‹ Manuel de numismatique ancienneChapitre 56 sur 98 · ELEMENS, CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

ELEMENS, CHAPITRE XY

temps ; et il y a lieu de croire qne les faussaires ne se servent plus guère de ces moyens imparfaits et trop facilement jugés aujourd'hui.

371. Quant aux moyens de reconnaître la fausseté de ces sortes de pièces, et en général celle de toutes les sortes de falsifications , il serait difficile d'établir un système de principes infaillibles. L'examen continuel des pièces antiques , la comparaison de celles qui sont de toute authenticité avec celles qui sont reconnues pour fausses ,4es communications avec les Numismatistes instruits, la connaissance des moyens pratiques du monnayage, le goût de .ces sortes de recherchéis, donnent, avec le temps, le tact qui fait juger aveNc certitude de l'authenticité des monnaies et médailles antiques ou de leur fausseté. Ce tact est un sentiment intime qui s*éprouve et ne se raisonne pas d'une manière claire pour ceux qui n'en connaissent pas la portée. Les monumens antiques de tout genre, pour être appréciés, sont soumis aux mêmes difficultés et à des observations à-peu-près seinblables. Un sentiment pareil guide ceux qu'une longue hal)itude met en état de juger le? diverses productions des beaux-arts dçs temps modernes, depuis la renaissance, tableau2^, dessins, sculptures , musique. Ici , le sentiment inti^ie qui détermine les véritables connaisseurs dans leurs jugemens , leur

fait découvrir non-seulement les époques qui doivent être assignées au^ productions des arts , mais aussi les noms des auteurs. Ils sentent les motifs de leurs jugemens, ils s'en rendent compte entre eux ; mais les faire concevoir à qui n'est pas encore initié 4ans

ces matières y serait la chose impossible. Comment faire comprendre à une personne' satis connaissance en peinture pourquoi un tableau est de Raphaël et non d'Andréa del Sarto ; à une personne non musicienne , pourquoi un morceau est de Cimaf osgi et non de Mozart? Ces sortes de connaissances s'apprennent, mais ne s'enseignent pas.

37!». Tous ces détails ne sont exposés ici que pour appuyer celte conclusion générale , relativç à notre sujet, que celui qui veut parvenir* à là connaissance matérielle de Fau Aienticité des monnaies et médailles antiques et de la fausseté de celles qui sont contrefaites , doit chercher, par les moyens qui ont été indiqués, à acquérir cette pratique, ce tact, que nous avons cherché à qualifier. L'examen continuel des raonumens lui procurera les connaissances que des règles écrites ne lui donneraient pas.

Il est cependant quelques observations qui doivent être faites sur les divers procédés de falsifications; ces observations. peuvent guider les commençans dans leurs premières recherches. Elles s'appli* quent aux falsifications dont- il est ici quesition et à quelques autres. Nous les exposerons aussi brièvement que le demandé la nature de cet ouvrage.

375. Les légendes sont uù des points qui servent le plus à faire reconnaître les falsifications. I^orsqu'elles ne sont pas franches, égales, nettes, la pièce est douteuse. Il a été exposé, à ce sujet, dans le Chapitre XI, quelques considérations qui doivent être rappelées ici. Ces observations sur le faire, le style des inscriptions s'appliquent plus

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particulièrement aux falsifications dont il est lûaintenant question , puisque les lettres, retouchées à l'outil sur les pièces mêmes, ont un caractère in* certain et maniéré qui trahit bientôt leur origine.

374* Dans les pièces retouchées à l'outil, la disparate entre les parties intactes et celles qui ont été travaillées est caractéristique, et doit être reconnue par des yeux exercés. Les contours inceitains, mous et mal sentis des parties retouchées dans les têtes font aussi apercevoir la fraude.

375. La patine fausse est enfin un indice également déterminant. Malgré les soins que les faussaires se sont donnés pour composer des patines approchant de celles que les pièces antiques acquièrent naturellement avec le temps , ils n'y ont réussi que bien imparfaitement. Les patines naturelles ont d'abord une égalité de teinte, une transparence, une finesse de ton , qui leur sopt particulières ; elles sont de plus entièrement adhérentes et sans épaisseurs propres : ces circonstances peuvent être appréciées par l'œil du connaisseur. Elles sont, enfin , d'une qualité dure, et cet avantage matériel peut être reconnu d'une façon positive. Les patines fausses seront donc jugées telles avec assez de facilité, d'a-^ bord par les apparences qui viennent d'être détaillées, puisqu'elles n'ont pas les qualité des patines antiques, et ensuite par leur dureté. Si une patine a une épaisseur propre, si elle est facilement entamée par une pointe, elle est certainement fausse.

576. Ce qui doit enfin, et surtout, déterminer le connaisseur d^ns ses jugemens sur l'authenticité ou

la fausseté des monnaies et. médailles antiques, c'est l'aspect général de la pièce , l'accord de ses parties sous le rapport du style, du travail, de la conservation, de la couleur, du poli et de l'ellfet.

577. Il est nécessaire de mentionner ici un genre de falsification qui, quoique fort peu usité, demande cependant à être cité. On a vu , dans le Chapitre YI ( 1 3 1 ) , que quelques pièces dans l'antiquité, et spécialement des pièces de grands modules ont été dorées ou argentées en tout ou en partie. Ce sont ces sortes de pièces que les faussaires ont voulu imiter. Ils ont choisi des pièces soit antiques, soit modernes, et les put ainsi dorées ou argentées en tout ou en partie. Ces falsifications sont peu nombreuses. Le même examen qui fait découvrir les faussetés de retouches, servira à faire distinguer ces sortes d'embeliissemens modernes et faux.

378. Pièces antiques martelées. On nomme ainsi des pièces antiques dont les faussaires conservent un des cotés , en frappant sur l'autre avec un coin moderne un nouveau revers. On place pour cela la pièce sur des cartons du côté conservé , et sur l'autre côté, dont on fait disparaître les empreintes, on frappe le nouveau revers au moyen du coin et du marteau. Ce genre de falsification a été plus particulièrement employé pour les pièces Romaines, pour celles en cuivre, et pour placer un revers rare et nouveau sur des pièces dont on conservait la tête. Les faussaires ont souvent frappé ainsi sur des pièces authentiques des revers imaginaires, tels que la légende : VENI, VIDI, VICI, sur des pièces de

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J. César; EXPEDITIO lYDAICA sur celles d'Hadrien, et autres types inventés. C'est en Italie sur-tout que cette méthode a été pratiquée.

La plupart des inconvéniens qui viennent d'être décrits relativement aux pièces antiques retouchées à l'outil, se retrouvent dans les pièces martelées. Le disparate dans le travail de chacun des côtés et les imperfections de la patine sont ici les mêmes. Il faut ajouter toutes les considérations qui rendent si difficile l'imitation du style et de la manière des anciens dans la gravure des coins , dont nous allons hientôt parler plus au long. La frappe offre aussi des points de reconnaissance d'autant plus importans, qu'un seul côté des pièces s'y trouve soumis dans ce cas par les faussaires.

Ces sortes de fabifications étaient donc peu trompeuses, et l'on y a depuis long -temps renoncé, comme à celles qui étaient le résultat des retouches à l'outil.

On a déjà apprécié, par tout ce qui vient d'être dit et par tout ce qui a été exposé dans ce Chapitre , les moyens de reconnaître la fausseté de ces sortes de pièces.

579. Pièces antiques encastées. On donne ce nom aux pièces formées de, deux côtés de pièces antiques différentes, et qui sont réunis pour en faire une pièce rare ou nouvelle. On conçoit qu'en prenant un côté d'une pièce et un côté d'une autre , toutes deux communes , et en les réunissant , on obtient une nouvelle pièce. rare.

La manière de produire ces sortes de falsifications

est simple. Le faussaire choisit deux pièces du même métaL du même module et du même ton , dont un des côtés de chacune puisse être réuni convenablement. Il creuse l'un des côtés en réservant le bord de la pièce à laquelle ce côté appartient , il enlève ensuite de l'autre pièce tout ce qui ne dépend pas du côté à conserver, de façon* que ce côté ainsi réduit entre bien juste dans le vide de l'autre côté , préparé comme il a été dit ; il réunit alors le tout par une soudure. Il faut faire observer que les pièces de coin Romain ont souvent près de leurs bords des lignes ou des grènetis ,qui favorisent cette opération. La seule preuve des falsifications de ce genre est donc sur la ligne de réunion des deux morceaux ; la pièce entière et ses bords sont authentiques. On voit combien ce mode de falsification est supérieur à ceux dont nous avons déjà parlé, et qu'il faut une attention bien particulière pour distinguer le seul point faible de ces sortes de pièces, qui n'est qu'une ligne de réunion des deux côtés rassemblés , laquelle est dissimulée souvent avec beaucoup d'adresse, en se perdant dans les lignes relevées, les grènetis, les accidens et les bords des pièces.

38o. Ce mode de falsification a été et est encore plus particulièrement employé pour les pièces Ro-» maines, principalement d'argent et de cuivre. Il est beaucoup plus trompeur que ceux qui ont été pré^ cédemment décrits.

38 f. Quant aux pièces à réunir ainsi, on conçoit que le discernement qui préside à ce choix contribue beaucoup à rendre ces sortes de falsifications

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plus trompeuses. Elles ont été souvent employées pour former des pièces rares par l'union d'u^ tête commune à un Revers représentant un sujet qu'on n'y voit pas ordinairement réuni. Ainsi , par exemple, à la tête d'un Empereur, on adapte un Revers qui ne se trouve ordinairement que dans les pièces de sa femme. Mais les faussaires ^e sont plus particulièrement servis de ce mode pour réunir ensemble diverses têtes. Ainsi , par exemple, ils prennent une pièce d'un Empereur et une autre d'un personnage de sa famille , toutes deux communes, et en font une seule pièce qui se trouve fort rare par la réunion de ces têtes , et qui est bien authentique dans toutes ses parties, mais fausse dans son ensemble. Beaucoup de ces pièces de la famille de Septime Sévère ont été ainsi falsifiées, parce que, parmi les pièces authentiques de ce règne , il s'en trouve en effet à deux, trois et quatre têtes.

On voit, d'après ces détails, que ces sortes de pièces falsifiées sont les plus difficiles à juger, puisque, étant antiques dans toutes leurs parties, elles n'offrent qu'une seule ligne , dissimulée souvent avec beaucoup d'art, qui puisse servir à faire reconnaître leur fausseté.

38a. Dans quelques pièces de ce genre, les deux côtés sont d'abord travaillés également sans réserver le bord à l'un d'eux , et sont ensuite soudés ensemble, de façon que la ligne de réunion est sur le bord même de la pièce, et se trouve plus ou moins bien dissimulée dans les accidens de ce bord. Ce

mode de falsification est plus facile à pratiquer que l'autre , et il présente les mêmes caractères.

Quelquefois aussi, mais rarement, les pièces encastées sont fabriquées au moyen de la réunion des deux méthodes.

Ces deux dernières sortes de pièces doivent être jugées par un examen attentif de la même nature que celui qui a été indiqué pour celles dans lesquelles le bord a été entièrement conservé.

383. Pièces fausses moulées sur des pièces antiques. Ces pièces sont celles que les faussaires obtien* nent au moyen du moulage sur des monnaies ou médailles antiques. Ce procédé a été et est encore employé pour la falsification des pièces de tous les peuples en tous métaux , mais principalement en or et en argent.

Les moyens par lesquels le moulage s'opère sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les décrire ici. Ce procédé a l'avantagé de reproduire les objets sculptés de tout genre, dont on obtient par son moyen des répétitions exactes quant atix formes; mais lorsqu'il s'agit de répétitions d'objets, produits par le balancier ou la pression, et qu'on emploie le moulage pour obtenir ces répétitions, que l'on veut faire passer comme également produites par le balancier ou la pression, et comme identiques avec les modèles sur lesquels elles ont été moulées, il se rencontre des difficultés presque insurmontables. Ces difficultés naissent de trois causes : la première, de ce que les métaux monétaires occupent un plus grand volume lorsqu'ils sont mis en fusion et employés par

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le procédé dn moulage, que lorsqu'ils subissent l'efFet du balancier ou de la pression ; la seconde , de ce que les objets naoulés ont toujours des traces des substances qui ont servi à faire les moules dans lesquels ils ont été coulés. Ces moules , pris sur les originaux qu'on veut multiplier, ne peuvent être faits que de matières argileuses ; quelque fines que soient celles que l'on emploie , les surfaces des moules présentent toujours une espèce de tissu qui se trouve imprimé sur les objets moulés. Les plus grands soins dans le choix des matières formant les moules, et dans les détails du moulage , ne peuvent point dissimuler une certaine irrégularité , une sorte de porosité dans la surface des objets moulés. Cette irrégularité, cette incertitude ne peuvent souvent pas être parfaitement distinguées à la vue simple; mais elles ne sauraient échapper à la loupe , et rendent l'aspect des pièces moulées tout-à-fait diff(^ent de celui que présentent les objets frappés. La troisième des difficultés que nous exposons vient de ce que tout moule doit être formé de plusieurs parties , et au mains de deux. Quel que soit le soin que l'on mette à faire les moules , leurs diverses parties ne peuvent pas joindre tellement que. les lignes dé jonction ne se reproduisent sur les objets moulés. On aperçoit donc sur ces objets ces lignes de jonction reproduites par un trait en relief plus ou moins prononcé, et qu'il faut, si Fon veut le dissimuler, faire disparaître par un travail à l'outil , fort difficile à effectuer avec succès sur des objets en métaux, de très-petite dimension et d'un travail ifin.

584. Si nous appliquons ces notions aux médailles et monnaies moulées sur les. pièces antiques , nous trouvons que tous ces cara'ctères propres aux ouvrages moulés sont les obstacles que les faussaires ren-, contrent dans cette espèce de falsification, et sont aussi , d'un autre côté , les plus surs moyens de reconnaissance dans le jugement de ce3 pièces. Ainsi , sous le rapport du poids , si ces pièces ont été faites de l'épaisseur qu'elles doivent réellement avçir, elles sont trop légères , puisqu'elles contiennent une trop petite quantité de métal, celui-ci étant coulé et non frappé ; si elles ont été Êiiles plus épaisses qu'elles ne doivent l'être , dans le but de leur donner le poids sufiOsant , cette épaisseur exagérée £iit connaître là falsification. Sous le rapport du moulage en lui-même, la surface de ces pièces, attentivement examinée, porte tous les indices du moule, est incertaine , offre un tissu de petits globules , et présente enfin un aspect entièrement différent de celui des pièces frappées. Les lettres, les détails fins du travail et les contours trahissent plus ou moins la fabrication de ces sortes de pièces. Les retouches que l'on y fait , le poli que l'on cherche quelquefois à donner à quelques-unes de leurs parties après le moulage , ne réparent point les défauts originaires , et servent même souvent à les faire apercevoir davantage. Si nous passons au troisième point de difficulté , celui de la ligne de jonction des deux parties du moule sur les bords de 4a pièce, on aperçoit aisément le travail de l'outil par lequel le faussaire a cherché, avec plus ou moins de succès, à faire dis-

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paraître les traces de ce trait en relief, resté sur la pièce au sortir du moule.

585. Telles sont les difficultés de ce genre de falsification , difficultés qui résultent de la nature même du procédé. Les faussaires s'efforcent de les vaincre par des soins particuliers dans la confection des moules et dans le coulage. Pour obtenir ]e métal propre à la pièce rare qu'ils fabriquent, ils fondent une pièce commune de ce métal de la même époque. Les pièces d'or et celles d'argent sont retouchées avec soin après le moulage, éelles de bronze sont recouvertes d'une fausse patine. C'est en général en argent que ce genre de falsification est le plus pratiqué. Quelquefois, pour ajouter un degré d'apparence d'authenticité de plus, ils cherchent à imiter les pièces /barrées , ou fausses monnaies antiques, en noircissant l'intérieur d'un trou ou d'une entaille faite à une pièce d'argent moulée ; ce qui fait paraître le centre de cette pièce comme étant de cuivre.

Presque toutes \eh natures de monnaies et médailles antiques ont été copiées par cette méthode. Les pièces dentelées seules offrent trop de difficultés au moulage pour avoir été ainsi contrefaites.

386, Quant aux moyens de reconnaître la fausseté des pièces de cette nature, ils sont indiqués par les détails mêmes qui viennent d'être donnés. L'aspect grumeleux de la surface des pièces , l'inégalité des lettres, l'empâtement des parties fines du travail , les traces des retouches , le poids , la patine , l'effet général de la pièce, telles sont les parties à

scruter, tek sont les points qui doivent servir à fixer l'opinion du connaisseur.

S87. Il est indispensable de rappeler encore ici qu'un grand nombre de monnaies et médailles antiques de diverses contrées et de diverses époques ont été • fabriquées anciennement par le procédé du moulage : on a vu tous les détails relatifs à ces pièces dans le Chapitre VI (qS à 97). Il ne faut dond pas confondre ces pièces véritablement antiques avec les ' falsifications dont il vient d'être question. Lorsque ces pièces fausses sont moulées sur des pièces antiqiles frappées, il ne peut y avoir aucune diffi* culte pour savoir si le genre de leur fabrication n'a pas été employé pour elles dans l'antiquité, c'està-dire qu'étant reconnues pour moulées, ces pièces sont fausses , puisque , dans la contrée et à l'époque à laquelle elles se rapportent, on ne moulait pas. Mais s'il s'agit d'une contrée et d'une époque où dans l'antiquité les monnaies étaient moulées, si une pièce de ces temps et de ces lieux est douteuse , il devient plus difficile de juger de l'authenticité de cette pièce, c'est-à-dire de discerner si elle est de moulage antique ou de moulage moderne. C'est ici, il faut le reconnaître, le point le plus difficile de tous les examens des pièces antiques sous le rapport de leur authenticité. On conçoit qu'à cet égard aucunes règles ne peuvent être fournies. L'expérience , et une longue expérience, peut seule guider à cet égard. Les élémens de cette connaissance se trouvent dans ce qui a été exposé, au Chapitre VI, sur le pro- I, 18

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