DES ABCÈS
pas de cet avis, sauf pour les abcès de certaines régions, en particulier de la base du cou au-dessus de la fourchette sternale, qui peuvent laisser craindre 1 e voir le pus fuser profondément dans le médiaslin. L'expérience m'a montré que dans tout abcès récemment suppuré, il y a au centre un foyer où le pus est collecté,, autour de ce point une zone où le pus en voie de formation est à l'état d'infiltration, enfin une zone circonférentieile d'induration inflammatoire. Celle-ci revient à l'état normal aussitôt l'abcès formé et le pus évacué; mais la zone intermédiaire suppure, que le pus de la zone centrale ait été ou non évacué de bonne heure. Cette suppuration a lieu facilement; mais si l'abcès a été ouvert prématurément, comme on le fait d'ordinaire, elle ne se fait que lentement et la suppuration se prolonge. Si au contraire on veut bien suivre ma pratique qui consiste à attendre que l'abcès soit bienformé dans toute son étendue, qu'il soit mûr, pour employer une expression vulgaire, à l'ouvrir largement, à évacuer soigneusement le pus, à y faire des lavages avec l'eau alcoolisée camphrée, puisa exercer parle pansement une compression bien égale sur les parties circonférentielles du foyer, on verra, comme je le constate souvent, s'opérer par première intention le recollement de la plus grande partie du foyer et la guérison complète de vastes abcès être obtenue en deux ou trois jours.
Les caustiques. — Les anciens employaient le fer rouge, conservé encore par quelques praticiens pour la ponction; on préfère aujourd'hui la potasse ou la pâte de Vienne. J'ai indiqué plus haut les règles de leur emploi
La ponction. 1° Ponction simple. Procédé ordinaire. — Elle se fait avec la lancette ou le bistouri, pour de très petits abcès qui n'ont besoin que d'être vidés pour guérir.
2" Ponction et injection. — Conseillées contre quelques abcès froids dans le but d'établir sur leurs parois une inflammation adhésive; on se sert alors du trocart, et après avoir retiré la tige, on pousse parla canule une injection irritante.
3° Ponctions successives. — On ne les emploie que pour les vastes abcès par congestion, dans lesquels on redoute l'entrée de l'air. Le meilleur moyen est encore le trocart, et en prenant soin de presser sur les téguments à mesure que l'abcès se vide, on est suffisamment en garde contre l'irruption de l'air. Toutefois la
sécurité est plus grande encore en recourant aux appareils aspirateurs décrits page 21.
I/iiNCisiON. — Nous avons décrit suffisamment ailleurs les diverses espèces d'incisions ; il suffira donc de poser ici quelques régies générales :
1° Autant que possible, il faut inciser l'abcès en un seul temps, pour ménager les souffrances du malade.
2° Il est bon que l'une des extrémités de l'incision réponde' à la partie la plus déclive de l'abcès.
3° Une seule ouverture suffit le plus souvent: elle doit être assez grande pour donner au pus une libre issue.
FiG. 81.
A, trocart à drainage, la pointe dans le manche. — B, le même arme pour la ponction. — C, Pointe échancrée pour recevoir le fil. — D, tube à drainage.
i° Quand celte incision ne se trouve pas à la partie la plus déclive, et que la compression ne suffit pas pour recoller les clapiers, il faut recourir à une contre-ouverture. Celle-ci se fait de deux manières : ou en soulevant la peau à l'aide d'une sonde cannelée introduite par la première ouverture, et incisant sur l'extrémité de la sonde; ou en retenant le pus dans le point qu'on veut ouvrir et incisant comme un abcès ordinaire.
5'' Lorsque l'abcès est très vaste, il vaut mieux faire de prime abord plusieurs petites incisions qu'une incision trop considérable.
6° On peut même réduire ces incisions presque à l'étendue de simples ponctions, à la condition de faciliter la sortie du pus par d'autres moyens. Le séton passé à travers ces ouvertures a l'inconvénient de les obturer; Chassaignac y a substitué avec avan-