De la compression des artères en général
La compression a pour but d'aplatir Fartère et d'effacer ainsi momentanément son calibre. De là, pour qu'elle soit exacte, cette double nécessité : 1 ® que Fartère ne soit pas trop profonde ; 2** qu'elle ^pose sur un plan osseux. Quand ces conditions manquent, on est brcé de comprimer tout le membre.
Nous indiquerons quatre procédés.
!*• Compression avec les doig*s, — On s'occupe d'abord de trouver artère, reconnaissable à ses battements, et de choisir le point sur îquel on la comprimera ; puis on applique sur le vaisseau le pouce ules autres doigts, en observant les règles suivantes :
1° La compression doit se faire dans une direction perpendicuire au plan osseux sur lequel elle appuie.
2*» Si l'on se sert du pouce, on l'applique en travers du vaisseau, t l'on appuie comme avec un cachet. Si Pon se sert des autres )igts, on forme avec leurs pulpes réunies un plan horizontal ; on « range le long du trajet de l'artère, de manière que la compreson s'exerce par trois ou quatre doigts ensemble, tandis que le )uce, placé sur le point opposé du membre ou sur quelque saillie tisine, fournit un point d'appui (fig. (il).
3** La compression doit être aussi légère que possible, suffisante alement pour effacer le calibre de l'artère : règle bien importtte, et qu'on ne viole point sans se fatiguer horriblement et s'ex- •ser même à relâcher la compression, les doigts meurtris et comme ralysés ne sentant plus à la fm ni la position ni les battements de rtère.
Lisfranc a donné des indications très-judicieuses pour bien appré- JT le degré de force qu'exige la compression d'une artère. S'il igit de Fartère humérale, par exemple, le pouce étant appliqué p le côté externe du membre, les autres doigts sur le trajet du isseau, on presse légèrement d'abord, et Fon explore les batte- «Is de la radiale. On les sent faiblir peu à peu, à mesure que compression augmente ; on arrive graduellement à les faire disraître ; la compression est alors au degré convenable, et il est rfaitement inutile d'appuyer plus fort.
^1** L'aide qui comprime doit être placé de telle manière qu'il e les progrès de l'opération sans gêner F opérateur et sans en e gêné lui-même.
3" Si les doigts se fatiguent durant une opération longue, on ap-
0 OPERATIONS ËLËHENTAIRES.
uie par-dessus les doigts correspondants de l'autre main. Si reli e suflit point, un second aide appuie sur les doigts du premier, u même reprend sa place sur l'artère, en comprimant d'abord li aisseauimmédialementaudessus.
6° Si, par un mouvement des doigts ou du malade même,!' aisseau cessait d'être oblitéré, au lieu de doubler l'effort dels ampressiou, il faut, avec fermeté et promptitude, la rét^lir^ii axe du vaisseau el perpendiculairement au plan osseux, couiw uparavanl.
l' La compression doit se continuer jusqu'après i'applicalionJ noyens liémostaliques délinilifs. Toutefois, si l'operateur a tes lu jet du sang pour reconnaître la bouche des vaisseaux, l'aide ait que soulever légèrement les doigts, sans quitter l'arlére, <'t es réappliquant aiissitAi.
bEmostasii:. u
2° Compression mtK In ptrlotv ou k la^het. — On place sur le trajet du vaisseau une pelote à compression, ou simplemenl une bande esactemenl roulée, sur laquelle on appuie avec les doigts. Les régies sont les mêmes-, d'où il suit qu'avec tous les iaconvé- DÎenls du premier procédé, celui-ci a encore le désavantage d'un instrument qui ne sent pas l'artère.
La pelote surmontée d'un manche et iippliquée comme un carhet, expose moins à se fatiguer ; mais elle est sujette à se déran-
Fio. Ù2.
ger, et ne convienl guère que pouiTartère sous-clavière et l'aorte abdominale.
3" Jjg garrot. — Le garrot se compose d'une pelote, d'un lacs, d'une plaque de corne ou d'écaillé, et d'un bâtonnet de corne ou ;. — tu. orta. — 8" «dit. 4
de bois, armé d'une ficelle à son extrémité. On applique la pelote sur l'artère, la plaque au côté opposé du membre; on les fixe à l'aide du lacs, dont on entoure deux fois le membre sans le serrer, et dont on noue les extrémités sur la plaque. On passe entre ce nœud et la plaque le bâtonnet, de façon que le lacs réponde à sa partie moyenne ; et, en le faisant tourner en moulinet, on tord le lacs sur lui-même, et Ton exerce ainsi une constriction qui applique la pelote surFartère. Un aide maintient le bâtonnet au degré de constriction convenable, ou bien on le fixe au lacs à Taide de la ficelle qui pend à son extrémité.
Il est d'usage d'assujettir d'abord la pelote avec une compresse ou une bande, afin de préserver la peau d'une striction immédiate; la pelote même n'a guère d'autre utilité ; et le garrot, qui ne s'applique qu'à la cuisse et au bras, n'agit pour ainsi dire qu'en comprimant également sur l'os tous les points du membre.
C'est assurément le plus fort et le plus sûr de tous les moyens compressifs. Mais outre que son emploi est borné à la partie moyenne des membres, on lui reproche de s'opposer à la rétraction des muscles, et de contondre la peau pour peu que la pression soit forte. Je l'ai employé et vu employer dans la campagne de Pologne, et je n'ai pas remarqué cette contusion de la peau; mais je lui ai trouvé deux inconvénients graves : 1° la difficulté de lever et de rétablir la compression instantanément pour révéler, par le jet de sang, les bouches des artères ; 2° la constriction générale qui s'étend aux veines empêche le retour du sang, et fait pleuvoir à la surface du moignon une hémorrhagie veineuse, qui ne cesse que quand le garrot est complètement enlevé.
Ces inconvénients et les perfectionnements apportés àla construction des tourniquets ont fait abandonner à peu près complètement l'usage du garrot^ qui ne trouve plus guère son utilité que dans les cas d'urgence absolue, comme il s'en rencontre un si grand nombre sur les champs de bataille. On peut alors se sertir du mouchoir j de la craVate du blessé serrée avec le fourreau du sabre, d'un morceau de bois ou de tout autre tige rigide. Il faut avoir soin d'appliquer sur la partie qui correspond à l'artère un tampon ou quelque corps exerçant une compression. Un ou plusieurs nœuds faits au lien Constricteur peuvent quelquefois suffire. L^application dû garrot ne saurait jamais être que temporaire et continuée seulement jusqu'au moment où l'on pourra appliquer des moyens hémostatiques plus certains et présentant moins d'inconvénients.
i° Le tourniquet de J. I. Petit, — Le tourniquet de Petit est formé de deux plaques carrées, un peu cintrées, dont la supérieure
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s'écarte ou se rapproche à l'aide d'une vis de pression fixée sur l'intérieiire ; cette dernière est munie d'un coussin recouvert en chamois. Une autre pelote libre et ua lacs fixé aux plaques cuniplèlent l'appareil.
Les plaques étant rapprochées, on applique le coussin qui revél l'inférieure sur le trajet de l'artère, la pelote libre au point opposé du membre, et l'on entoure te membre avec le lacs médiocrement serré ;pQJs on fait agir la vis, qui, écartant les deux plaques. pousse l'inférieure contre l'artère, et èlablit une compressiop sftre el efficace.
Quelques-uns ont cru qu'il fallait appliquer sur l'artère la pelote libre : l'éditeur J. L. Petit est tombé dans cette erreur, qui a servi de base à la construction de certains tourniquets, comme
«i OPSRATIONS ELEMENTAIRES.
celui de Percy. La compression ainsi faite est difficile et infidèle, comme nous l'avons éprouvé.
Le coussin qui comprime doil être assez large : son effet en est plus certain, et l'instrument est moin; sujet à l'inconvénient qu'on lui reproche, de basculer facilement en renversant les plaques sur le côté.
Ud a apporté un grand nombre de modilications aux compres~ seurs ordinaires, dans le but soit de les rendre moins volumineut et plus portatifs, soit de leur donner un; élaslicilé qui rende la
compression toujours sensiblement égale. Le compresseur que représente la ligure Uli est le plus simple. Il se compose d'une pluque métallique formée de deux parties glissant l'une sur l'auli'e de manière h pouvoir augmenter ou diminuer sa largeur, suivant le volume du membre sur lequel on l'applique. La pelote comprimante est généralement en bois ; la seconde pelote a été supprinfée. D'autres compresseurs sont formés de. deux plaques d'acier doDl chacune porte une pelote. La striction esl opérée au moyen d'uw
bande arrêtée sur des crocheis que porte la plaque qui correspond à l'artère. D'autres imlruments d'une construction analogue et
dans lesquels on utilise également l'élasticité de l'acier sont eu outre munis d'une vis de pression (lig. Ab), et agissent à peu près comme le tourniquet de J . L. Petit.
1^ compresseur de Dupuylien est constitué par ii lique un peu plus que demi-circulaire et terminé à ki
ee OPÉRATIONS RLIÏMENTAIRES.
par deux pelotes, Tuoe fiie, l'autre mobile par le même mécanisme que dans le lourniquel de J. L. Pelit. Ces pelotes sont supportées par deux lames d'acier qui peuvent pisser sur le demicercle métallique ea augmeotant ainsi le diamètre de l'appareil, suivant ia partie sur laquelle il doit Stre appliqué. Signorini a modifié le compresseur de Dupuyiren en irisant l'appareil par le milieu, pour y placer une crémaillère permettant de modifler sa courbure (fig. 'iV).
M. Marcelin Duval a modifié k son tour les compresseurs de Dupuytren et de Signorini, en substituant à la roue dentée un ressort en spirale (fig. Ù8) dont la force es\ réglée par une vis. Cet appareil a sur ses précédents l'avantage d'exercer conslammenl une pression sensiblement égale, grâce à l'élasticité du ressort.
Tous ces appareils ont le mènfe défaut, celui de se déplacer facilement, et le défaut est dû surtout à l'adjonction de la deuxième pelote, adjonction tout à fait inutile lorsque la plaque appliquée au cAté du membre opposé àl' artère est une plaque métallique d'uaelongueur etd'une laideur suflisanle convenablement rembourrée. De tous ces tourniquets celui qui représente la figure UU est \e plus simple, mais l'on peut dire aussi que le meilleur ne vaut guère,
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car le plus simple et le plus sûr de tous ces moyens est la compression avec les doigts d'un aide ; les autres ne sont employés
Fis. as.
qu'exceptionnellement et surloul lorsqu'on n'a pas d'aide à sa disposition.