‹ Manuel de morale et d'économie politiqueChapitre 2 sur 41 · UN Y ILLAGE PAU Y RE. A · texte numérisé non relu

UN Y ILLAGE PAU Y RE. A

Un dimanche, après Uoflice et par une belle journée de l’automne de LS46, la plus grande partie de la population du village de Mirebeau, dans un département, voisin du centre de la France, avait conduit à sa dernière demeure le corps d’un habitant de la commune, simple ouvrier dans une fabrique de la localité.

En traversant le village, après avoir quitté le cli^mp du repos, le cortège s’était dispersé peu à peu, chacun regagnant son logis. Ceux qui habitaient auprès de l’église ou qui allaient plus loin avaient accompagné le curé jusqu’à son domicile. Ils venaient de prendre congé de lui, et, avant de se séparer, ils s'étaient arrêtés pour causer avec celui qui avait conduit le deuil, homme à cheveux blancs, âgé de plus de soixante-cinq ans, mais ne paraissant pas en avoir soixante, tant sa constitution conservait encore de vigueur.

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C’était le docteur Dupré, dont on ne prononçait le nom qu’avec respect dans le village.

Ancien médecin des armées, où il s’était fait remarquer par son savoir et par son zèle pour le soulagement des .soldats, il avait fait toutes les campagnes de l’Empire. A la paix, âgé d’environ trente-cinq ans, il s’était retiré dans le village qui l’avait vu naître, et où sa famille vivait encore- au sein d’une modeste aisance laborieusement acquise. Il s’était marié, peu après son retour, avec une veuve, bonne, aimable, instruite, de quelques années seulement moins âgée que lui, et qui l’avait rendu père de deux enfants. Elle possédait peu de fortune; cependant son revenu, joint à celui de son mari, leur permettait de vivre commodément, tout en faisant beaucoup de bien.

Le docteur Dupré aurait pu vivre, comme on dit souvent, sans rien faire, c’est-à-dire en dirigeant l’exploitation de sa propriété. Mais il n’avait pas voulu abandonner l’exercice de la médecine, parce qu’elle lui donnait de nombreuses facilités pour satisfaire un penchant naturel à se rendre utile à ses semblables. Cependant, comme ses moyens le lui permettaient, il s’y livrait gratuitement, se bornant à visiter les pauvres, par une délicatesse facile à comprendre, et renvoyant à ses confrères de la ville voisine, excepté en cas d’urgence, les clients en état de payer les secours de l’art.

Un autre motif avait porté le docteur Dupré à ne pas aliéner sa liberté. En parcourant l’Europe à la suite de nos armées, il avait pris le goût des voyages, qui lui offraient l’occasion de satisfaire sa passion pour la botanique. Dès son retour dans le lieu natal, il avait contracté l’habitude de faire chaque année un voyage de dei*x ou trois mois, soit pour mieux connaître les pays où la guerre avait porté ses pas, soit pour en visiter d’autres. 11 avait ainsi vu une grande partie de l’Europe.

Chaque année, il partait au printemps, confiant le soin de ses pauvres à l’un de ses confrères, heureux de s’associer à ses bonnes œuvres. Il se rendait directement au centre du pays qu’il voulait étudier; de là, il partait pour le parcourir dans tous les sens, le plus souvent à pied, s’arrêtant principalement dans les campagnes, et ne séjournant dans les villes que pour y visiter les éta-

et d’économie politique. 3

blissements d’utilité publique. Sans négliger les curiosités, les monuments et les musées, il y donnait peu de temps, non pas qu’il fût insensible aux beaux-arts, mais il se sentait plus d’attrait pour l’étude des hommes et pour celle des mœurs. II faisait ainsi en même temps une abondante récolte de plantes et d’observations morales.

Peu à peu, cependant, les idées du docteur Dupré prirent une autre direction. Chaque année, au retour, il comparait l’état de sa commune avec celui de beaucoup de villages dans les pays qu’il venait de visiter. Il voyait s'opérer* depuis la paix, dans une foule de localités, des changements qui tenaient, pour ainsi dire, du prodige. Des villages entiers avaient subi, en quelques années, une transformation complète. Là, où, peu auparavant, une population rare et chétive végétait misérablement, de nombreux habitants vivaient aujourd’hui dans l’aisance. Le bruit de l’activité et du travail se faisait entendre dans des lieux où le cri des ciseaux sauvages interrompait seul autrefois le silence des champs et des bois. Le perfectionnement des cultures et le progrès de l’industrie avaient sufli pour produire ces métamorphoses.

Au milieu de ce mouvement presque universel, le village de Mirebeau, quoique peu éloigné d’un petit centre industriel, mais isolé par sa position dans un coin en dehors du courant de circulation qui sillonnait l’Europe, ce village restait stationnaire. Le docteur Dupré ne pouvait manquer de faire cette comparaison. Il se demanda si le traitement gratuit des pauvres était le seul moyen qu’il eût de faire du bien à ses concitoyens. Pour un homme éclairé, qui avait tant vu et si bien observé, la réponse ne pouvait être douteuse.

Il changea donc son genre de vie, et, sans renoncer entièrement à ses goûts, il s’y livra moins. 11 abandonna les grands voyages annuels, et ne lit plus que de courtes excursions qui, d’ailleurs, eurent toujours un but d’utilité. Un autre motif le portait encore à s’éloigner moins de sa famille : ses enfants grandissaient et leur éducation réclamait de plus en plus ses soins.

Le docteur Dupré dirigea, dès ce moment, toutes ses pensées vers le développement de sa commune; il se proposa d’en être le bienfaiteur, en l’initiant aux améliorations modernes.

Le village de Mirebeau était clans une heureuse position, dont ses habitants ne savaient pas tirer parti. Situé sur le bord d’une rivière qui devenait navigable un peu au-dessus, il avait son territoire partagé en deux parties; mais les habitations étaient presque toutes établies sur la rive droite et sur le penchant d’un monticule peu élevé, qui s’abaissait en pente douce vers la rivière. Au centre du village, la pente était plus raide; elle formait même, au-devant de l’église, une esplanade terminée par un escarpement, d’où l’on avait une fort belle vue sur la contrée environnante, et notamment sur l’autre partie de la commune. C’était cette position qui avait valu au village son nom de Mirebeau.

Derrière les habitations, s’étendait une petite plaine fermée au nord par une ceinture de coteaux boisés qui défendaient le village contre les vents froids. En avant, la rivière formait un fer à cheval dont l’église occupait le centre; les yeux, en en suivant le cours, apercevaient au couchant une petite ville située sur ses bords, à une lieue et demie de distance: celle-ci, s’élevant aussi sur un mamelon, limitait la vue à l’horizon, où la silhouette de son église se dessinait sur l’azur du ciel.

L’intérieur de la courbe formée par la rivière était occupé par une plaine d’environ une lieue de largeur. Cette plaine était bornée au levant et au couchant par deux suites de collines qui s’inclinaient en s’avançant vers la rivière. Elles se rapprochaient au midi, où la vue se reposait agréablement sur les bois qui en couvraient les pentes et le sommet. Cependant elles ne se réunissaient pas; elles laissaient entre elles un vallon parcouru par un ruisseau dont l’œil suivait, dans l’éloignement, les gracieuses sinuosités, et qui, après avoir traversé la plaine, venait se jeter dans la rivière, presque au centre du village. Ses eaux, abondantes en tout temps, avaient une assez grande profondeur dans quelques endroits, où il n’avait presque aucun cours; ailleurs il était assez rapide et formait même, de distance en distance, quelques chutes dont on n’avait pas su profiter.

Ce ruisseau, qui aurait pu être une source de prospérité pour le village, en était devenu, pour ainsi dire, le tléau. Ses eaux, mal encaissées dans leurs rives trop basses, débordaient fréquemment après les pluies. Elles se répandaient alors dans la

plaine, qu’elles transformaient en une espèce de marécage. Celleci, au lieu des riches prairies dont elle aurait dû être couverte, n’offrait qu’un maigre pâturage presque entièrement envahi par les joncs et par d’autres plantes aquatiques et malfaisantes. Les eaux, en séjournant dans les parties les plus basses, y donnaient naissance à des miasmes pestilentiels, et occasionnaient, 5 l’automne, des fièvres intermittentes, qui, après avoir décimé la population, l’avaient forcée d’aller habiter de l’autre côté de la rivière. Aussi celte plaine, qui n’attendait qu’une main intelligente pour donner de riches produits, présentait à l’œil le spectacle d’une espèce de solitude parcourue seulement par de rares et chétifs troupeaux.

Les terres situées sur le plateau, derrière le village, étaient généralement d’un bon sol; mais, épuisées par la continuité des mêmes cultures, elles donnaient de maigres récoltes. Manquant de fourrages et par conséquent de bestiaux, par suite de l’état déplorable de leurs prairies, ignorant d’ailleurs l’art de faire des prés artificiels, les habitants ne pouvaient donner à leurs terres l’engrais qui leur aurait rendu la fécondité. Chaque année, ils en laissaient une partie en jachère, perdant ainsi le revenu qu’elles auraient donné par une bonne succession de récoltes. Ils ne connaissaient d’ailleurs aucune de ces cultures particulières dont l’introduction vivifie quelquefois â elle seule une commune tout entière.

Réduite à moins de cinq cents âmes, sur un territoire qui aurait pu nourrir aisément trois ou quatre fois plus d’habitants, la population de Mi rebeau languissait dans la pauvreté. Elle conservait, sans les modifier, les méthodes traditionnelles de culture. Du blé, du seigle, de l’avoine, des pommes de terre, un peu de vin récolté sur des vignes bien exposées, mais sans valeur parce qu’il était fabriqué sans soin; la laine provenant de moutons d’une race chétive, avec quelque peu de chanvre pour fournir aux besoins de la consommation locale, voilà quelles étaient les productions de la commune. Ajoutez-y quelques légumes grossiers, trop peu nombreux pour procurer la variété d’alimentation nécessaire à l’entretien d’une santé vigoureuse; des fruits âpres et sans saveur, venus sans soin sur des arbres de mauvaise espèce.

et vous aurez une idée de l’ensemble des denrées récoltées dans le village.

Ces produits, malgré l’étendue du territoire, suffisaient cà peine à nourrir le petit nombre des habitants. Un peu de blé, des œufs, quelques volailles, rarement des fruits et des légumes, constituaient tous leurs moyens de se procurer, à la ville, l’argent dont ils avaient besoin pour payer les impôts, ou pour acheter quelques objets indispensables.

A l’exception d’un maçon, d’un menuisier, d’un charpentier, d’un forgeron, ou de quelque artisan exerçant une de ces professions analogues, sans lesquelles aucune agglomération d’hommes ne saurait subsister chez un peuple civilisé, vous n’auriez pas trouvé une seule industrie dans le village de Mirebeau. D’ailleurs, pas d’activité, pas d’esprit d’entreprise; mais de l’indolence et de l’apathie, une paresse qui tenait de la torpeur, et une répugnance invincible pour tout ce qui sortait de la routine et que 11e commandait pas une impérieuse nécessité.

Joignez à cela une jalousie trop commune chez le pauvre à l'égard de ceux qui se trouvent dans une position meilleure. Car, par une erreur déplorable, les pauvres semblent croire que ce que les autres possèdent est autant d’enlevé à eux-mêmes. Ils ignorent que la richesse, enfante la richesse,'et que la pauvreté de tous ne peut que perpétuer la misère de chacun.

Les habitants de Mirebeau avaient toujours vu d’un mauvais œil les bourgeois de la ville qui voulaient acheter des propriétés dans la commune. Au lieu de se féliciter d’un apport de capitaux qui auraient augmenté la valeur des biens et vivifié le pays, ils s’irritaient d’une concurrence qui augmentait pour eux le prix des terres, dont ils se disputaient les moindres parcelles. On eût dit que la terre devait leur manquer, tandis qu’ils ne savaient pas seulement cultiver la moitié de celles qu’ils avaient à leur disposition. Les bourgeois, que la beauté du site avait attirés à Mirebeau, avaientdû renoncer à ce séjour, tant ils s’y étaient trouvés en butte à des tracasseries de toute espèce. La commune avait ainsi perdu, avec un accroissement de capitaux, les salutaires exemples que n’auraient pas manqué de leur donner des propriétaires habitués à de meilleurs usages et initiés à d’autres industries.

ET DÉCONOMIE POLITIQUE.

L’aspect seul de la plupart des maisons du village annonçait la misère et la grossièreté des habitants ; quelques-unes même semblaient plutôt faites pour abriter des animaux que pour servir de demeure à des êtres humains. C’étaient d’étroites chaumières,, n’ayant souvent d’autre ouverture que la porte qui y donnait accès, et où vivaient, entassés dans une seule pièce, le père, la mère et des enfants des deux sexes et de tout âge. Le sol, formé par la terre nue, et plus bas que le terrain environnant, y entretenait une humidité continuelle. Cette situation, jointe au défaut d’air et de lumière, à la malpropreté de l’habitation, ainsi qu’à l’insuffisance des aliments, rendait les enfants faibles et rachitiques; elle engendrait chez eux des maladies qui les moissonnaient dès le bas âge ou affaiblissaient leur constitution pour la vie.

En dehors des maisons, une accumulation de débris et d’immondices de toute nature, des eaux croupissantes, des mares infectes où s’écoulait, avec les urines des hommes et des animaux, le liquide provenant des fumiers, dont les émanations fétides blessaient sans cesse l’odorat. Tel était le spectacle que présentait la commune.

En outre, point de ces riants vergers qui donnent un aspect enchanteur à beaucoup de villages; point de ces plates-bandes, ou de ces bordures de fleurs qui, autour d’un si grand nombre de demeures d’habitants des campagnes, indiquent à la fois le bienêtre et le goût de jouissances moins grossières. A peine trouvaiton, auprès de quelques chaumières, cinq ou six arbres fruitiers rabougris et deux ou trois carrés de choux, mal défendus contre l’invasion des animaux domestiques par une haie endommagée de plus d’un côté.

Point de vie non plus dans le village, point d’activité, point de mouvement; rien de ce qui annonce une population intelligente et laborieuse, cherchant, dans des occupations variées, les moyens de satisfaire plus largement ses besoins. En parcourant la commune, vous n’auriez guère entendu que le caquetage de quelques commères, répétant des propos tenus par la malveillance, ou les cris des enfants abandonnés à eux-mêmes et jouant sur la voie publique, car il n’y avait alors aucune école à Mirebeau. Les parents, tous dépourvus d’instruction, ne comprenaient pas qu’il

fût utile d’en faire donner à leurs enfants. Ils alléguaient l’impossibilité de se priver de leur travail; et cependant ces enfants vagabondaient tous les jours sur les chemins, s’y livrant à mille déprédations. Quelques-uns, pendant les beaux jours, passaient leur temps à garder une maigre vache dans les communaux, ou bien ils menaient dans les bois quelques moutons qui y commettaient de déplorables ravages, et l’hiver ils retournaient y ramasser le bois mort. Dans tous les cas, ils contractaient l’habitude de l’oisiveté, avec tous les vices qu'elle engendre. Quelques parents, plus aisés ou plus intelligents, envoyaient leurs enfants aux écoles de la ville ou des villages voisins; mais alors la distance à parcourir et le mauvais état des chemins devenaient fréquemment un obstacle à la fréquentation de ces écoles.

Les chemins delà commune offraient, en effet, le même aspect que le village lui-même. En tout temps, ils épuisaient les attelages par la difficulté du parcours; l’impossibilité de mettre sur les voitures une charge ordinaire multipliait les voyages et occasionnait ainsi d’énormes pertes de temps ; les voitures se brisaient souvent, en outre, dans les passages les plus difficiles. Au commencement de l’hiver, la plupart des chemins devenaient impraticables; dès lors plus de travaux dans le village, parce qu’il n’y avait plus moyen de faire des charrois dans les champs.

Dans cette saison, les habitants passaient au cabaret la plus grande partie de leurs journées, consommant dans d’ignobles jouissances ce qui aurait pu répandre un peu de bien-être dans leur famille, et se plaignant entre eux de la misère croissante des temps. Ils ne manquaient jamais, d’ailleurs, de se rendre chaque semaine à ta ville, hommes ou femmes, les uns pour y vendre une douzaine d’œuls, ou quelque peu de fruits et de légumes, les autres par habitude, pour causer et tuer le temps. On était sûr aussi de les voir à toutes les foires des villages environnants, à quatre ou cinq lieues à la ronde. Chacun se plaignait de sa misère, et l’on ne comptait pas les journées qu’on perdait en courses inutiles.

Au cabaret, dans les foires et les marchés, dans toutes les réunions des habitants, leurs propos grossiers et cet esprit de dénigrement et de jalousie que le malheur donne souvent, engen-

riraient des querelles où Ton en venait parfois aux coups. Il en résultait des blessures, des infirmités, qui devenaient à leur tour une nouvelle cause de misère. En perpétuant, dans le village, des dissensions et des haines, ces querelles étaient un nouvel et puissant obstacle à toute espèce d’amélioration. Les habitants de Mirebeau étaient connus pour leur caractère hargneux et disputeur. Quelques bourgeois de la ville voisine avaient eu Vidée d’utiliser le cours d’eau qui parcourait la plaine et le vallon situés en face du village; mais ils en avaient été détournés, parce que chacun redoutait d’avoir quelque chose à démêler avec des voisins si peu sociables.

Telle était la situation de la commune, lorsque le docteur Dupré entreprit de la changer.

Avant d’aborder ce grand projet, il en calcula toutes les conséquences. Le résultat, dans l’avenir, n’était pas douteux. En initiant la commune au bien-être de la civilisation moderne, il savait d’avance qu’il en changerait l’esprit et les mœurs. La connaissance de nouveaux besoins et la possibilité de les satisfaire seraient, pour les habitants, un stimulant qui les ferait rompre avec la routine et avec leurs habitudes de paresse; elles les disposeraient à adopter de meilleurs usages et des procédés plus intelligents. Leur caractère deviendrait moins sauvage à mesure que leur vie serait plus heureuse.

D’un autre côté, il prévoyait les difficultés qu’il allait rencontrer : l’entêtement de la routine, la résistance inerte de la paresse, les obstacles même suscités è dessein par la malveillance jalouse, les médisances répandues par les intérêts que froisse toujours une œuvre d’amélioration publique. Il sentait, qu’il allait sacrifier, pour quelque temps, son repos et sa tranquillité. 11 lui faudrait être sans cesse sur la brèche pour rassurer les peureux et condamner les malveillants au silence, pour combattre les préventions et réfuter les calomnies, pour éclairer enfin et convaincre tout le monde. 11 lui faudrait lutter, et lutter avec énergie, contre le génie du mal, toujours si fécond en ressources.

Cependant cette lutte ne l’effrayait pas. Il était de ces hommes d’une trempe vigoureuse dont la résistance double les forces. La longueur de l’entreprise ne le rebutait pas non plus ; il savait que.

dans Ja voie où il allait entrer, le bien n’est jamais perdu; que s’il ne lui était pas donné d’atteindre le but, d’autres y parviendraient après lui. D’ailleurs, une fois lancées dans cette carrière, les populations ne s’y arrêtent guère; plus souvent, au contraire, il faut modérer leur ardeur et retenir leur course désordonnée. L’essentiel pour lui était d’imprimer le mouvement.

Le docteur Dupré comprit que, seul, il serait impuissant pour accomplir une tâche aussi vaste. Avec la modestie naturelle aux hommes d’un vrai mérite, il sentit qu’il avait besoin d’aide, et son premier soin fut de s’en procurer.

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