‹ Manuel de médecine opératoireChapitre 72 sur 310 · DES CORPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

DES CORPS ÉTRANGERS

Reconnaître avec certitude la présence d'un corps étranger enfoncé dans la profondeur des tissus est quelquefois plus difticile que de l'extraire. Depuis quelques années nous sommes en possession d'instruments précieux pour la recherche des corps métalliques, et surtout des balles.

Nélaton, à l'occasion de là blessure de Garibaldi, imadna un stylet explorateur terminé par une petite sphère de porcelaine non émail- lée. Si le corps dur dont on ignore la nature précise est une balle, l'olive de porcelaine promenée, roulée sur sa surface, se charge, sous forme de tache noire, de parcelles de plomb dont il est facile de vérifier la nature, mais il s'agit d'un corps étranger de fer, de cuivre, d'acier, le stylet perd toute utilité.

Favre (de Marseille) avait conseillé à la même époque de se servir de l'électricité; M. Trouvé, en 1869, a mis le conseil en pratique en imaginant un explorateur électrique d'une extrême précision. L'appareil se compose d'une pile et du stylet explorateur. La pile est formée d'un tube cylindrique de charbon appliqué à l'intérieur d'un étui de caoutchouc durci, dont il n'occupe que la moitié de la hauteur.

Dans le couvercle est fixé un petit cylindre de zinc, isolé au centre du tube de charbon. Lorsque l'appareil est verticalement placé, le liquide excitateur (solution de bisulfate de mercure) se rassemble à la partie inférieure, et ne touche ni le zinc ni le charbon ; la pile est au repos (fig. 87). Pour la faire fonctionner il suffit de coucher horizontalement la pile.

Le stylet (fig. 88) se compose de deux tiges d'acier accolées, mais séparées par une substance isolante et aboutissant à un trembleur placé dans le disque qui termine le stylet. Lorsque les deux pointes d'acier qui forment le stylet touchent simultanément un corps métallique, le circuit est fermé et le trembleur entre en

Fig. 87.

Pile Trouvé, grandeur naturelle.

action. Les métaux seuls pouvant produire ce résultat, onsaittout de suite si l'on a affaire à un os, ou à un corps étranger de nature métallique.

I. Extraction des balles. — Cette opération se fait, ou avec les

doigts, quand la balle est à portée et peu engagée, ce qui est assez rare, ou avec des instruments. Dans la majeure partie des cas, la spatule et les pinces à disséquer suffisent; au besoin on aurait recours aux pinces à polype de M. Charrière, dont les manches croisés l'un sur l'autre permettent aux branches de s'écarter presque parallèlement ; à la pince imaginée par Thomassin, oubliée en France, employée en Amérique pendant la guerre de la Sécession et rentrée dans notre arsenal chirurgical sous le nom de pince américaine.

Lorsque la balle est un peu enclavée ou lorsqu'on ne peut l'atteindre que par un point de sa surface, on peut se servir avec avantage du tire-fond, qui, en pénétrant dans laballe elle-même, permet d'exercer sur elle une traction assez énergique.

Les règles générales pour l'extraction des balles sont :

l'' De s'assurer avant tout de la position de la balle, en examinant le trajet de la plaie, en s'informant de la position du blessé au moment du coup, en sondant la plaie, en explorant tous les points de la surface du membre ou du tronc où l'on présume que s'est dirigée la balle.

2° De faire tous les débridements nécessaires pour arriver jusqu'à elle, et lui ouvrir un large passage.

FiG. 88.

Explorateur éleclriquc de Trouvé, grandeur naturelle.

Page 1