‹ Manuel de numismatique ancienneChapitre 12 sur 98 · DROIT DE FRAPPER MONNAIE · texte numérisé non relu

DROIT DE FRAPPER MONNAIE

le droit de continuer à frapper des monnaies, mais en y inscrivant leurs effigies ou leurs noms : il y en a beaucoup d'exemples. Le droit de frapper des monnaies , ne portant aucune marque de dépendance, fut quelquefois repris , dans de nouveaux temps de troubles , par ceux qui l'avaient perdu. Ce droit fut aussi quelquefois rendu ou donné par des souverains à des villes ou à des princes auxquels ils auraient pu le refuser , ou du moins ne l'accorder qu'avec des restrictions. On cite entre autres le droit de frapper des monnaies propres, donné par Antiochus, fils de Démétrius, roi de Syrie, à Simon, prince des Juifs : Et permitio tibifacere percussuram proprU nunùs^ tnatis in regione îuâ (i).

2 5. Le droit de frapper des monnaies à titre d'état souverain et indépendant, sans marques de suprématie étrangère , à titre H Autonomie , a fait donner aux monnaies des Peuples et Villes qui ont ce caractère le nom de monnaies Autonomes.

a6. A mesure que les diverses contrées alors civilisées furent conquises par le peuple Romain , ou se donnèrent à lui , en reconstituant ces contrées sous la forme d'états en apparence indépendans , les Romains laissèrent à ces peuples la presque totalité de leurs droits politiques. Ils conservèrent celui de frapper monnaie aux villes qui en avaient joui; mais bientôt, lorsque Rome devint Empire, soit par adulation , soit par suite de dispositions formellement ordonnées, les villes Grecques durent placer sur leurs

(i) Macchab.,lib. I, c. i5, v. 6.

26 ËLËMENS, CHAPITRE II.

monnaies les effigies des maîtres du monde ou de leurs parens. Les monnaies Autonomes ne furent plus fabriquées. Rome ôta aussi à presque toutes les Tilles Grecques le droit d'émettre des monnaies d'atgent , et ne le conserva qu'à un petit nombre des cités les plus considérables , comme Alexandrie d'Egypte , Antioche de Syrie , Césarée de Cappadoce , Tarses , etc. Toutes les monnaies fabriquées par les divers Peuples, aux effigies impériales Romaines, ont pris le nom générique de monnaies Impériales- Grecques.

a^. Les Colonies Romaines obtinrent le droit de frapper monnaie , quelquefois à leurs propres types , mais ordinairement en y plaçant les effigies impériales et en y inscrivant la permission de l'Empereur ou du Proconsul, Ces pièces prennent le nom de monnaies Coloniales* On les distingue en Coloniales^ Autonomes j et Coloniales-Impériales.

28. Les Villes qui obtenaient de Rome le titre de Municipe {municipium) avaient aussi le droit de monnayage. Ces villes étaient gouvernées par leurs propres lois ; leurs habitans prenaient le titre de citoyens Romains , et ne pouvaient être imposés qu'aux mêmes charges publiques que les Romains eux-mêmes. On ne connaît pas précisément l'étendue et la nature de ces concessions de la puissance Romaine. Les villes qui avaient ces droits ne manquaient pas de consigner sur leurs monnaies le titre de Municipe,

29. La République Romaine ne donna à personne le droit de frapper ses monnaies. Elle ne permit

DROIT DB FRAPPER MONNAIE. làj

jamais Qon plus d'y placer l'effigie d'aiictin personnage vivant. Quelques hommes reçurent cet honneur après leur mort, avec l'autorisation du Sénat; et les Triumvirs , chargés de la fabrication. des mcmnaies , obtinrent quelquefois de pouvoir readre cet hommage à des personnages illustres de leurs familles. Le dictateur Sylla lui-même , qui jouit longtemps de la toute*puissânce et changea à son gré plusieurs lois importantes, n'osa pas faire placer son portrait sur la monnaie. Jules-César fut le premier qui obtint du Sénat ce suprême honneur. Cet exemple , une fois donné, devint un droit pour qui sut s'emparer du pouvoir. Pompée et ses fils imitèrent J.-Cé«* sar et firent frapper des monnaies en leurs noms et à leurs images. Un fait plus singulier encore, c'est que Marcus Junius firutus, qui tua J.-César au nom.de la liberté et pour le rétablissement du gouvernement républicain , fit placer son effigie sur des monnaies. 3o. Auguste ne balança pas à suivre ces ei^emples, même dès le commencement de son pouvoir ; ses deux collègues dans le triumvirat, Marc-Antoine et Lépide^ placèrent aussi leurs effigies sur des monnaies. Ai]gU3te, resté seul maître de Rome et du monde, accorda ce droit à ses pàrens. On vit sur les monnaies les effigies de Tibère, de Marcus Agrippa, de Caius et Lucius fils d' Agrippa , adoptés par Auguste et nommés Césars. Tibère y fit placer les portraits de Dnisus son fils, et de Germanicus, fils de Néron Claudius Drusus, qu il adopta. Les monnaies portant Teffigie de Néron Claudius Drusus ne'furent fi'àppées que sous lé règne de Claude son filsl

28 ÉLÉBIENS , CHAPITRE II.

3i. Le droit de faire placer leur effigie sur les monnaies , de leur vivant , ne fut pas accordé , à Rome, aussi promptement aux femmes. Livie, femme d'Auguste^ ne lobtint pas, malgré l'attachement que lui portaient son mari et son fils Tibère. Cependant , il existe des pièces de cette époque représentant la Piété, la Justice , et autres divinités, dans les images desquelles on reconnaît les traits de Livie. Ces pièces ne portent pour lége^des quePIETAS, IVSTITU, etc. Du reste, cette observation ne s'applique qu'aux monnaies de coin Romain , car déjà quelques Villes Grecques et quelques Colonies s'empressaient de placer les images de la femme du maître du monde sur leurs monnaies, soit par ime adulation spontanée, soit par suite d'obligations qui leur étaient imposées. Caligula et Claude commencèrent à faire placer sur leurs propres monnaies, de. coin Romain , les effigies de leurs mères, Agrippine la mère, femme de Germanicus, et Antonia, femme de Néron Claudius Drusus. L'image d'Agrippine la jeune se voit sur les monnaies de son second mari Claude , et sur celles de Néron son fils. 11 se trouve cependant aussi des médaillons Latins portant son effigie seule ; mais ce n'étaient probablement pas des monnaies, comme on le verra Chapitre V (86). Titus fit placer pour la première fois sur la monnaie l'effigie seule de sa fille Julie; Domitien l'imita pour Domitia sa femme. Sous le règne de Trajan , le même honneur fut accordé à Plotine sa femme, à Marciane sa sœur, et à Matidie sa nièce. Depuis lors, cet usage fut coiistammentpratiquésuivant les volontés des Empereurs.

DROIT DE FKAPPEK MONNAIE. ag

3a. Rappelons encore que ces obs^nrations ne se rapportent qu'aux monnaies de coin Romain et que, dès le règne d'Auguste, les images des femmes de sa famille « celles de Livie sa femme et de Julie sa fille commencèrent à être placées sur les monnaies frappées dans quelques villes Grecques e€ dans des Colonies Romaines. Cet usage continua depuis.

Les portraits des parens des Empereurs avaient été aussi placés, dès le règne d'Auguste^ sur les monnaies Impériales Grecques et de Colonies.

Hadrien voulurt placer sur les monnaies le portrait d'Antinous; malgré sa passion pour ce favori, qu'il divinisa après sa mort , il n'osa pas mettre son image sur les monnaies de coin Romain; mais plusieurs Tilles Grecques s'empressèrent, pour lui plaire, de la placer sur les leurs : c'est la preuve la plus forte d'adulation que les villes Grecques aient donnée aux Empereurs Romains.

33. C'est ici le lieu de parler de la signification des lettres S. C. qui se voient constamment sur les monnaies Romaines de cuivre depuis Auguste jusqu'à Gallien , et que l'on ne trouve que très-rarement sur celles d'or et d'argent. Ces lettres sont les initiales des mots Senaties-Consulto. Il n'y a aucun doute sur cette explication , et tous les auteurs sont d'accord à cet égard ; mais il y a eu des différences d'opinion sur la manière dont on doit entendre ces mots, sur la signification précise qu'avait cette annotation d'unSénatus-consulte, d'un décret du Sénat, rappelé sur toutes les monnaies de bronze de coin Romain. Nous nous bornerons à présenter l'opinion

5o KLÉMENS, CHAPITRE II.

qui doit être tenue pour la véritable^ et à iiidi(|uer les principales , objections qui y ont été opposées. L'abbé Joseph Eckhel a exposé les points les plus importans de cette discussion avec sa ^sagacité ordinaire , et c'est le meilleur guide à suiv^re dans Texamen de ce point de Numismatique (i).

34. On peut tenir pour certain qq'Auguste, deveiiu tout-puissant, s'attribua le droit de É^ire frapper la monnaie d'or et d'argent, et laissa au Sénat celui de faire frapper la monnaie de cuivre; il y atout-lieii de croire qu'il voulut en cela donner une preuve de modération et conserver au Sénat un reste apparent de son ancienne pleine-^puissance , considération de quelque poids à l'époque où il lui enlevait en réalité le pouvoir :souverain. Les monnaies fournissent deux motifs principaux et décisifs pour établir ce principe, i**. Les monnaies d'or et d'argent , depuis Auguste jusqu'à Gallien, ne portent jamais les lettres S. C. .isolées; lorsque ces deux .lettres- s'y rencontrent, elles sont relatives au type ,de la pièce et non à la pièce elle-même. 2^. Les monnaies de cuivre ou de bronze (a) des niemes tçmps portent toujours -les deux lettres S. C. isolées , . sauf cependant un petit nombre d'exceptions qui s'expliquent d'une manière claire et satisfaisante.

Quelques monumens autres que les monnaies

(1) Doctrina nuraorum velerum , t. I, p. lxxiiï et seq.

(i) On trouvera, Chap. VII, 160 et suiv., les observations néeessaîres sur les mots cuivre et bronze y et sur l'emploi' de chacune de ces expressions 1

DROIT BE FRAPPER MONNAIE. 3ï

viennent à l'appui de cette opinion. Un marbre publié par Gruter (i) porte : OFFICINATORES.

MONET^. AVRARI^. ARGENTARI^E. C^SARIS.

Si la monnaie de cuivre eût été aussi frappée par les ordres de l'Empereur, die eût du être men^ tionnée dans cette inscription.

Les auteurs anciens et quelques faits historiques connus appuient encore cette opinion. Le Sénat , au rapport de Dion (â), ordonna , après la mort de Caligula et par haine pour sa mémoire , de fondre toutes les monnaies de cuivre portant l'effigie de cet Empereur. Pourquoi les monnaies de cuivre seulement, lorsqu'il s'agissait de donner une preuve de mépris pour la mémoire du mort, si ce n'est parce que celles-là seules étaient dans la juridiction du Sénat? On trouve une grande quantité de mônnaies'Romaines d'Othon, en or et en argent; mais de ce prince il n'en existe pas une, en bronze, de coin Romain. Pourquoi le Sénat, s'il eût été chargé de faire frapper les monnaies des trois métaux , en eût-il fait faire pour'Othon dans les deux métaux précieux, et non en cuivre, tandis que cette dernière monnaie était la plus usuelle? La séparation du droit de 'monnayage » entre l'Empereur et le Sénat > explique ce fait. Othon fitfrapper des monnaies à son effigie en or et en argent, usant en cela de. son droit; et le Sénat ne fit pas frapper de monnaie de cuivre pour cet Empereur, qu'il avait cependant reconnu et qui était maître de lltalie. La raison n'en est pas connue.

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