APPLICATION DU FEU, OU PYROTECHNIE CHIRURGICALE
Il y a deux moyens d'appliquer le feu : V les cautères métalliques, appelés aussi cautères actuels ; 2" diverses autres substances, comme l'eau et l'huile bouillantes, le moxa, la poudre à canon, le phosphore en ignition, etc. Nous ne traiterons ici que des premiers, les autres appartenant à la petite chirurgie.
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FiG. 33.
Cautères cultellaire, nummulaire, olivaire, en bec d'oiseau.
Les cautères sont composés d'un manche, d'une tige et d'un renflement ou extrémité cautérisante.
d6 OPÉRATIONS Élf.MEHTAIRES,
Le maoche, ie buîsoud'ébètie, peut être filé à la tige, pu s'en séparer à volonté el servir alternativement pour tous les cautères ; alors il se compose de deux parties, l'une de bois, de 8 centimètres environ de loDf^eur, surmontée de la seconde, espèce de demicolonne d'acier longue de 6 centimètres, percée d'un ciinal destiné à recevoir la queue de la tige, que l'on t fixe à l'aide d'une vis de pression. La tige et le ren De ment sont d'acier ; la tige estarrondie en baguette, et le renflement peut prendre diverses formes, d'où les cautères ont tiré leurs noms spéciaux. Ou peut toutefois les réduire à quatre : le cautère olivaù-e, terminé par un renflement en olive ; le caltellnire, figurant une petite bâche à Irancbant mousse ; le itummulaire, disque de 3 centimètres de diamètre sur 1 centimètre environ d'épaisseur; le conique ou en bec d'oiseau, terminé par une pointe supportée par un renflement spbérique destiné à servir de réservoir pour le calorique, la ténuité du bec l'exposant à un trop rapide refroidissement.
Pour les appliquer, on les fait chauiïer à un feu de charbon trèsardent dans un réchaud portatif; un aide les entretient au degré de chaleur convenable. La chaleur, mesurée d'après ta couleur que prend l'acier, varie en montant du gris au rouge obscur, au rouge ceri.se, et enfin au blanc, qui en indique le maximum. Plus le métal est chaud, mieux il détruit les parties et moins il cause d'irritation ; en sorte que le cautère à blanc l'emporte de tous points sur les
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L'instrument suffisamment chaufl'é, on l'assujettit sur le manche ; on saisit ce manche a pleine main, en l'enveloppant au besoin d'une compresse; on l'applique sans délai suivant les procédés que nous allons décrire; puis on l'éteint dans l'eau froide.
On emploie le cautère actuel de trois manières :
1° Cautérisation objective ou à distance, — On fait chauffer à blanc le cautère nummulaire, et on l'expose d'abord à 16 centimètres de distance des parties qu'on veut stimuler, en le rapprochant à mesure qu'il se refroidit. Une seule application suffit pour l'ordinaire.
Cnvellier, médecin- inspecteur de l'armée, a employé la cautérisation objective contre les névralgies et a imaginé une sorte de cautère objectif d'un usage très-commode. Il consiste en une toile métallique (fig. ^U) tendue sur un cadre, supportée par un manche, et sur laqijelle on applique quelques charbons. On gradue la température suivant qu'on approche ou qu'on éloigne l'instrument, qui conserve très-longtemps la chaleur, ce qu'on ne peut obtenir avec le cautère ordinaire.
Celte cautérisation fait rougir et gonfler les tissus, y développe une douleur assez vive, en un mot, produit une inflammation artificielle, utile dans les ulcères atoniques et certaines tumeurs scrofuleuses. Mais on en obtient des résultats bien plus remarquables encore sur les plaies en voie de cicatrisation, en tenant le cautère à distance, pour dessécher lentement la surface suppurantç sans l'irriter, et en continuant pendant une heure et plus. J'ai réussi souvent ainsi à obtenir dans une seule séance^ pour de petites plaies, une cicatrice complète; et pour les plaies les plus larges, on les voit quelquefois se rétrécir presque h vue d'œil.
2" CautérisaUcm légère ou par simple contact. — Elle se pratique suivant deux procédés : cautérisation transcnrrente, et cautérisation imictuée,
La cautérisation transcurrente consiste à promener sur la peau le cautère cultellaire chauff'é à blanc, et à tracer ainsi, avec vitesse et légèreté, des raies dites raies de feu, qui n'intéressent que la surface du derme. Le nombre de ces raies varie suivant l'efl'et qu'on veut produire : leur direction, tout aussi variable, suit eh général la longueur des membres. On peut, si l'on n'est pas sûr de sa main, •racer d'abord des lignes avec de l'encre, et effleurer à peine la peau avec le premier cautère, afin qu'il suffise à parcourir toutes les ygnes tracées. On en emploie un second, ou l'on fait réchauffer le premier, s'il est nécessaire, et on le repasse, sans appuyer, sur les mêmes lignes. Il est inutile d'ajouter qu'on aggrave ainsi, en la prolongeant, la douleur produite par la cautérisation.
L'eschare de ces raies est de couleur d'or, et ne semble d'abord
qu'un trait léger; mais elle s'élargit peu à peu, et entame le derme à une profondeur variable, qui cependant ne doit jamais aller jusqu'à le diviser en entier.
La cautérisation ponctuée se fait avec le cautère olivaire rapidement posé par sa pointe sur les téguments; c'est ce qu'on appelle des pointes de feu.
Le nombre de ces pointes varie comme celui des raies de feu, selon l'effet qu'on veut produire.
3° Cautérisation profonde ou inhérente, — Elle consiste à appuyer le cautère chauffé à blanc sur des tissus dégénérés ou sur des plaies de mauvais caractère. La forme du cautère et les précautions à prendre pour garantir les tissus voisins varient selon les cas et les régions. Quant à la force avec laquelle il faut appuyer, le chirurgien doit se rappeler que les effets du cautère s'étendent toujours au delà du point où il s'est arrêté, et que s'il a brûlé les tissus dans une épaisseur de 6 millimètres, l'eschare en aura U de plus.
Pour garantir les parties voisines, on a proposé de les recouvrir de linges mouillés; mais l'eau qui s'en écoule refroidit le cautère; il est préférable d'appliquer un emplâtre ou un morceau de carloo percé au centre d'une ouverture sufflsante. Si Ton cautérise au fond d'une cavité naturelle, la muqueuse sera protégée par une canule de bois ou de métal. Jobert préfère, pour la cautérisation du col utérin, un spéculum d'ivoire. J'ai expérimenté que le spéculum d'étain peut très-bien remplacer celui d'ivoire ; l'important est de cautériser vite, pour que l'action du feu n'ait pas le temps de se communiquer trop loin. ^
S'il faut porter le cautère profondément à travers un ulcère fisluleux, on élargira Tulcèreau besoin, et l'on attendra que le sang ail cessé de couler ; on peut alors se servir avec avantage des conduit^ de carton imaginés par Camper, ou mieux encore, du cautère électrique. Nous y reviendrons en traitant de la carie.
Voillemier a proposé de recouvrir d'une couche de collodioo les parties voisines de celles qui doivent être cautérisées. C'est uii moyen peu utile dans la pratique. Il faut ou opérer en deux séances et appliquer d'avance le collodion, ou attendre assez longtemps pour que tout l'éther qui le constitue soit évaporé, sans quoi l'on s'exposerait à voir l'éther s'enflammer au contact du fer rouge. Tce compresse trempée dans l'eau protège mieux et ne demande pas d'autre précaution que celle de ne pas l'imbiber assez pour quVH*' laisse écouler de l'eau qui refroidirait le cautère. Des faits récents
GAUTËRISATION. . i9
oRl inonlré qu'il a'esl pas inutile, aujourd'hui qu'on se sei't de la pulvérisation d'élber pour obtenir l'anosthésie locale, de rappeler que celle manière d'obtenir l'inseDsibililé ne doit pas être employée lorsqu'on veut se servir du cautère acluel. On s'exposerait à voir l'élher prendre feu et à produire des accidents graves de brûlure. Du reste, la douleur occasionnée par la caulérisalion n'est pas aussi
cruelle qu'on le croirait, surtout si le cautère a été exlrèmement chauffé. Il n'y a guère que celle de la peau qui soit irés-vive : aussi est-il" de précepte d'inciser et de disséquer la peau, quand cela est possible, avant d'appliquer le feu ; les tissus adipeux, glanduleux, musrulairc, sont beaucoup moins sensibles; bien moins encore les tumeurs anomales ([^«y); les os sentent à peine, et l'on a vu la cautérisation n'y ca^.'cr qu'ur. iti'uril agréable (A. Paré] ;
enfin, sauf des exceptions excessivement rares, la cautérisation du col de l'utérus est absolument sans douleur.
Au lieu de se servir de fers rougis au feu, Nélaton a cherché à utiliser directement la flamme produite par la combustion du gaz d'éclairage. Le cautère se compose d'un manchon de tôle (D) dans l'intérieur duquel s'ouvre un brûleur à très-petite ouverture, d'un manche (B) muni d'un robinet et d'un tube de caoutchouc adapté au réservoir de gaz hydrogène (A) . Le manchon de tôle est percé de larges fenêtres fermées par de la toile métallique, ce qui permet l'arrivée de l'air nécessaire à la combustion, et s'oppose à la transmission de la chaleur» Le réservoir A peut être une vessie, un sac de caoutchouc ou même l'ouverture d'un bec d'éclairage. L'action de ce cautère est très-énergique. Coote l'a modifié en faisant arriver la flamme sur la face concave d*une capsule de platine, laquelle se trouve ainsi chaufl'ée au rouge. La nécessité d'avoir à sa disposition un sac de caoutchouc rempli d'hydrogène ou tout autre réservoir rend le cautère à gaz d'une application difficile dans la pratique civile ; à l'hôpital, le cautère actuel ordinaire est si facile à tenir prêt, qu'on ne saurait s'étonner si le cautère à gaz n'a pu jusqu'à présent être adopté.
ARTICLE III