II. — Galvanocaustique cbimiqne on électrolyse
L'idée d'employer l'action chimique des courants électriques à la destruction des tissus appartient à Ciniselli (de Crémone); les recherches de Nélaton, ses opérations, les premières pratiquées en France, en faisant connaître dans notre pays la nouvelle méthode, l'eussent rapidement vulgarisée, si elle n'avait contre elle, aussi bien que la galvanocaustique thermique, l'inconvénient d'exiger l'emploi d'appareils spéciaux. Cette difficulté toutefois ne doit pas être exagérée. L'instrumentation de l'électrolyse est assez simple. Tandis que la galvanocaustique thermique exige une pile chargée en quantité, la galvanocaustique chimique exige une pile chargée en tension et par conséquent formée d'un assez grand nombre d'éléments, du moins pour l'électrolyse telle qu'on l'emploie d'ordinaire. Depuis douze ans que je fais un assez fréquent usage de l'électrolyse je n'ai eu recours qu'à deux espèces d'appareils.
Le premier en date que j'ai fait construire par Morin et par Chardin se composait lors de mes premières opérations de quatre éléments Faucher au bichromate de potasse. Dans un autre appareil j'ai porté à vingt le nombre des éléments, afin d'obtenir
des effets énergiques de cautérisation. Ces appareils avaient de graves inconvénients; ils étaient assez fréquemment hors de service et leur prix d'achat, déjà très élevé, était encore augmenté par des frais considérables de réparation. J'ai donc complètement renoncé à l'appareil fort cher et très défectueux de Chardin pour lui substituer l'appareil à courants constants de Gaiffe dont je me sers actuellement. Tel que je l'ai fait disposer pour mon usage, il se compose de vingt-quatre petits éléments. Les pôles négatifs des éléments se réunissent à un même point N (fig. 4-2). Les pôles
positifs réunis par paires vont séparément correspondre à douze boulons métalliques saillant sur la face supérieure d'une lame de bois (N P). Une lame de cuivre porte un curseur (C)qui glisse sur elle et qui par sa face inférieure se met successivement en contact avec deux éléments à la fois, par leur pôle positif, de telle sorte qu'on passe sans interrompre le courant de l'emploi de deux éléments à l'emploi des vingt-quatre et qu'on revient de même de vingt-quatre à deux. 11 n'y a donc pas de secousse brusque et douloureuse lorsqu'on augmente ou diminue le nombre des éléments employés puisqu'il n'y a pas rupture du courant.
L'électrolyse chirurgicale varie dans son instrumentation suivant le but qu'on se propose. S'il s'agit de tumeurs érectiles
Fig. i2.
rilc de Gaiffe.
pour lesquelles on emploie surtout les aiguilles, il faut que l'une au moins de ces aiguilles, celle qui correspond au pôle positif, soit en or ou en platine, l'action du courant oxydant les aiguilles d'acier ou de laiton. Pour ces cas, j'enfonce comme je le disais à propos de ces tumeurs les deux aiguilles dans la tumeur érectile. S'il s'agit de cautériser l'urèthre, l'œsophage, etc., on met la sonde garnie d'un ajutage métallique en rapport avec l'un des pôles de la pile, et l'autre rhéophore, formé par une plaque métallique recouverte d'une compresse mouillée ou bien par un cylindre de charbon, une éponge, etc., est appliqué sur un point de la peau. Lorsque je fais usage de l'électrolyse pour la guérison d'une fistule urinaire, l'un des pôles est mis en rapport avec le stylet placé dans la fistule, l'autre avec le mandrin placé dans^ la sonde et qui par l'urine que renferme la vessie établit la communication avec cet organe et ferme le circuit.
On sait que l'action du courant galvanique n'est pas la même aux deux pôles. Au pôle positif l'eschare est petite, sèche, dure, analogue à celle que fait le chlorure de zinc ; là l'action électrolytique est hémostatique, l'aiguille ou le stylet, à moins qu'ils soient en platine ou en or, sont oxydés, adhèrent aux parties cautérisées et ne peuvent être retirés parfois qu'avec une certaine difficulté. Au pôle négatif, l'eschare est molle, blanchâtre, analogue à celle que produirait la potasse ou le caustique de Vienne et la cautérisation n'est pas hémostatique. Aussi est-il quelquefois prudent, lorsqu'on agit sur des tumeurs très vasculaires, de changer, c'est-à-dire d'intervertir les pôles avant de retirer les aiguilles, c'est-à-dire de mettre pour un instant en rapport avec le pôle positif, l'aiguille qui pendant toute l'opération avait été en rapport avec le pôle négatif. Cette interversion des pôles n'a pas en revanche comme on pourrait le craindre, l'inconvénient de modifier l'eschare sèche et hémostatique déjà produite au positif, devenu en terminant pôle négatif.
Si l'on veut agir avec une certaine énergie par l'électrolyse et ne faire des séances que de peu de durée, il faut employer des courants d'une assez grande énergie et dans ce cas l'opération n'est pas sans être assez douloureuse, car le moindre mouvement imprimé aux aiguilles amène presque autant de douleur que la fermeture ou la rupture du courant. Dans quelques cas exceptionnels on peut suppléer à la force du courant par la durée,. et au lieu d'employer des courants énergiques, n'employer que des piles d'une faible intensité, et laisser les électrodes en place pendant plusieurs heures.
Lorsque je fis connaître, en 1872, les effets thérapeutiques remar-
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quables que j'avais obtenus dans des cas de paralysie avec les courants faibles et permanents produits par un ou deux petits éléments de Daniell et de Callot, plusieurs de nos collègues de la Société de chirurgie déclarèrent a priori que des courants aussi faibles ne pouvaient vaincre la résistance des tissus et que le courant ne devait pas passer. Il me suffît, pour leur prouver leur erreur, de montrer que même avec des courants aussi faibles, si on laisse les électrodes métalliques en contact immédiat avec la peau, on produit des eschares après quelques heures.
J'ai utilisé, dans un but curatif, cette escharification qui, dans beaucoup de cas, est un inconvénient. Lorsqu'il s'agit par exemple d'un rétrécissement du rectum, une canule de bois, ou de gutta-percha, sur la surface de laquelle font saillie des fils de cuivre, est placée dans le rectum et mise en rapport avec le pôle positif ou quelquefois négatif de mes petits appareils à quatre éléments. L'autre pôle, représenté par une plaque d'étain recouverte de peau de chamois mouillée, est placé sur un point quelconque de la peau. L'appareil reste en place toute la nuit et sectionne linéaireuîent et superficiellement le rétrécissement, qui en quelques jours, comme je le dirai plus loin, cède à ces cautérisations répétées. C'est aussi par ce procédé que je suis arrivé à creuser un vagin artificiel chez une femme n'ayant pas de vagin etquePeanet Labbé avaient inutilement tenté d'opérer.
Lorsqu'au lieu de chercher à obtenir la cautérisation, on désire seulement provoquer la révulsion, on peut, comme l'indique Ciniselli, se servir d'une large plaque métallique appliquée sur les parties sur lesquelles on veut agir. On peut même dans ces circonstances ne pas se servir de pile électrique; il suffit d'appliquer sur la peau dénudée de son épidémie deux plaques : l'une de zinc, l'autre de cuivre. C'est au pôle zinc que se produit l'action la plus énergique, qui peut même aller jusqu'à la production d'eschares, si les plaques ont une certaine dimension. Arella, Rignon, Cogevina, Comelli, Ciniselli, ont employé plusieurs fois ce procédé, qui ne paraît pas être sorti jusqu'à présent de la pratique chirurgicale italienne. La galvanocaustique chimique par la pile et les aiguilles, employée il y a quelques années, après la publication des faits de iNélaton, semble aujourd'hui un peu négligée. Elle constitue pourtant une méthode d'une application facile et très utile pour la destruction de certaines tumeurs difficiles à atteindre par le bistouri, l'écrasement linéaire, la galvanocaustique thermique et les autres procédés de cautérisation.
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