si l'on n'est pas sûr de sa main, tracer d'abord des lignes avec de l'encre, et effleurer à peine la peau avec le premier cautère, afin qu'il suffise à parcourir toutes les lignes tracées. On en emploie un second, ou l'on fait réchauffer le premier s'il est nécessaire, et on le repasse, sans appuyer, sur les mêmes lignes. Il est inutile d'ajouter qu'on aggrave ainsi, en la prolongeant, la douleur produite par la cautérisation.
L'eschare de ces raies est de couleur d'or, et ne semble d'abord qu'un trait léger; mais elle s'élargit peu à peu, et entame le derme à une profondeur variable, qui cependant ne doit jamais aller jusqu'à le diviser en entier.
La cautérisation ponctuée se fait avec le cautère olivaire rapidement posé par sa pointe sur les téguments; c'est ce qu'on appelle des pointes de feu.
Le nombre de ces pointes varie, comme celui des raies de feu, selon l'effet qu'on veut produire.
3" Cautérisation profonde ou inhérente. — Elle consiste à
appuyer le cautère chauffé à blanc sur des tissus dégénérés ou sur des plaies de mauvais caractère. La forme du cautère et les précautions à prendre pour garantir les tissus voisins varient selon les cas et les régions. Quant à la force avec laquelle il faut appuyé I', le chirurgien doit se rappeler que les effets du cautère s'étendent toujours au delà du point oii il s'est arrêté, et que s'il a brûlé les tissus dans une épaisseur de 6 millimètres, l'eschare en aura 4 de plus.
Pour garantir les parties voisines, on peut les recouvrir de linges mouillés ; d'un emplâtre ou d'un morceau de carton percé au centre d'une ouverture suffisante. Si l'on cautérise au fond d'une cavité naturelle, la muqueuse sera protégée par une canule de bois ou de métal. Pour la cautérisation du col utérin, ou emploie un spéculum plein, d'ivoire ou de buis, l'important est de cautériser vite, pour que l'action du feu n'ait pas le temps de se communiquer trop loin.
S'il faut porter le cautère profondément à travers un ulcère fistuleux, on élargira l'ulcère au besoin, et l'on attendra que le sang ait cessé de couler; on peut alors se servir avec avantage des conduits de carton imaginés par Camper, ou mieux encore, du cautère électrique. Nous y reviendrons en traitant de la carie.
Voillemiera proposé de recouvrir d'une couche de collodion les parties voisines de celles qui doivent être cautérisées. C'est un moyen peu utile dans la pratique. Il faut ou opérer en deux séances et appliquer d'avance le collodion, ou attendre assez longtemps pour que tout l'éther qui le constitue soit évaporé, sans quoi l'on s'exposerait à voir l'éther s'enflammer au contact du fer rouge. Une compresse trempée dans l'eau protège mieux et ne demande pas d'autre précaution que celle de ne pas l'imbiber assez pour qu'elle laisse écouler de l'eau qui refroidirait le cautère. Des faits récents ont montré qu'il n'est pas inutile, aujourd'hui qu'on se sert de la pulvérisation d'éther pour obtenir l'anesthésie locale, de rappeler que cette manière de procurer 'insensibilité ne doit pas être employée lorsqu'on veut se servir du cautère actuel. On s'exposerait à voir l'éther prendre feu et à produire des accidents graves de brûlure. Du reste, la douleur occasionnée par la cautérisation n'est pas aussi cruelle qu'on le croirait, surtout si le cautère a été extrêmement chauffé; il n'y a guère que celle de la peau qui soit très vive, les tissus adipeux, musculaires, sont beaucoup moins sensibles, les os sentent à peine; enfin, sauf des exceptions excessivement rares, la cautérisation du col de l'utérus est absolument sans douleur.
Au lieu de se servir de fers rougis au feu, Nélalon a cherché à ,
OPÉRATIONS ELÉMENTAir.ES.
utiliser directement la flamme produite par la combustion du gaz d'éclairage. Le cautère se compose d'un manchon de tôle (D) dans l'intérieur duquel s'ouvre un brûleur à très petite ouverture, d'un manche (B) muni d'un robinet et d'un tube de caoutchouc adapté au réservoir de gaz hydrogène (A). Le manchon de tôle est percé de larges fenêtres fermées par de la toile métallique, ce qui permet l'arrivée de l'air nécessaire à la combustion, et s'op-
Fjg. 36.
auClèrc à gaz de Nclalon. — A, réservoir. — B, manche. — C, Flamme de gaz.
— D, manche de toile mélaliique.
pose à* la transmission de la chaleur. Le réservoir A peut être une vessie, un sac de caoutchouc ou même l'ouverture d'un bec d'éclairage. L'action de ce cautère est très énergique. Coote l'a modifié en faisant arriver la flamme sur la face concave d'une capsule de platine, laquelle se trouve ainsi chauff'ée au rouge. La nécessité d'avoir à sa disposition un sac de caoutchouc rempli d'hydrogène ou tout autre réservoir rend le cautère à gaz d'une application difficile dans la pratique civile; à l'hôpital, le cautère
THERMO-CAUTÈRE
actuel ordinaire est si facile à tenir prêt, qu'on ne saurait s'étonner si le cautère à gaz n'a pu jusqu'à présent être adopté. Du reste l'invention du thermo-cautère a même rendu assez rare l'application du cautère actuel.
ARTICLE III
THERMO-CAUTÈRE
Le thermo-cautère a été inventé par Paquelin vers 1876; il est
FiG. 37.
basé sur la propriété qu'a le platine élevé déjà à une certaine température de se chauffer au rouge par le contact de vapeurs de benzine, ou d'essence de pétrole. On se sert généralement en France d'essence de pétrole; on se servirait en Allemagne, d'après Fischer, d'un mélange de trois quarts de benzine et d'un quart de pétrole. L'appareil se compose d'une soufflerie à la Richardson, d'une bouteille renfermant l'essence, du cautère dont la forme varie et d'une lampe à alcool. Le flacon d'une contenance de 150 grammes environ est fermé par un bouchon de
caoutchouc vulcanisé percé d'un trou pour recevoir une double tubulure métallique. A l'une des tubulures s'attache le tube qui par la soufflerie introduit dans le flacon de l'air atmosphérique. Cet air, chargé de vapeurs comburantes, se rend au cautère par le tube qui porte l'autre tubulure. Le cautère n'est en platine que dans la partie qui doit s'échauffer. Cette partie est creuse et porte dans son intérieur de petits tamis faits de fds de platine ou de la mousse de platine.
Pour mettre en activité l'instrument, on le chauffe à la lampe à alcool soit en l'exposant simplement à la flamme, soit en activant cette flamme qu'on fait traverser par un courant d'air chargé de vapeurs de pétrole, comme on le ferait avec la lampe d'émailleur. Pour obtenir ce dernier effet, la lampe à alcool est munie d'un ajutage latéral tubulé sur lequel on applique le tuyau de la soufflerie. Lorsque le cautère est rouge, on retire rapidement le tuyau fixé sur l'ajutage de la lampe et ou l'applique à l'ajutage du cautère. Il faut avoir soin de ne pas faire agir la soufflerie avant que le cautère soit élevé à une température suffisante, c'est-à-dire au rouge sombre; sans celte précaution le courant d'air, loin d'échauffer le cautère le refroidit et de plus la vapeur de pétrole non enflammée et non brûlée encrasse l'intérieur de l'instrument et nuit à son fonctionnement. De même, quand on a fini de se servir du cautère, il faut avoir soin de le séparer de suite, et avant qu'il se soit refroidi, du tube qui lui apporte les vapeurs comburantes, on prévient de celte façon l'engorgement de l'appareil.
Les cautères sont de formes très différentes suivantles usages qu'ils doivent remplir; elles peuvent toutefois se ramener à trois principales. Un cautère cylindrique d'un diamètre d'un centimètre et demi environ sert pour les cautérisalions; surtout pour celles du col de l'utérus. Un autre très effilé est utilisé pour la cautérisation ponctuée ; enfin un troisième en forme de lame épaisse sert à sectionner les parties molles dans les opérations et se substitue au galvano-cautère et au bistouri.
Le cautère de platine me paraît cautériser à une profondeur moindre que le fer rouge, du moins lorsqu'on éteint le cautère sur la partie qu'on cautérise comme on le fait dans la cautérisation du col utérin. En effet, si le platine qui ne fond qu'aux environs de 2500° emmagasine plus de chaleur que le fer dont le point de fusion est 1 500,1e platine du thermo-cautère ne peut rougir qu'à la condition d'être à l'état de lame assez mince. Cette lame est à une température plus élevée que ne le serait le cautère de fer; mais en raison de sa minceur, elle n'a emmagasiné qu'une
THERMO-CAUTÈRE. 69
quantité de chaleur inférieure à celle que peuvent abandonner les gros cautères de fer. Les choses sont tout à fait différentes si l'on entretient la chaleur de l'instrument ; mais alors un danger, facihî du reste à éviter, remplace cet inconvénient : c'est ce que nous allons voir à propos des sections par le thermo-cautère.
Le thermo-cautère n'exige pas comme le galvano-cautère une instrumentation fort compliquée et d'un transport des plus difticiles, aussi s'est-il rapidement substitué au couteau galvanique, bien qu'il sectionne les parties avec moins de netteté. Son emploi exige quelques précautions. Si on veut qu il conserve ses propriétés hémostatiques, il ne faut pas qu'il soit chauffé au rouge blanc; modérément chauffé il est assez hémostatique, mais il se refroidit facilement si on le laisse trop longtemps en contact avec les parties molles, aussi ne doit-on couper en quelque sorte qu'à petits coups, en ayant soin de le retirer assez pour qu'il redevienne rouge. Si on agit autrement, il ne peut plus être ramené au rouge qu'en le réchauffant sur la lampe à alcool, ce qui arrête l'opération. Ce n'est pas tout encore ; si on le laisse trop longtemps en contact avec les parties molles, il leur abandonne une quantité de chaleur telle, que si l'on enfonce le doigt dans la plaie pour se rendre compte de l'état et de la nature des parties que l'on veut sectionner, on éprouve une sensation de brûlure. La chaleur se propage si bien aux environs de la plaie qu'on a vu dans quelques opérations, telles que la trachéotomie, l'escharification de la peau à une distance assez grande de la plaie faite par le thermo-cautère. Malgré ces inconvénients, cet instrument est si commode qu'il est devenu d'un usage général. Bien que la plaie soit faite par combustion, on a vu, et j'ai eu l'occasion de l'observer, la réunion par preniière intention de plaies tégumentaires faites par le thermo-cautère; cependant cette réunion n'est que très exceptionnelle, aussi faut-il ne pas employer ce mode de diérèse toutes les fois qu'on tient à obtenir la réunion primitive de la plaie.
ARTICLE IV I. — Cautérisation élcetriciiac
Les tissus organiques peuvent être détruits par l'emploi de l'électricité; mais cette destruction peut èlre opérée de deux façons très différentes. Dans la première, l'électricité n'agit pas directement; on l'utilise pour amener à une haute température un corps métallique interposé dans le courant, et c'est avec le
métal ainsi chauffé qu'on détruit les tissus comme on le ferait avec un cautère; de là le nom de galvanocaustlque thermique donné à cette méthode. Les tissus ne sont pas soumis à l'action directe de l'électricité, ils ne sont pas compris dans le circuit, et c'est à distance, par l'intermédiaire du cautère qu'elle a servi à rougir, qu'on emploie l'électricité. L'électricité n'est donc utilisée que comme un moyen plus facile d'élever le cautère à une forte chaleur.
Au contraire, si le courant électrique traverse des tissus compris dans le circuit de la pile, l'électricité exerce sur eux une action chimique, ils sont décomposés, comme le serait l'eau d'un voltamètre ; aussi a-t-on donné à cette seconde méthode le nom de galvanocaustlque chimique ou électrolyse.
La possibilité de faire rougir un fil de platine traversé par un courant devait donner l'idée de se servir de l'électricité pour faciliter la cautérisation des parties profondes; mais le problème était assez difficile à résoudre dans la pratique chirurgicale, pour qu'on ne doive pas s'étonner que les essais tentés par Davy, Récamier, Pravaz, Heider, Crussel et Marshal soient restés sans résultat applicable. Ce n'est qu'à partir des tentatives heureuses faites par Middeldorpf (de Breslau)quela galvanocaustlque est entrée dans la pratique chirurgicale ordinaire.
11 fallait, pour rendre la méthode applicable, réaliser deux conditions indispensables : avoir une source facile et abondante d'électricité, avoir des instruments maniables. Voyons d'abord quels sont les principes.
Pour arriver à obtenir l'incandescence d'un fil de platine, ou mieux pour obtenir avec une pile électrique des effets thermiques, il faut des piles à grande surface donnant un courant intense; il faut de plus que l'action électrique soit d'une assez longue durée, l'opération pouvant durer quelque temps. Middeldorph a surmonté cette première difficulté. La pile dont il se sert est une pile de Grove, c'est-à-dire une pile de Bunsen dans laquelle le charbon est remplacé par une lame de platine. La batterie se compose de quatre éléments envoyant leurs rhéophores dans un commutateur, placé au centre de la boîte et constitué par des godets pleins de mercure. Suivant qu'on veut obtenir tel ou tel effet, en alternant les éléments ou en réunissant les surfaces de même nom, on déplace de petits cylindres métalliques qui plongent dans le mercure et l'on combine tous les éléments comme on le désire, avec une très grande facilité et avec une rapidité non moins grande. Toutefois, la difficulté du chargement et du nettoyage de
la pile, le poids de l'appareil, J'inconvénient des émanations nitreuses ont fait à peu près renoncer, du moins en France, à l'emploi de la pile de Middeldorpf ; c'est pourquoi je ne crois pas nécessaire de la décrire en détail. Aujourd'hui elle est remplacée par la pile de Grenet au bicliromate de potasse. La pile de Grenet, modifiée et améliorée par M. Trouvé (fig. 38) se compose d'une
FiG. 38.
Appareil Grenet modifié par Trouvé. — A, poignée de la pile. — EE', tiges supportant les rhéophores. — RR', contacts mobiles. — NJN', plaques de caoutchouc durci formant la cage. — T, tube insufflateur.
cage de caoutchouc durci, formée d'un fond et de deux parois latérales N, entre lesquelles sont placées des plaques alternées de zinc et de charbon. Ces plaques sont quelque peu tranchantes àjleur partie supérieure pour recevoir les contacts. Ceux-ci (R R') sont formés par des pinces de cuivre qui emboîtent la partie supérieure des plaques. Aux deux extrémités se trouvent les montants
métalliques E sur lesquels se placent les rhéophores. Une poignée A sert à soulever l'appareil et à maintenir l'écartement des plaques latérales de caoutchouc, au moyen des vis qu'elle porte à ses extrémités. Le liquide excitateur est une solution de bichromate de potasse additionnée de 100 grammes environ d'acide sulfurique par litre. Suivant que la pile plonge plus ou moins dans le liquide, on obtient plus ou moins d'effet calorique, et lorsque l'accumulation de gaz sur la surface du zinc diminue ou arrête le développement de l'électricité, quelques mouvements imprimés à la pile, ou,
FiG. 39.
Cuutèrc électrique formé par un fil de platine enroulé autour d'un bouton
de porcelaine.
mieux encore, l'agitation du liquide que traverse un courant d'air projeté au moyen d'uii-soufflet à travers un tube T ouvert sous la pile, rend à l'appareil toute son efficacité.
La seconde difficulté à surmonter était celle de faire rougir un
Couteau électrique forme par un fil de platine redoublé et aplati.
cautère ou un couteau de forme appropriée. Pour obtenir la centralisation du calorique sur un point donné, on s'est appuyé sur principe que si le circuit électrique est formé par un conducteur homogène, ce conducteur s'chauffe également dans toute sa longueur; tandis qu'il ne s'échauffe que sur un seul point, si sur un point limité il y a obstacle plus ou moins grand au passage du courant. En employant un (il conducteur volumineux et en plaçant dans le circuit un fil plus mince et surtout un fil de platine, c'est ce fil seul qui s'échaulîe. C'est d'après ce principe que Marshall construisit, en 1851, son cautère électrique. Un fil de platine
(fîg. 39) s'enroule autour d'un bouton de porcelaine de forme et de volume variables. Aussitôt qu'il est traversé par le courant, il rougit et échauffe puissamment le fragment de porcelaine qu'il entoure. La communication des deux pôles ou la fermeture du circuit sont obtenues cà volonté au moyen du bouton que porte le manche, et par un mécanisme que montre la figure 40. Ce manche, formé d'une substance isolante, comme le buis, l'ébène, l'ivoire, renferme deux tiges de cuivre : l'une continue ; l'autre interrompue, au niveau du bouton, où elle est taillée en biseau, est disposée de manière à s'écarter de l'autre extrémité qui porte le cautère, lorsqu'on cesse de presser sur le bouton. On peut donc porter le cautère tout à fait froid sur le col de l'utérus, au fond du pharynx, le mettre en place avec précision et le faire rougir instantanément en fermant le circuit par une pressi:On exercée sur le bouton ; lorsque l'on veut
FiG. U.
Couteau et anse galvaniques,
retirer l'instrument, il suffit de cesser la pression pour que le cautère se refroidisse presque immédiatement.
La galvanocaustique thermique aurait eu beaucoup plus de .peine à pénétrer dans la pratique, si elle n'avait eu d'autre portée que de donner un moyen d'appliquer plus facilement la cautérisation actuelle. Heureusement elle peut être employée avec grand avantage comme méthode de diérèse. Un fil de platine aplati, ou plutôt une lame mince de platine, portée sur un manche, constitue un véritable couteau électrique avec lequel on pratique des opérations comme on le ferait avec le bistouri. La peau et les parties molles sontsectionnées avec une grande netteté, une très grande rapidité, et si l'on a soin de ne pas employer une température trop élevée, sans effusion de sang.
Ce rapport entre l'hémorrhagie et la température de la lame
MALGAIGNE et LE FORT. — 9® édit, I. — 5
galvanique ne doit pas être perdu de vue quand on applique la méthode. On peut presque dire avec Nélaton, qu'à 1500 degrés le couteau galvanique est hémorrhagique, tandis qu'à 6 ou 800 degrés il est hémostatique.
On a cherché à modifier de plusieurs façons le couteau galvanique de manière à imiter plus ou moins une lame de bistouri. Serré a imaginé un de ces instruments.
Jusqu'à présentie meilleur appareil est encore celui que représente la figure 41. Il ne faut pas, en effet, que la partie qui doit rougir soit trop volumineuse, et cela pour deux raisons. La première est que, si son volume est très grand, la résistance au passage de l'électricité diminue, et l'on risque de voir s'échauffer le conducteur, ou même fondre la partie de la lame sur laquelle se concentrerait le calorique, puisqu'il faudrait alor employer un courant très intense. La seconde est que si la partie rougie est considérable, elle abandonne aux supports une quan tité de chaleur telle que le chirurgien, pour ne pas se brûler, est obligé de temps en temps de plonger le manche du cautère dans l'eau froide.
J. Marshall, Amussat, se sont servis d'une anse de platine jetée à la base de la tumeur, pour sectionner et détacher des tumeurs comme on le ferait avec l'écraseur. Ce moyen est assez souvent infidèle, car le contact des tissus baignés de liquide refroidit incessamment le fil et l'empêche de revenir à la haute température qu'il aurait eue ou qu'il avait dans l'air, et si l'on dépasse certaines limites pour combattre ce refroidissement, on est exposé à voir fondre le fil de platine. D'après les expériences de Regnault, le diamètre du fil ne doit pas dépasser un demimillimètre, trois quarts de millimètre au plus sur une longueur de 0°^,06 à 0^,08.
La pile Grenet modifiée par Trouvé et le couteau représenté figure 41 constituent toute l'instrumentation nécessaire pour pratiquer les opérations chirurgicales, telles que les extirpations de tumeur, les incisions de parties très vasculaires. Quelques précautions sont nécessaires pour retirer de ce galvanocautère toute l'utilité désirable. Son principal avantage est de mettre à l'abri de l'hémorrhagie, à la condition, comme je l'ai déjà dit, de ne pas donner à la lame de platine un excès de chaleur, et de ne jamais l'amener jusqu'au rouge blanc. On a dit quelquefois qu'un des grands avantages du cautère électrique, c'est qu'il pouvait en quelque sorte cautériser indéfiniment, puisqu'il puise constamment à la source électrique la chaleur qu'il perd en détruisant les tissus. Fiien n'est moins exact, surtout quand il
s'agit d'opérer des sections. Le cautère chauffe, il est vrai, mais comme il est incessamment refroidi par les liquides au milieu desquels il est plongé, il n'arrive pas à une chaleur suffisante et s'il détruit quelque peu les tissus avec lesquels il est en contact, il chauffe les tissus environnants à une grande distance et compromet ainsi la vitalité des parties qu'on tient au contraire à respecter. 11 faut donc, quand on se sert du couteau électrique, procéder par petites sections, retirer l'instrument, le laisser revenir au rouge, faire une nouvelle section et continuer ainsi jusqu'à la lin de l'opération. On voit que sous ce rapport il se rapproche du thermo-cautère.
Le grand avantage de la galvanocaustique thermique est de permettre l'extirpation relativement facile des tumeurs très vasculaires; combinée en quelque sorte avec Técrasement linéaire, elle rend dans certains cas de très grands services. On entoure la tumeur au niveau de sa base avec un fil de platine formant une anse. Les deux bouts du fil sont rattachés à un treuil, de sorte que la largeur de l'anse peut être incessament diminuée. C'est une sorte de serre-neud, dont le fil métallique est rougi à volonté par le passage du courant (fig. M).