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II. — Anesthésic locale

Les dangers de l'anestliésie générale ont engagé les chirurgiens à chercher les moyens d'insensibiliser seulement les parties qui devaient être le siège de l'opération. Les douches d'acide carbonique, utilisées surtout pour calmer les douleurs qui accompagnent certains ulcères, soit des membres, soit du col de l'utérus, l'électricité employée pendant quelque temps par les dentistes pour l'avulsion des dents, sont tombées dans un oubli mérité. Les deux moyens dont on fait surtout usage sont l'anes- Ihésie locale par les mélanges réfrigérants ou par la pulvérisation de l'éther sulfurique.

I. — Anesthésie par le froid. — 1° Mélanges réfrigérants. — L'idée de l'emploi de la glace, pour amener l'insensibilité des parties, paraît due à James Arnott (de Biighton), qui le mit en pratique en France dans le service de Velpeau. On fait usage d'un mélange de deux parties de glace grossièrement pulvérisée et d'une partie de sel marin, renfermé dans un sachet de mousseline ou de linge très clair, afin de permettre l'écoulement de l'eau de fusion. A. Richard a proposé d'y ajouter un cinquième de sel ammoniac. Après quelques minutes d'application, surtout si l'on a eu le soin de presser le sachet sur la peau, celle-ci a pris une coloration blanche, et elle est devenue froide, ridée, dure et sonore; on la taille alors comme on le ferait d'un morceau de bois tendre. Si le refroidissement est complet, il n'y a ni douleu)', ni écoulement de sang, mais la douleur qui a existé au moment de la congélation reparaît à l'état de cuisson très vive au moment où la vie revient dans la partie. Malgré cet inconvénient, l'application du mélange réfrigérant est très utile quand il s'agit d'une région facile à congeler et d'une opération très douloureuse comme celle de l'avulsion de l'ongle. On a craint que la réaction n'amenât une vive inflammation et même la gangrène; l'événement n'a pas justifié ces craintes.

2° Pulvérisation d'éther. — Simpson (d'Edimbourg) et après lui Hardy (de Dublin) cherchèrent à provoquer l'anesthésie locale en projetant sur la peau ou les parties malades des vapeurs d'éther. L'effet fut peu marqué et le résultat peu constant. En France, Guérard modifia le procédé en projetant l'éther en nature et en ac-

livant son évaporation par un courant d'air violent. C'était revenir à l'anesthésie parle froid, l'éther n'agissant que par sa très grande volatilité. Richet emploie utilement ce moyen en laissant tomber goutte à goutte de l'éther sur la peau pendant qu'on projette de l'air au moyen d'un soufflet. Cependant ces procédés ne prirent que peu d'extension jusqu'au jour où Richardson fit connaître son appareis qui n'est autre chose qu'un pulvérisateur. Cet appareil (fig. 5) se compose d'un flacon dans lequel arrive un tube qui plonge dans l'éther et va s'ouvrir près de l'orifice conique d'où l'on voit sor-

FiG. 5.

Appareil de Piichardson,

tir le jet de liquide pulvérisé. Une poire de caoutchouc munie d'une soupape, sert à pousser de l'air dans le flacon et dans le tube qui le surmonte. La pression de l'air, rendue constante par l'interposition d'une ampoule de caoutchouc entourée d'un filet qui limite son extensibilité, fait monter l'éther dans le tube intérieur, et, près de l'orifice de sortie, cet air se mélange à l'éther qu'il projette sous forme de poussière. Si l'on se sert d'éther à iO^connu aujourd'hui en médecine soiislenomd'éther anesthésiqiie, on obtient un refroidissement assez grand pour pouvoir pratiquer sans douleur de petites incisions, des ouvertures d'abcès. Cependant l'anesthésie

locale par l'élher ne porte son action que sur les parties superficielles, ce qui en restreint beaucoup l'utilité. L'action des mélanges réfrigérants est plus profonde, et ils doivent être préférés quand il s'agit de l'avulsion d'un ongle, d'une exostose sous-unguéale, d'opérations dans lesquelles le bistouri doit dépasser les limites de la peau.

3o Pulvérisation de sulfure de carbone. — Le sulfure de car- ])one a été proposé comme donnant un refroidissement plus rapide et plus complet que celui qu'on obtient avec l'éther. Mais, si d'une part la différence n'est pas bien considérable, d'autre partie sulfure de carbone répand une odeur tellement infecte que ce motif seul suffirait pour le faire rejeter malgré les avantages que lui attribuent Delcominète (de Nancy) et Perrin.

A° Pulvérisation de chlorure de méthyle. — On emploie quelquefois pour l'aneslhésie locale le chlorure de mélhyle, livré dans des flacons spéciaux, sorte de siphons à eau de seltz oii le chlorure est maintenu à une très forte pression. La réfrigération est immédiate mais trop complète, car elle arrive de suite à un degré de congélation qui ne me parait pas être toujours sans inconvénients ultérieurs. Je suis peu partisan de ce moyen énergique, rapide, mais trop violent.

II. — Anesthésie locale par la cocaïne. — La cocaïne a été retiréeen 1850parM. Niemann des feuilles delà coca. La cocaïne presque insoluble dans l'eau, assez soluble dans l'eau alcoolisée est très soluble dans l'alcool et dans l'élher. Le chlorhydrate de cocaïne est soluble dans l'eau en toute proportion, puisqu'une partie d'eau dissout deux parties de cocaïne. Un kilogramme de feuilles de coca donne environ 2 grammes de cocaïne. On s'en est surtout servi tout d'abord en oculistique, pour insensibiliser la cornée. L'insensibilité est assez rapidement obtenue, mais elle est de peu de durée. Elle suffit du reste pour beaucoup d'opération, telles que la cataracte. Elle a été utilissée aussi pour obtenir l'insensibilisation de la muqueuse pharyngo-laryngienne. On l'a essayée en injections sous-cutanées pour permettre de petites opérations.

Dans une opération de staphylorraphie et d'uranoplastie, j'ai fait, avant de commencer l'opération, des injections sous-muqueuses de cocaïne dans le voile du palais. L'opération n'amena que des douleurs légères.

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