‹ Manuel de médecine operatoire v.2Chapitre 18 sur 201 · CAUSTIQUES CHIMIQUES · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES CHIMIQUES

Les caustiques chimiques se partagent en trois groupes : caustiques alcalins, caustiques acides, et caustiques métalliques ou constitués par des sels.

• Les caustiques alcalins sont fournis par la soude, la potasse, la chaux et Tammoniaque ; les plus usités sont la potasse caustique et le caustique de Vienne, formé d'un mélange de chaux et de potasse.

he^caustiques acides sontprincipalement: l'acide sulfuriquek^Q'',

seul ou mélangé avec le safran ou le noir de fumée ; l'acide nitrique monohydraté et l'acide chromiqtie. On peut y rattacher le nitrate acide de mercure et le bichlorvre d'or, dissous à la dose de 3 parties dans 320 parties d'eau régale.

Les caustiques métalliques les plus usités sont : le nitrate d^argent, le chlomre ou beurre d'antimoine, la pâte arsenicale et le chlorure de zinc.

On a fort discuté sur la manière dont ces diverses substances agissent sur nos tissus, à quelle cause était dû le phénomène de la cautérisation. Or, si Ton observe quelles sont les propriétés chimiques de ces caustiques, on voit que presque tous, acide sulfu^ rique à 66®, acide nitrique monohydraté, potasse, chaux caustique, acide chromique, sont ou très-déliquescents ou extrêmement avides d'eau. C'est par cette propriété qu'ils sont caustiques, car ils détruisent les tissus aussi bien sur le vivant que sur le cadavre , en s'emparant de l'eau qu'ils contiennent et en détruisant les éléments anatomiques.

La plupart des autres substances agissent d'une autre façon : elles coagulent l'albumine et respectent la composition histologique des éléments anatomiques qui sont, en quelque sorte, momifiés ; le type de ces agents est le chlorure de zinc.

Nous pouvons donc classer les caustiques beaucoup plus utilement, en ayant égard à leurs propriétés coagulantes ou liquéfiantes, caries uns, et c'est le plus grand nombre, exposent à des hémorrhagies; les autres, au contraire, mettent non-seulement à l'abri des hémorrhagies, mais peuvent contribuer à les arrêter, et sont de véritables agents hémostatiques.

Les caustiques liquides ou à Tétat de solution ne sont guère em« ployés que pour obtenir une destruction superficielle des parties. On se sert, pour modifier la surface des ulcères, pour réprimer ou détruire des granulations, de solutions concentrées de nitrate d'argent, de nitrate acide de mercure, qu'on applique au moyen d'un pinceau sur les parties à cautériser ; l'excédant du liquide est enlevé, soit au moyen d'une boulette de charpie, soit par une injection d'eau. Le nitrate acide de mercure ne doit être employé qu'avec précaution, car il a quelquefois déterminé des salivations mercurielles d'une certaine gravité.

Toutes les fois qu'on emploie des caustiques liquides ou liquéfiables énergiques, il faut avoir soin de protéger contre leur action les parties qui doivent être ménagées ; on peut se contenter de \és couvrir d'une légère couche d'huile ou de cérat, d'un emplâtre de diachylum, percé à son centre d'une ouverture correspondant à l'étendue de la surface à cautériser ; mais ces moyens sont souvent

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insuiBsants ; il est préférable de couvrir toute la partie à ménager d'une couche de collodion qu'on laisse sécher complètement avant d'appliquer le caustique ; on peut encore faire usage d'une solution de cire à cacheter dans l'alcool, d'une solution de gutta-percha dans le chloroforme, ou d'une feuille de gutta-percha laminée, percée à son centre, et qu'on fixe sur la peau avec un peu de col-» iodion.

V acide sulfurique, seul ou mêlé à du safran, cautérise énerçiquement, mais il est difficile à manier. L'acide nitrique môno^ hydraté convient pour des cautérisations peu profondes à la surface des abcès et des tumeurs ; on l'emploie facilement en trempant dans cet acide un bout de bois ou d'allumette qu'on applique sur la partie à cautériser.

La potasse caustique est aujourd'hui peu employée ; elle a l'inconvénient de fuser facilement et de porter son action sur les parlies qu'on eût voulu protéger.

La pâte de Vienne est d'un emploi beaucoup plus général. Elle se compose de 5 parties de potasse caustique et de 6 parties de chaux vive en poudre ; elle doit être gardée dans un flacon bouché à l'émeri ; pour s'en servir, on verse dans une soucoupe la quantité jugée nécessaire, et l'on enferme une pâte en la mélangeant d'une certaine quantité d'alcool ; il faut, autant que possible, se servir, pour effectuer ce mélange, d'un objet en argent tel que le manche d'une petite cuillère; une spatule d'acier est facilement oxydée. La pâte, ainsi préparée, est appliquée sur la peau en couche de 4 à 5 millimètres , et l'on a soin d'en circonscrire nettement les bords, car l'eschare présentera exactement la même forme. Après cinq à six minutes, la peau est cautérisée dans toute son épaisseur, et l'on voit apparaître sur la circonférence de l'eschare une petite ligne grisâtre. On enlève alors le caustique et on lave la partie avec un peu d'eau vinaigrée.

Le caustique de Filhos est un mélange de potasse et de chaux qu'on a fondu et qu'on a versé pendant qu'il était liquide dans des tubes de plomb, où il se solidifie. Lorsqu'on veut en faire usage, on coupe le cylindre de plomb en mettant à découvert la quantité de caustique que l'on veut employer, et l'on cautérise avec ce cylindre de plomb tenu à la main, comme on le ferait avec un crayon de nitrate d'argent. Le caustique de Filhos étant très-avide d'eau, il faut, pour le conserver, placer le tube de plomb dans un tube de verre, au fond duquel se trouve ime couche de chaux vive au milieu de laquelle plonge l'extrémité du crayon caustique mise à découvert par la section du cylindre de plomb.

P(Ue arsenicale. L'acide arsénieux forme la bape de ce caus-

OPÉBATIOMS ÉLÉMENTAIRES.

e plusieurs sortes, suivant sa proportion dans le Qule la plus employée est celle de la pùte dile dr i se compose de : arsenic blanc, 1 gramme; mes ; éponge calcinée, 3 grammes. L'arsenic y est m d'un huitième. Au momeol de s'en servir, on dans un peu d'eau jusqu'à consistance de bouillie ; ment avec un pinceau, el on la recouvre avec an : légèrement mouillé. L'eschare et la pâte, en se ent une croûte qui tombe du sixième au vingtième ilus lard, el l'on trouve quelquefois alors l'ulcère calrisé. La pflte arsenicale ne doit pas être emirges cautérisations, car son emploi a donné lieu nt à des accidents d'empoisonnement.

irede smcfCanquoin). Elle se compose de chlordre 'îne de seigle, dans des proportions variables. La Terme que parties égales de clilorure et de farine ; , il y a pour une partie de chlorure, deux parties le n" 3, trois parties de farine. On emploie gèné-

n° 1. On mélange l'eau à la farine, en y ajoutaol possible, el ou laisse la pâte à l'air libre pour

en absorbant un peu d'humidité, l'élasticité el la lables. Plus encore que la pâte arsenicale, el t des coagulants, le caustique de Canquoin n'agit dépouillée de son épiderme ; il faut donc com- Ire le derme à nu au moyen d'un vésicatoire. On ne riyidelle de pâle de l'élendue que l'on veut re el d'une épaisseur variable, suivant la profonttu veut agir. Le caustique agit neUeiiienl sur les ipplication ; ses propriétés coagulantes le rendeni ieux dans les régions abondamment pourvues de ir les tumeurs vasculaires.

en flèches. — Ce mode de destruction des taaltribuc fort à tort l'idée première à Maisonpartient nullement. Il a été imaginé par Girouard récié dans une note de Malgaigne (fieuue midicovier 1854); les Archivei de médecine (juia 1854) d'une opération au moyen de la cautérisation par :hlorure de zinc, pratiquée dans le service de Follio our employer ce procédé on découpe la pâte de ues lames ou flèches d'une longueur variable, el on ■T une suflisanle dessiccation. Si la peau est Intacte, lec un bistouri el l'on fait glisser ime flèche surla

lao)e ; si la peau est détruite on peut frayer le chemin au (caustique avec un instrument mousse, comme une sonde cannelée, ou même enfoncer directement la flèche. Paget emploie de minces lamelles de bois, trempées dans le chlorure de zinc fondu.

Ce procédé est applicable à quelques régions et à quelques tumeurs qui reposent sur des parties que le caustique peut atteindre sans danger. On a vu la cautérisation en flèches, employée pour enlever des tumeurs du sein, ouvrir la cavité thoraciquê. 11 faut de plus ajouter que l'application de cette méthode est extrêmement douloureuse et que la douleur persiste pendant presque toute la journée. L'écrasement linéaire et la gai vanocaus tique restreignent beaucoup la sphère d'application et T utilité de la cautérisation en flèches.

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