CHAPITRE Vn
Matières employées pour les Monnaies et Médailles
antiques.
t^o. Lés peuples anciens oht employé pour la £Ed)rication des monnaies et médailles For , Targent et le cuivre. Divers degrés d'alliage , qui furent particulièrement usités pour l'or et pour l'argent , établissent des distinctions dans l'usage de c€is deux métaux. D'autres matières furent au^si employées, et noti» avons quelques renseignemens à cet égard ^ soit par l'existence des pièces mêmes ^ soit par des passages d'anciens écrivains. Ces matières soiit le f^, l'étain^ le plomb , le cuir y le bois et les coquillages; mais l'u-^ sage de ces dernières matières fiit très-borné, si m^ne toutes furent employées. Nous allons exposer suc^ cessivement ce qui se rapporte à l'emploi de chacune d'elles , en citant brièvement ce qui mérite plus particulièrement l'attention , et en faisant précéder ces notions de quelques observations générales.
i4i- On sait que les métaux ne peuvent être réduits que difficilement à l'état de pureté parfaite , et qu'ils ont toujours quelques parties d'alliage, soit parce que ces matières étrangères s'y trouvent encore mêlées naturellement après les opérations de l'extraction et de la fonte, soit parce qu'elles y ont été ajou-
tées à dessein. Dans les monnaies-, sur-tout, l'or et l'argent n'ont été employés qu'avec des alliages en plus ou moins grande quantité, qui réduisaient le titre du métal à un taux plus ou knoins éloigné de la pureté parfaite. Le cuivre n'a pas été non plus employé à l'état de pureté.
Cette branche de l'art du monnayage tient à la partie des connaissances physiques et chimiques qui concerne l'exploitation des mines , la fusion des métaux, leur séparation et leur affinage. Il ne peut pas entrer dans le plan de cet ouvrage de donner sur ce point des détails qui seraient étrangers eh réalité à la Numismatique en elle-même.
1/^2. L'emploi des métaux comme représentant la valeur de tous les objets échangeables avait été un des premiers résultats de la civilisation , et Tinveutiou du monnayage qui s'en était suivie était une des plus importantes découvertes que les hommes eussent faites, l'agent le plus utile qu'ils eussent imaginé ; mais pour que les monnaies offrissent cons*tamment tous les avantages qu'elles doivent procurer sans aucun des inconvéniens auxquels elles peuvent être sujettes, il eût fallu que les connaissances qui doivent servir de règles au monnayage eussent fait de grands progrès chez les anciens. Il ne pouvait pas en être ailisi dans les premières époqùes«de Fim troduction des monnaies, ni même long-temps après.
Les anciens n'avaient pas une assez grande masse de connaissances acquises dans Téconomie politique pour établir de bonnes théories monétaires , et les sciences physiques ,. chimiques et mécaniques n'é-
Il8 ÉLÉIIËNS» CHAPITRE ¥If.
taient pas as^z avancées chez eux pour conduire à une pratique perfectioonée de la partie maté* rielle du mopuayage. D'un autre côté, la cupidité inal entendue des chefs, autre suite de Fignorance des véritables principes ,. devait amener quelquefois des altérations dans les titres et dans les poids des monnaies , et d'autres irrégularités. En un mot , les anciens ne pouv^ent pas appliquer à la théorie et à 1^ pratique du monnayage des coDn^issances qui leur manquaient, ni les résultats d'une expérience qu'ils n'avaient pas acquise. Mais hàtons-nouB de dire que tout ce qu'ils ont fait dans le monnayage , malgré l'insuffisance et l'imperfection de leurs connaissances théoriques et pratiques, est étonnant: c'est une des choses les plus dignes d'admiration que les r<?sultats que les peuples de Fantiquité surent obtenir dans l'établissement de leurs monnaies, et cela dès l'ori* gînfe de Tart du monnayage. Le degré de pureté des deux métaux précieux qui furent employés pour le^ premières monnaies, est un des points les plus re* marquables des systèmes monétaires des anciens. Quand on pen^e ensuite que cette fidélité dans la pureté du, titre de ces pétaux se conserva si généra-*^ tement et ^i long-^teacnps , sauf quelques exceptions dans les temps déjà voisins de la décadence de VEm- 1^1^ Romain , et cela çhes tant de peuples différens d'usages , de goûvern^mens et de langues , et privés des ^)oyens de communication qui se sont multipliés depuis, on doit si'étonper davantage encore. -Parmi les nombreux sujets ^ méditation qu'offrent aux esprits réfléchis les oeuvres des peuples anciens , à ta
MATIÈRES ElIPIX>TiBS FOUR LES MONNAIES. I tg
naissance de la ctyilisation , c(s résultats si remarqua* hles du système tnonétaire ne sont pas un des rnoin^ dres objets qui méritent l'examen des philosophes et des historiens.
1 43. Combien plus encore les systèmes monétaires des anciens méritent d'être admirés et étudiés dans leurs rapports avec l'histoire générale des hommes, lorsqu'on compare leurs bases et leurs résultats avec ce qui s'est £aiit plus tard à la renaissance de la eivK lisation chez presque tous les peuples modernes ! Les vraies théories du monnayage ont été constamment ignorées et violées jusqu'il ces dernières époques dans la plupart des pays. La partie matérielle, après avoir été pendant plusieurs siècles très-imparfaite , n'a été portée que dans les derniers temps au point de perfection qu'on lui connaît, sauf quelques exceptions peu anciennes. Encore aujourd'hui, cette pratique est loin d'être satisfaisante dans beaucoup de contrées. Ibis c'est sur-tout dans l'établissement des monnaies , sous le point de vue théorique , que les vrais principes de la science économique, ceux de la probité , de la fidélité aux engagemens, et les régies du bon sens public ont été souvent violés. Les altérations de titre et de poids dans les monnaies n'ont été , jusqu'à nos jours , cotoidétées que comtne des opérations de finances plus ou moins avantageuses au fisc, selon qu'elles étaient plus ou moins fatales pour les citoyens, c'est-^dire pour le pays. Ce n'est que de nos jours que cette partie des connaissances économiques a été suffisamment et sur-4out généralement appréciée. D'un chaos de notions er-
laO ÉLKMENS, CHAPITBE VII.
ronéefr, de préjugés ^ d'usages absurdes ou peu ho-> norables , on a vu sortir un ensemble d'idées simples et claires, qui, en instruisant les masses sur cette matière jadis obscure, ont rendu impossibles, pour l'avenii* , les fraudes et les tromperies si longtemps mises en usage.
Après cet exposé de ce qui se rapporte à l'emploi des métaux pour le monnayage en général, venons à Texamen de ce qui concerne chacune des matières employées par les anciens dans la fabrication de leurs monnaies.
1 44* Or.r^JjGs anciens ont employé en général, pour leurs monnaies, Y or à un degré de purelé très-éle vé, et aussi jBn qu'on peut l'obtenir par les procédés les plus parÊuts pour l'affîni^e des métaux. C'est une chose fort remarquable, que cette élévation presque cons* tante dans le titre de la plupart des monnaies antir ques d'o/*; ce £ait prouve que, malgré l'imperfection des connaissances des anciens , .ils avaient cependant acquis une grande habileté dans la pratique de. quelques branches des sciences : il est à noter, de plus^ que cette finesse de Vor fut établie dès les premières monnaies fipappées par les peuples Grecs, dans le VII^ siècle avant J.-C. ; qu'elle se maintint constamment chez ces* peuples, et que les Romains suivirent le même système lorsqu'ils commencent. à firfipper des monnaies d'or, et le conservèrent sans aucune interruption jusqu'au temps du Bas-Empire- Nous avons trop peu de lumières sur. les premières mines exploitées par les anciens et sur les procédés dont ils se servaient , pour savoir jusqu'à quel point
Hs furent aidés originairement dans leurs tentatives par la nature des métaux qu'ils employèrent; mais comme les métaux avaient servi de moyens d'échange et avaient été donnés au poids pendant long-temps avant l'invention du monnayage , ainsi qu'on l'a vu au Chapitre I®^. (5) , il peut être considéré comme certain qu'à l'époque de la fabrication des premières monnaies, on avait déjà acquis une grande prati* que dans la fusion et l'affinage des métaux , ainsi que dans les moyens de connaître leurs degrés de fin : cela est prouvé par la qualité de Vor employé pour les monnaies dès leur origine.
1 45. L'or fut cependant altéré , pour la fabrication des monnaies , dans quelques contrées et à certaines époques. Cet or, mêlé avec d'autres métaux et presque constammetit avec l'argent , était nommé , dans l'antiquité, electrum. Ce nom lui a été conservé par les écrivains numismatistes. La quantité d'alliage que l'on ajoutait à l'or ne fut pas sans doute toujours la même , et pour connaître le titre des monnaies ^electrum des divers pays et des diverses époques où ces sortes de pièces ftirent frappées , il faudrait faire une suite d'essais , qui, jusqu'ici, n'ont pas été exécutés avec ensemble et dans un but d'instruc^ tion bien suivi. Le peu de passages des auteurs anciens où il soit question des monnaies ^elecirum indiquent que cette matière était composée de quatre parties d'or et d'une d'argent (*), ou bien de trois parties à'or et d'une d'argent ("). C'est en effet dans ces
Plinius, lîb. XXXm, 2^.— nÎ5idonis,lib. XVI, c. 23.
laa ÉLÉMEr», CHAPITRE vu.
proportions qile les monnaies d'electmm que nous possédons paraissent avoir été faites pour la plupart; mais il en existe à un titre encore plus bas.
Faisons connaître maintenant quelles sont les ooB' trées ^t les époques où Vor fut employé dans la fia^ brication des monnaies, soit à l'état d'ex^tréme pureté, ce qui est la presque généralité, soit à l'état d'electiwn , ce qui forme quelques exceptions. Nous parlerons d'abord des monnaies des Peuples , Villes et Rois, et ensuite de celles des Romains.
i46. Les peuples Grecs (et par ce mot noua entendons toujours tous les peuples anciens), les Romains exceptés, frappèrent, dès l'origine du monnayage, des monnaies d'or, mais en petites quantités, comme on l'a vu,Chap. III (5o); ils continuèrent à employer ce métal pendant tout le temps qu'ils eurent le droit de battre monnaie ou qu'ils usèrent de ce droit. Le nombre de Villes qui frappèrent des pièces d'or est peu considérable , et ces monnaies sont en général rares* La plupart des Villes du premier rang n'eurent pas de monnaies d'or, et l'on peut citer particulièrement , à cet égand, Athènto. Il faut dire cependant qu'une ou deux pièces d'or de cette ville ont été publiées il y a un certain nombre d'année&i el que quelques autres ont paru dans ces derniers temps ; ipaia ces pièces ne sont pas à l'abri de tout soupçon de fausseté. Quoi qu'il en soit, en admettant même leur au Aenticité, l'extrême rareté de la monnaie d'or d'Athènes é^ivaudraît, pour une teUe ville, àTab* sence totale de l'emploi de ce métal comme monnaie circulante. LesPeiiples et Villes ne frappèrent en gé-
néral en orque des monnaies Autonomes. Lorsqu'on frappa des Impériales Grecques ^ l'or ne fut pas employé pour ces pièces , à un très*petit nombre d'exceptions près. Quelques Rois firent frapper des monnaies d'or en plus grande quantité que les Villes. Les Dariques se distinguent parmi ces pièces. Les monnaies d'or de Philippe II, d'AIexandre-le-Grand, de Lysimaque sont très^nombreusei. Plusieurs pièces de grand module, particulièrement des Ptolémée^.sont aussi remarquables par le travail que par la rareté.
i47* Toutes les monnaies d'or des Peuples, Villes et Eois sont de l'or le plus fin , sauf les exceptions suivantes. On trouve en electrunij à divers titres, des monnaies de Syracuse de petit module, des pièces portant le cheval et le palmier, types Carthaginois, que l'on croit avoir été frappées à Panorme et que l'on classe à cette ville, des monnaies de quelques* uns des Rois du Bosphore Cimmérien et d'autres pièces globuleuses, de petit module , que l'on attribue à diverse$ Villes de la Grèce voisines de la mer Egée. Il existe aussi, en eiedrum, un assez grqnd nombre de pi^es de travail barbare, que l'on classe parmi les Gauloises ; elles ont été frappées dans les Gaules ou dan9 les pays voisins, au nord de lltalie, et plusieurs sont des imitations de monnaies des peuplés Grecs, POQHkie de celles de Philippe II. Parmi ces pièces Gauloises baibaras , on en trouve plusieurs qui sont d^or à très-bas titre.
f 48* Quant aux causes qui produisirent ces fabrioations de monnaies d'or akéré, il serait bien difficUe d'en alléguer d© plausibles et qui fussent
1^4 ÉLÉMENS, CHAPITRE Vil.
fondées sur de» témoignages certains. On peut conjecturer que des peuples peu avancés dans la pratique des arts et des procédés monétaires , comme les Gaulois, ont frappé de telles monnaies, faute de pouvoir mieux faire ; mais quels motifs donner auK monnaies iSelectrum de belle fabrique, à la vérité , frappées en Sicile , dans le même temps qu'on en frappait en or très-pur dans cette contrée?
'i49* I<es Romains ne fabriquèrent de monnaies dWque long'temps après que le monnayage eut été intrqduit chez eux, après même qu'ils eurent admis l'argent II parait certain que ce fut en Tan 206 avant J.-G. (548 de Rome) que les premièreis pièces d'or furent frappées à Rome ( 58). Pendant toute la durée du Gouvernement républicain, les monnaies d'or de coin Romain furent rares. Dès que J.-César et ensuite Auguste se furent emparés du pouvoir, la monnaie d'or devint plus comniune et fut fabriquée postérieurement, 130US certains règnes, en très-grande quantité: La suite des monnaies d'or des Empereurs offre, depuis J.-Gésar jusqu'à la chute de l'Empire d'Orient ^ une série qui n'a que peu de lacunes, excepté pour les temps de troubles, les règnes éphémères et quelquesunes des époques du Bas-Empire. Toutes les monnaies de coin Romain en or^ frappées pendant ce long espace de temps, sont de l'or le plus pur, sauf aussi quelques exceptions dans le Bas -Empire. On a cité un passage de Lampride , qui dit, dans la Vie d* Alexandre Sévère, qu'i) fut frappé de ce prince des inoniiaies ea electrum. Comme aucune de ces pièces ne nous est connue , et que cet exemple serait unique depuis
MATIERES EMPLOYÉES POUR LES MONNAIES. . ia5
les premières monnaies d'or frappées à Rome jusqu'à une époque postérieure de plusieurs siècles à Alexandre Sévère , il est hors de doute que cette assertion est une erreur de Tjampride ou une altération de ce pas^ sage dsins les anciens manuscrits de cet auteur. Ainsi les monumens doivent rectifier quelquefois les textes des écrivains. Les seuls exemples de monnaie dVir altéré, dans la série des Empereurs, se trouvent dans les temps du Bas-Empire et particulièrement sous les les Comnène. Zonaras dit que, sous Alexis !«'. Gom-* nène, qui régna en 1 08 1 , il fut frappé des monnaies composées d'or et de cuivre en parties égales. Il existe aussi) en or altéré^ des pièces des Rois gotbs^ en Italie ; elles doivent être mentionnées ici, puisque lies monnaies de ces princes sont classées panni ceUes qui forment la suite des Empereurs.
i5o. u^/g'eiii.-^ Les peuples anciens se sont servis en général , pour la fabrication des monnaies, d'orgent d'un titre très^pur , principalement dans l'ori-» gine du monnayage , et lorsque ce métal commença à être employé. Les notions générales qui viennent d'être exposées relativement à Xor, s'appliquent en grande partie à ïargent. Ce métal fut altéré dans les monnaies de diverses contrées et de. diverses époques par des mélanges de cuivre , de plomb ou d'autres substances métalliques, mais seulement plu-* sieurs siècles après l'établissement du. monnayage. Ces altérations forment des exceptions dans la Numismatique des anciens , puisque X argent fut en général employé fort pur; mais elles sont plus nombreuses que celles qui eurent lieu poiu» la monnaie
ia6 ÈUblINS, CHAPITRE VU.
d'or. XJargent fui altéré à divers titres , et on arriva siiccessiveineiit» dans quelques époques, à frapper des monnaies prétendues S argent ^ dans lesquelles il ne restait plus que Fapparence de ce métal.
i5i. On a donné aux matières ^argent altéré les noms de poim et Inllon. Les écrivains ont adopté l'une ou l'autre de ces dénominations, soit indif* iéremment^ soit en cherchant k trouver des différences entre la qualité des alliages qui formaient les matières ain» qualifiées. On a voulu quelquefois faire une distinction entre le potin et le biihn et établir que la première de ces matières ne doit pas contenir d'argent y tandis que le bilUm en contient une faible partie. Ces discussiolis ne ootidoisent à aucun résultat important, puisque ces dénominations sont mo* demes, qu'elles ont été employées, la plupart du temps , indifféremment p»r les écrivains, et qu'il se- . rait difficile de foire l application exacte de chacune d'elles, si l'on établissait une distinction précise entre la composition de ces deux matières. Il sufBt de savoir ici que Targeni fut altéré à divers degrés dans diffiérenles contrées et à différentes époques, et que l'on désigne les pièces frappées ainsi par les noms de monnaies de potin ou de bUion , en obser* vant, toutefois 9 que le nom de potin est plus généralement appliqué aux Impériale&Grecques , et celui de bilion aux monnaies Romaines.
t5a. On alla plus loin encore, et, à certaines ^o« ques, le titre des pièces di argent ftit successivement i^uit au point que ces monnaies ne furent plus Éaites que de cuivre recouvert d'une légère couche
MATIÈRES BMPLOYÉES POUR tÈ8 llONff AIES. 127
iSargèiU ou iliéme de métal blanc, qui a disparu dan$ la plupart de ces pièces par le frottement et le temps. On a donné à ces monnaies le nom de pièces sou* cies(i^'j). Cette dénomination n'est pas entièrement exacte, en ce qu'elle semble indiquer que ces mon* naica aavaîent été teintes après leur flibrication , tandis que la oaoche de métal blanc a été certainement appliquée arant la frappe.
Nous allons maintenant indiquer quelles furent les contrées et les époques où Varient fut employé k l'état de pureté, ou bien avec des altérations, en traitant d'abord ce qui concerne tes monnaies de^ Peit{Aes , Villes et Rois , et ensuite ce qui se rapporte aux monnaies de coin Romain.
i5S. Les Peuples anciens, les Romains exceptés , frappèrent des monnaies d'argent dès l'origine du monni^ge. Lespiremières monnaies émises en grand nomlx^ fiirent même de ce méfal, l'or n'ayant été einpioyé d'abord qu'en petite quantité^ et la febricatioo du caivre n'ayant eu lieu que postérieurement Chapitre m (5o et 5r). Vargeni lot employé par Ui presque totalité des Villes et des Rois , et quelquefois en quantités extréiiiement considérables. Ce métal senit à la fabrication des monnaies Autonomes jusqu'au temps où les Peuples perdirent, par la conquête des Romains, \q droit de frapper leurs propres monnaies, ou cessèrent de se serrir de ce droit. Pos^ térieurement, quelques Villes, mais en petit tiom* bre, frappèrent des Impériales-Grecques ea. argent i mais cet usage se perdit avant celui de frapper ces sortes de monnaies en cuivre. Le titre de Targent
128 ELÊMEIfS, CHAPITRE Yll.
employé dans les roonnaies des Peuples^ Villes et Rois est en général très-pur , et sur-tout dans Tongine du monnayage. Démosthènes rapporte que Selon avait pensé que beaucoup de Villes mettaient du plomb ou du cuivre dans les monnaies émargent qu'elles faisaient frapper , afin de les altérer par ce mélange frauduleux (')• L'exameii des monnaies émargent de cette époque est tout-àr&it contraire à cette assertion, et il n'en a pas été trouvé qui puisse- l'appuyer. Il est possible que l'orateur ait fait allusion aux laoïm^xesfourTéeSy dont il sera question »u Cha« pitre XIV (35o).La pureté àeViirgent fut long-temps conservée dans les moimaies des Peuplés , Villes et Rois. Voici les principales exceptions qui doivent être indiquées, et elles ne commîencèrent guère à avoir lieu que dans le I^^ siècle avant J.-G. Les derniers Rois de Syrie furent les premiers à donner cet exemple, qui ne se rencontre pas ailleurs dans les monnaies Autonomes. Les Impériales^Grecques de r Asie-Mineure , de la Syrie et de l'Egypte en fournirent ensuite de nouveaux et de nombreux exemples. Depuis Trajan , les monnaies Impériales-Grec^ ques diorgenl altéré se multiplièrent dans les contrées de l'Orient où l'on frappait encore des pièces de ce métal. La ville d'Antiocbe et l'Egypte doivent être particulièrement citées , et les monnaies à^ argent de cette dernière contrée furent sm*-tout émises à des titres très-bas. Sous le règne de l'Empereur Claude, la valeuf du métal s'y trouve réduite presque à rien.
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(') Adv. Timocrat., p. 3o5:
MATIÈKES £APLOVÉES POUR LEâ JltONNAiBS. 1 29
On applique à toutes ces pièces, comme nous l'avons vu précédemment, le nom depotm( 1 5 1). Il faut noter ici une singularité remarquable de cette époque. Parmi les monnaies de quelques Villes, par exemple d'Antioche , en même temps que les pièces d'ofg^nt étaient émises à un titre très-altéré , on trouve quelques monnaies di argent très» - pur. Cette singularité est encore à expliquer. Les monnaies des rois Par* thés sont atissi diargent très-altéré.
1 54. Lei^ Romains iie firent pas fabriquer dé moiinaie à^argent dans les premiers temps où le monna3rage fut adopté chez eux ; ils n'en eurent que longtemps après (58) : ce fut en l'an 269 avant J.-C. (465 de Rome). Lorsqu'ils admirent les espèces' d'argeM, ce métal fut employé très-pur : on le titouVë tel dans les monnaies Consulaires. Pline rapporte que LiviusDrusus, étant Tribun dii peuple, fit admettre dan^ la tnonnaiè d'argent un huitième de cuivre ('). Le même auteur dit que Marc-Antoine, pendant le Triunrvirat , fit mélanger du fer à l'argent ('). Il faut encore ici confronter Ifes monumens eux-mêmes avec ces assertions, et celles-ci se trouvent par le .fait entièrement démenties. La monnaie Ôl argent de coin Romain fut de la plus grande pureté jusqu'au règne de Septirae Sévère. Ce prince commença à faire altérer le titre usité de ce métal. Caracalla, son fiïs, suivit cet
exemple, et il établit de plus des monnaies â! argent un peu plus grandes (jue celles qui avaient été en usage jusqu'à cette époque. Sous les successeurs de
(') LA. XXXïII, i3. — C) Lib. XXXIÏI, 46.
l3o ' ÉLÉMENS, CHAPITRE, vil.
ces Priirces , le titre de Vargent fut succesaiveinent baissé. A Tépoque d'iilexaadiïe Sévère , les monnaies de ce métal n^ contenaient plus qu'un tiers di argent. Bientôt après , à l'époque de Gallien , la partie di argent se trouve réduite presque à rien. On donne à toutes ces monnaies d^argent altéré, ainsi qu'on Ta vu précédemment (i 5i) ,. le nom de bilton. A cet état de fabrication en succéda un autre plus misérable encore ; ce fut l'émission des monnaies couvertes seulement d'une légère teinte argentée, qui sont désignées sous le nom, déjà expliqué (lôa), àà piècessaucées. Ces espèces furent frappées jusqu'au rè^e de Dioclétien. Cet Empereur rétablit la monnaie d^ argent fin , et elle continua à être ainsi frappée sans nouvelles altérations, sauf quelques exceptions dans les temps du Bas -Empire.
1 55* Cuwre. — Il faudrait beaucoup plus de lumières que nous n'en avons sur les temps de l'antiquité, pour pouvoir faire connaître les mines d'où les anciens tiraient le cuivre qu'ils employaient, les qualités diverses de ce mêlai qui servirent pour les monnaies , et les procédés chimiques adoptés pour la pré-' paration de ces matières. Les renseignemens divers que l'on pourrait réunir sur ce sujet sei^ient loin de présenter un ensemble satisfaisant. L'examen des monnaies elles-mêmes peut f(»urnir à ceux qui voudraient faire des recherches à cet égard les observations les plus importantes et les seules même que l'on puisse réunir avec un résultat ii^téressant. On trouve en effet une grande variété dans les apparences des cuivres employés par les anciens pou-r leurs
MATfÈRES EMPLOYEES POUE LES MONNAIES. |3l
monnaies; toutes \es couleurs, toutes les proprié* tés visibles qui peuvent distiaguer les diverses na-^ tures de ces matières , se trouvent dans les monnaies antiques, et-ceux qui se sont livrés, dans les d^^niers temps , à des observations chimiques sur les pièces de diverses contrées et de diverses époques, Ont trouvé de grandes variétés dans les qualités des Cuiçtres et dans les altérations avec lesquelles ils furent employés pour le monBayage.
On reconnaît donc aisément qu'il ne serait pas pos^ sible d'établir, comme il vient d'éti^e fait pour l'or et \ argent^ quèlîé$ furent les diverse^ qualités de cuwre employées par les ancieiis dans fe monnayage, ni de faire ensuite l'application de ces données aux monnaies des divers Peuples et des diverses époques.
Mais s'il n'est pas possible de réunir un assez grand nombre' de notions locales pour établir des catégories, à cet égavd , par contrées et par époques, nous pouvons au moins fixer les points principaux rekiti& k remploi du cuwre en général dans le monnayage des anciens.
1 i56. Le <iuivre pur n'est pas d'un emploi eiiUèrement convenable pour la fabricïation des monnaies. Ce métal se reçoit pas avec facilfté l'empreinte des parties délicates et fines du travail des coins ; les re^ liefs déliés sont aisément effacés par le frottement. Enfoui dans la terre, il s'oxidé profondément, et les empreintes qu'il a reçues sont assez promptement altérées. Allié avec une partie d'étain , le cuivre acquiert pour le monnayage les qualités eoritraires aux inconvéniens qui viennent d'être indiqués. Il reçoit
iSa ÉLÉMENS, CHAPITRE VII.
alors aiséaient Tempreinte des détails de gravure les plus fins , qiii ne peuvent être «nsuite effacés que par un long usage ; il peut séjourner plusieurs siècles dans la terre sans être altéré, et sa durée est pour ainsi dire indéfinie. Un long séjour en terre , loin de lui nuire, lui est au contraire avantageux, comme on le verra bientôt (f58).
157. Les anciens reconnurent promptement les inconvéniens du cuwre pur dans le monnayage et les avantages que Ton troavait à allier ce métal avec letain. On pourrait penser, que la nature des mines de cuistre qui furent exploitées dabs une haute antiquité mit sur la voie à cet égard ; les observations métallurgiques sur les mines en général éloignent cette idée : ce fut donc un résultat de l'expérience et de l'étude que cette habileté des anciens monnayeurs. Un tel degré de perfection dans les applications des sciences naturelles doit paraître extraordinaire à des époques si reculées, et auxquelles nous supposons généralement que les connaissances n'avaient pas fait de grands progrès.
Les monnaies anciennes de cuistre furent donc presque généralement de cuivre allié d'étain. D^aiprès les expériences qui ont été feites , la quantité de cet alliage varie depuis cinq jusqu'à douze pour cent; quelquefois l'étain est encore plus abondant. D'autres substances furent aussi employées comme alliage du cuivre , et spécialement le fer ; mais cela n'eut lieu que rarement.
i56. Les monnaies de cuivre allié d'étain nonseulement ne sont pas altérées par un long séjour
dans la terre , mais elles y acquièrent un mérite de plus. L'oxidation légère qui s'opère à la nurface y produit une couverte naturelle de diverses teintes , suivant les degrés d'alliage et sup-tout suivant hi nature des teryains dans lesquels les pièces ont séjourné, et ordinairement d'un verdâtre plus ou moins brun. Cette cou verte , adhérente , dure, très-fine, a été nommée patine j du mot italien patina. Elle donne un aspect plus avantageux aux monumens qu'elle recouvris , pjarce que ses teintes sont plus harmonieuses qye les couleurs du cuwrej la lumière n'y glissant pas et ne produisant pas de reflets; elle olfre aussi des garanties de plus pour l'authenticité des ouvrages anciens, à cause de la difficulté qu'iVy a de la contrefaire. Il sera question d'ailleurs plus en détail des découvertes des médailles et de leur état actuel, Chapitre XVIII.
On peut se convaincre de l'exactitude des notions qui viennent d'être exposées, en comparant aux monnaies antiques de bronze qui sont restées enfouies tant de siècles sans être altérées , des pièces de cuivre pur des siècles derniers , qu'un, séjour de quelques années, peut-être, dans la terre a complé-? tement gâtées.
1 59. Les motifs qui firent adopter le ciuWe allié d'étain dans le monnayage le firent aussi employer pour tous les ouvrages de sculpture. Il y a dans les monumens anciens peu d'exemples contraires , parmi lesquels il faut citer les quatre chevaux de Venise.
160. On a d(Hiné au cuivre ainsi allié d'étain le nom de bronze^ et on a appliqué aussi ce mot comme
l34 ELÉMEN6, GHAPITHS VIL
nom générique aux manumens de ce métal. De cette déoomiimtion , dont on ne connaît pas généralement le véritable sens , il est résulté l'idée erronée et fort répandue , faute de réflexion , qile le bronze des anciens est un métal particulier et autre que le cuisn^ ; ce qui n'est point.
Danft les temps modernes, on a également appliqué \e mot browie à tous les ouvrages moulés en cuU^re et à tous ceax destinés à rornement des habitations^ ^oit que ces ouvrages se trouvent enduits d'une couverte à rimitaticm de la patine antique, soit qu'on les recouvre par la dorure ou autrement. Des fabricans annonœnt quelquefc»s des ouvrages en bronze çmiique. Les acheteurs peu instruits croient ainsi acquérir des obJ6l» d'art ou d'ameublement d'un métal particulier, tandis qu'ils n'ont que du cuivre allié convenablement pour le rendre propre au moulage^ et couvert d'une teinte à l'imitation de la patine que le temps a donnée aux monumens anciens.
Le mot bronze ayant été généralement affecté au cuivre allié, employé pour le monnayage chez les anciens , on peut se servir indifféremment de ces deax noms pour désigner les monnaies de ce. métal, quoiqu'il soit réellement plus exact de se servir en général du mot cuivre. Le mot bronze est plus ordinairement employé. On pourrait se servir du mot cuivre lorsqu'il est question du métal destiné au monnayage et non encore employé , et du mot bronze lorsqu'il s'agit des monnaies elles-mêmes. Il est spécialement convenable d'employer le mot brome quand on doit rappeler des dénominations
MATIÈRES £MPLOYifB8 POUR LES MONNAIES. l55
généralement ad(^tées , comme celles de Grand'bronze^ Moyen-bronze^ Petit-bronze {i9Z). C'est ainsi que je -Uai fait dans le cours de cet ouvrage.
1 6 1 . Les monnaies de cuivre ou de bronze forment la partie la plus* nombreuse du système monétaire des anciens.
i6!2. Les Peuples anciens ;, les Romains exceptés , ne firent point frapper de monnaies de bronze tians les premiers temps du monnayage. On a vn, Chapitre III(5o et 5i), qu'il n'en fut point fabriqué pendant la première époque, dont la durée est d'environ deux cents ans , et que les premières pièces de ce métal sont postérieures au temps d'Alexandre I^'. , roi de Macédoine. On peut citer divers faits qui semblent devoir être considérés comme positifs à cet égard. Naxos , ville de Sicile , qui fut détruite par Denis l'Ancien en Tan 4oo avant J.-C., n'a que des monnaies d! aident et n'en a pas de bronze. Sybaris, détruite par les Crotoniates 5o8 ans avant J.-C, et rétablie en l'an 44^ avant J.-C. sous le nom de Thurium , n'a de monnaies avec le nom de Sybaris qu'en argent; tandis qu'on en connaît avec le nom de Thurium en argent et en bronze. ZandedeSicile, qui fat renversée par les Messéniensen 475 environ avant J.^C., et ensuite rétablie sous le nom de Messine , n'a que des monnaies ^argent avec son premier nom et n'en a point en bronze. Si l'on eut fabHqué des monnaies de cuivre pendant le temps que ces Villes importantes frappèrent monnaie > pourquoi n'en eussent - elles pas émis en ce métal , et n'en eussent - elles frappé qu'en argent ? On pourrait multiplier ces exemples.
l36 ÉLÉMBNA, CHAPITRE VII.
On petit donc considérer eomme généralmnent certain que les Peuples et Villes ne firent point frapper de monnaies de cuivre pendant la première époque du monnayage, dont nous avons fixé la fin à la mort d'Alexandre F'., roi de Macédoine, en Tan 454 avant J.-C. Si l'on trouvait, des Peuples et Villes, quelques pièces en bronze, ayant d'ailleurs les autres caractères qui doivent faire attribuer une pièce à cette époque , ce serait probablement une monnaie fourré^, fausse, c'est-à-dire en cuivre couvert d'une pellicule d'argent, qui aurait été enlevée.
i65. Depuis cette époque, la monnaie de cuivre fut constamment frappée dans toutes les contrées, et ce fut aussi la dernière que les Peuples' anciens frappèrent , tandis que la fabrication des pièces à^or et di argent cessa plus tôt suivant les lieux et les temps.
i64- Chei les Romains, la monnaie de cuii^re fut frappée la première, avant celle d'or et celle d'argent, et elle fut constamment fabriquée depuis.
1 65 . Il est à propos de terminer ces considérations sur l'emploi du cuivre dans le monnayage des anciens par un couit examen d'une espèce de cuivre où plutôt de métal mélangé , dont il est fait mention dans quelques auteurs de l'antiquité. Il s'agit ici de la matière connue sous le nom de cuivre ou bronze de Corintke. On sait que des écrivains anciens, et particulièrement Pline (') et Lucius Flonis ('), racontent qu'au moment de l'incendie de la ville de Corinthe , les statues et les autres monumens en or, en
C) Lib. XXXIV, 3, — C) Lib. n, c. 16.
MATIÈRES ftHPLOYÉES POUR LES MONNAIES. 1^7
argent et en ciUvre , se fondirent , et que ces divers métaux s'étant trouvés réunis et mêlés par la fusion dans certains lieux , il en résulta un métal mé* langé, dont on se servit ensuite pour faire de nouveaux moniunens , et auquel on donna le nom de cuivre, ou bronze, ou mètcd de CorirUhe. Malgré les assertions de ces écrivains et de plusieurs autres, on peut regarder ce récit comme un de ces contes populaires, qui, une fois imaginés, se répètent et prennent consistance dans Tesprit des gens peu instruits. Un semblable mélange de métaux s^ rait tout- à- fait extraordinaire, on peut même dire impossible, dans l'incendie d'une ville. Comment supposer que les monumens de ces diverses matières se seraient trouvés placés près les uns des autres, que la chaleur de l'incendie aurait pu les mettre en fu|îon, et que la matière mélangée aurait été conservée? En supposant même qu'un fait aussi extraordinaire eût pu avoir lieu, comment croire que Yargent, et à plus forte raison Vor, eussent été en assez fortes quantités, comparativement au cuivre , pour influer sur le résultat de cette fusion? Enfin, en admettant même toutes ces combinaisons, pourrait-on raisonnablement supposer que ce singulier mélange de métaux eût eu lieu , pendant l'incendie de Corînthe, en quantités assez considérables pour constituer une nouvelle combinaison de matières métalliques, généralement connue depuis et qualifiée d'un nom particulier? Une telle série d'impossibilités place au rang des rêveries la formation du métal de Corinthe par le fait de l'incendie
l58 EL8IIEN&, CHAPITRE VII.
de cette ville. Mais il existe une autre opinion relativement à ce métal. On pense qu'un mélange quelcoilque de métaux était mis en œuvre à Corinthe, avant et après Tincendie de cette ville ^ pour divers monumens ou ustensiles , et que ce mélange , célébré comme très-beau , avait reçu le nom de métal ou cuwre de Corinûie. Quelques auteurs ayant parié d'ouvrages de ce métal existans et connus, il est difficile de révoquer en doute leur témoignage, et il est convenable d'adopter cette dernière opinion.
Quoi qu'il en soit, aucune monnaie de Gorinthe n'offre les apparences d'un métal mélangé , et il est certain que le métal de Corinthe, si c'était un mélange particulier de métaux, na pas été mnployé pour le monnayage de cette ville. Aucun des au-> teurs anciens qui parlent de ce mélpil ne dit non plus qu'il ait été converti en monnaies.
Après avoir exposé ce qui concerne les trois métaux qui ont servi à la fabrication de la monnaie dans l'antiquité , qui ont continué depuis à recevoir la même destination , et auxquels on donne le nom de métaux monétaires y il est à propos de dire quelques mots des autres matières qui ont été employées ou que l'on croit avoir été employées à la febrication des monnaies dans quelques contrées ou à quelques époques.
166. Plomb, — D'après quelques passages d'auteurs anciens , on pourrait penser qu'il y a eu des monnaies de plomb dans quelques contrées. Il existe en effet quelques pièces de ce métal que le
temps a épargnées; mais ces pièces n'ont pas le caractère de monnaies, et doivent être considérées comme des tessères, des espèces de marques destinées à tout autre usage qu'à celui de monnaie, comme aux jefux, a,ux cérémonies religieuses, etc. Ficoroni a publié <un grand nombre de ces pièces ('). Si l'oh trouvait une véritable monnaie en plomb de pays et d'époques dont on a des monnaies d'argent ou de cuivre , ne devrait-on pas la considérer comme un essai monétaire? Il est possible d'ailleurs que des monnaies de ce métal aient été fabriquées dan^ quelques contrées ; mais ce ne pourrait avoir été que daiis peu de Villes et pour peu de. temps. Aucune pièce connue n'appuie cette idée.
Le plomb a servi quelquefois aux faussaires anciens pour former le centre ou l'âme des fausses monnaies fourrées ou recouvertes d'une pellicule d'argent. On a encore quelques-unes de ces pièces, plus ^\x moins dépouillées de leur enveloppe d'argent.
IjC plomb a dû servir aussi pour les altérations que l'argent a subies dans les temps et les lieux qui ont été indiqués en traitant de ce métal.
«67, Étaîn.-'^Ijes observations qui viennent d'être faites pour le plomb s'appliquent à l'étain. Quelques auteurs parlent de monnaies de ce métal. On ne connaît aucune pièce antique d'étain ; et, en effet, ce métal se détruit dans la terre plus facilement que le plomb.
(') I piombi antichi.
1 4o ÉLÉMENS , CHAHTAE VII.
i68. Fer. —-Le témoignage de divers auteurs de Tantiqui^ doit faire penser qu'il a existé des monnaies de fer chez quelques Peuples , à l'invention du monnayage, et même postérieurement. Il faut citer principalement les Spartiates et les Byzantins (M. Au rapport de quelques écrivains, Lycùrgue , ayant établi la monnaie de fer à Sparte , ordonna que le métal qui y était employé fût rendu impropre à tout autre usage, au moyen de la trempe dans le vinaigre (""). "Les habitans de Clazomène eurent des monnaies àéàfery s'il Caut en croire Âristote (^). Enfin, quant au peuple Romain, divers écrivains affirment que la monnaie de fer fut établie à Rome par Numa Pompilius (^).
Ces témoignages et divers autres portent à croire que quelques Peuples eurent, à certaines époques, des monnaies Açifer. Aucune de ces pièces n'est parvenue jusqu'à nous; mais cela n'altère en rien là possibilité de l'existence de ces monnaies, \efer, par sa nature, n'ayant pas pu se conserver pendant tant de siècles , et sur-tout en morceaux de peu de volume. Il est cependant extraordinaire, s'il a existé de ces monnaies, que quelques-unes, au moins, n'aient pas été en£ouies dans des endroits à l'abri de rhuipidité, et n'aient pas échappé à la destruction.
169. Bois. — Quelques expressions de textes anciens feraient penser que les Romains se servirent
(') PoUux, lib. VII, 106; lib. IX, 78, 79.
(') Plutarchus, in Lycurg., 44- PoUux, lib. IX, 70.
(^) Id OEcoiiom., lib, II, 2. — (^) Suidas, in Aff^Âçtec-
MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LES MONNAIES. l^î
de monnaies de bois. Il est probable que ces passages se rapportent à des tessères , ou marques destinées à d'autres usages. Aucune de ces pièces n'existe maintenant.
1 70. Cuir, — Des édrrvains anciens parlent aussi de monnaies de cuir chez les Spartiates, les Carthaginois et les Romains : nous n'avons pas assez de lumières sur ce sujet pour entrer dans plus de détails. On peut penser que ces pièces servaient à d'autres usages qu'à celui 4e monnaie proprement dite. Peut-être aussi art-on fait allpsion aux peaux d'animaux, qui se donnaient en compte,. comme moyen d'échange, avant l'établissement du monnayage. Auctfh fragment de cuir que l'on puisse considérer comme se rapportant à des usages monétaires ^ n'est parvenu jusqu'à nous.
171. Coquilles. — On trouve , dans Suidas , que les Romains employèrent les coquillages comme monnaies Q) : nous n'avons point de renseignemens plus étendus à ce sujet. On a pu se servir de ces productions naturelles comme moyens d'échange dans l'antiquité, mais probablement avant l'établissement du monnayage. Dans les temps modernes^ les navigateurs ont trouvé cet usage établi chez quelques peuples sauvagies.
(') In Affffuftu.
14^ ÈLÈMENS, CHAPITRE Vlll.
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CHAHTRE Vin.
Noms des Monnaies et Médailles -antiques en général et en particulier^ et de leurs Parties,
17 a. La monnaie en général était nommée par les Grecs àfyvfiovj XfiifJLdLTA, vofJÙJfjLOLrct. Af^yvpiov , de apyvfoç, argentum^ indiqué seulement la monnaie d'argent; mais ce mot fut employé pour exprimer les monnaies de tons métaux. Cela vint , sans aucun doute , de ce que les monnaies d'argeat furent les premières frappées chez les Grecs, l'or ne Payant été , dans les premiers temps , qu'en très-petite quantité, et rémission du cuivre étant de beaucoup postérieure, comme on Fa déjà vu (5o et 5i). Les Grecs se sei'virent quelquefois aussi, cependant, du mot %/h;^/ov, aurunif pour exprimer la même signification et dans le même sens.Xp}f/Aara indique les biens de toute nature que l'on peut posséder , et ce mot fut appliqué avec raison aux monnaies, puisque, avec elles , on peut se procurer tous ces biens. Le mot "^o/jud^itt signifie chose instituée pat la loi. Ce nom fut convenablement donné aux monnaies, puisqu'elles doivent être réglées par la loi, et qu'elles reçoivent d'elle leur valeur et leur dénomination.
175. Dans la langue Latine, la monnaie, en général, était nommée Pecunia^ Argentum, Moneta, Nummus, Numisma. L'origine du mot Pecunia, s'il faut
NOMS DES MONNAIES ET MÉDAILLES. l43
en croire PUne ('), vient de ce que les premières monnaies Romaines, instituées parServhis Tullius^ représentaient des bœufs et des brebis, d'oti elles furent nommées pecunia, àepecus, troupeau ^ animaux. On trouve en effet des monnaies primitives de Rome en cuivre , de forme carrée , et empreintes de la figure d'un bœuf. Le mot argentum était employé par les Latins, pour les mêmes raisons qui avaient fait adopter son équivalent chez les Grecs , quoique la monnaie d'argent n'ait pas été la première introduite à Rome. Les Latins se servatentairasi quel* quefois du mot aurum pour indiquer la monnaie en général. Le mot moneta était un des surnoms de Junon; cela est attesté par les écrivains et aussi par les Deniers de la famille Carisioy sur lesquels cette déesse est nomfiaée MONETA et MONETA SALVTARIS. La fabrication des monnaies était étaUie à Rome dans le temple de Junon Moneta. Il en résulta que non-seulement les ateliers monétaires, mais les monnaies elles-mêmes prirent ce nom. La monnaie divinisée est représentée sur beaucoup de monnaies Romaines, ainsi qu'on l'a vu, Chap. VI (i i5). Nummus ou Numisma fut employé comme dérivé du grec No'-
Après avoir fait connaître les noms que les Anciens donnaient aux monnaies en général, indiquons ceux qui furent attribués aux diverses monnaies, en raison de leur poids et de leurs valeurs légales. Les noms de cette nature sont les appella-
O Lib. XVIII, 5, etlib. XXXIII, i3.
l44 ÂLÈMENS, CHAPITRE YIIL
lions génériques sous lesquelles les diverse^ iAonnaiefr étaient connues et indiquéefs habituellement.
Ces noms étaient ,
1 74* Chez les Grecs :
Drachma (la Drachme) , et ses multiples ; Didrachmum (deux Drachmes) , Tridrachmum ( trois Drachmes), Tetradrachmum (quatre Drachmes).
Oholus (l'Obole); ses multiples: Diobolus (deux Oboles), Triobolus (trois Oboles) , Tetrobolus (quatre Oboles), et ses parties; Setniobolus (demi -Obole), dirmdium 5e/wibte/i ( quart d'Obole) , Chalcus (huitième d'Obole) 7 et même quelques fractions plus petites , peu connues.
AssariuSj de A$^ Assi$^ Ce nom fut adopté par quelques peuples Grecs sons la domination Romaine. Il s'appliqua p1*obablement aux pièces d'une Obole. Ujssarius eut ses multiples, indiqués par les nombres deux et trois, cette monnaie eut aussi sa moitié.
Stater{\Q Statère ) ; son multiple, le double-Statère ; et ses parties , le demi-StcUère et le quart de Statère. Cette espèce de monnaie existait en or et en argent.
i/S, Chez les Hébreux :
Siclus ( le Sicle ).