III. — Fistules directes
Ici, des moyens précédemment indiqués il n'y en a que deux qui puissent recevoir quelque application : la compression, presque toujours inefficace; la cautérisation, pratiquée en vue de rétrécir et de fermer l'orifice parle développement du tissu inodulaire, et sur laquelle on peut à peine compter par quelques fistules fort étroites. 11 reste alors la grande ressource de la réunion par première intention essentiellement liée à l'avivement des bords de la fistule.
Or, soit pour l'avivement, soit pour la réunion, les procédés ont varié.
DES FISTULES. 137
1° Avivement. — Quelques-uns ont proposé les causliques, et Lallemand usait exclusivement du nitrate d'argent pour les fistules vésico- vaginales. Ce moyen est justement rejeté. La réunion immédiate ne s'obtient jamais si bien qu'avec des surfaces fraîches et saignantes:
Pour les très petites fistules, on a proposé d'y porter une sorte de lime ronde, avec laquelle on limerait à vrai dire l'épiderme oul'épithélium, et l'avivement s'opérerait sans perte de substance. L'expérience n'a pas encore décidé sur la valeur de ce moyen.
C'est donc au bistouri ou aux ciseaux que l'on a généralement recours; il y a trois principaux procédés.
Procédé ordinaire. — On saisit les bords de la fistule avec des pinces ou des petits crochets aigus, et l'on en excise les surfaces avec le double soin d'en enlever le moins possible, et de ne laisser aucun point sans être avivé.
Procédé de Velpoau. — Dans un cas d'anus contre nature, il cerna l'orifice cutané par une double incision semi-lunaire, assez éloignée pour que l'excision se fît obliquement des côtés vers le centre, en taillant les bords de la plaie en biseau aux dépens de leur face externe, et sans toucher à la muqueuse de l'intestin. On a ainsi l'avantage d'avoir à affronter de plus larges surfaces, et de rapprocher plus exactement le fond de la plaie.
Procédé de Dieffenbach. — Dans une fistule vésico-vaginale,il décolla les deux muqueuses dans une étendue de A millimètres. Depuis lors, Hayward a poussé ce décollement à 6 millimètres. On cherche aussi par là à accroître l'étendue des surfaces à affronter; mais on diminue leur épaisseur et leur résistance, et ce procédé paraît abandonné.
2° Réunion. — Nous avons d'abord les serres-fines pour les fistules qui aboutissent à la peau; pour d'autres plus profondes, comme les fistules vésico-vaginales, on a imaginé une foule d'appareils unissants plus ou moins compliqués, qui tous ont cédé le pas à la suture.
Toutes les espèces de sutures ont d'ailleurs été employées : entrecoupée, entortillée, enchevillée; avec des fils de soie ou de chanvre, avec des fils métalliques. Malgaigne, en vue d'une indication spéciale, a employé tout ensemble, dans l'anus contre nature, les sutures ordinaires pour les parois abdominales, et la suture en piqué pour les parois de l'intestin.
En général, on comprend dans la suture toute l'épaisseur delà fistule, peau el muqueuses comprises. Dans ces derniers temps, Hayward a fait un précepte absolu, pour les fistules vésico-vaginales, de ne pas enfoncer les aiguilles jusque dans la vessie, mais de s'arrêter en deliors de la muqueuse, afin que l'urine n'arrive pas au contact des fils. 11 y a là une indication spéciale; mais le précepte pourrait recevoir une application plus étendue.
Enfin, pour les fistules arrondies, Diefl'enbacli a imaginé la suture en bourse.
Suture en bourse. — Avec une aiguille fine, on passe le fil sous la peau, parallèlement au bord de la fistule avivée, en faisant ressortir l'aiguille à une certaine distance de son entrée. On la replonge par le trou de sortie, pour la faire ressortir un peu plus loin, et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout le contour de la fistule se trouve cerné par un anneau de fil continu et complètement caché sous les téguments. En serrant les deux bouts du fil, on attire les bords de la plaie vers le centre en les fronçant comme l'ouverture d'une bourse; d'où cette suture a pris son nom.