‹ Manuel de numismatique ancienneChapitre 6 sur 98 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine des Monnaies. / , . *

I . Les hommes^ à peioe réunis en société » ont éprouvé 9 daos tpus Tes temps et dans tous les lieux, les m^es besoins, et suivi à -peu -près la même marche dans leurs premières organisations aociales. Il devait en être ainsi , puisque l'intelligence dont' l'homme a été doué se retrouve par-tout la même. Aussi, les premières idées qui se développèrent chez lui, dans l'origine des sociétés, après les sentimens naturels et le besoin de sa propre conservation, furent et le désir d'améliorer son sort et la connaissance de la propriété. Le tien et le mien ont toujours été le grand mobile des actions des hommes , même dans la première enfance des najtions. Saa^ doute , des sauvages isolés , des peuplades peu nombreuses n'ont eu, pendant long*temps, qu'un petit nombre d'idées et de besoins. Mais le moindre contact entre les hommes , la plus faible origine de société entre eux les rendirent aussitôt dépendans les

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uns des autres, les forcèrent de recourir à des services mutuels. Il s'établit dè&Jors-des gshanges de choses et 4^ travaux, dctfit chacim reconnut bientôt les avantages. Le commerce, qui n'est autre chose que l'échange de certains objets contre d'atitres, est donc aussi ancien qiy? l'homme.

On conimença par des échanges fort simples, soit en donnant une chose pour en avoir une différente, soit en s'occupsint d'un travail cpmmun , qui profitait à tous ceux qui s'y livraient. Une certaine quantité dé fruits fut donnée pour une certainQ.quantité de.racines; un bœuf 'fut échangé contre un cheval ; deux fiommes se réuiiirept pour chasser et tuer un animal , qu'ilsL partagèrent ensuite. En même temps que les idées de* propriété , d'ëdiange, de justice, s'établissaiebt dans l'esprit des hooaimes, la t^ompe*^ rie, la friponnerie s'y introduisaient aussi; car le mal •eè trouve toujours à côté du bien; '

a. Peu'àpeu, les idéQijis'agrandirént, le» richesses s'augmentèrent, le sentiment de l'économie s'introduisit, les capitaux se formèrent, et les échangés, d'abord limités par le peu d'importance des besoins et la petite quantité des matières échangeables , devinrent plus nombreux, plus considérables , plus compliqués. La diJBférenoe entre hs pauvres et les riches s'établit, eticeux-ci, se tmuvant en état de commander du travail aux autres, purent leur imposer aussi l'obéissance et' la soumission. Telle fut l'origine du pouvoir. Ce ne furent pas la force ni le génie seuls, comme le racontent les historiens romanciers, encore moins les idées de famille, comme le pré-

OiVUÎlKE DES JttCMINAiSS. I I

tendent des écrivains sysiématiques ^ qui fondèrent les premières suprématies sociales. Ces avantages, sans la puissance réelle que donnent les richesses, n'eussent pas suffi à ceux -qui les pçssédaieiit y pour s'élever auKlessus de leurs égaux. Le coaônerce, Té* conooiie créèrent les premiers chefs, les premiers rois. Celui qui sut, le premier, économiser des' vivres, ^u'il s'était procurés , pour en donner à ceui^ qtii n'en avaient pas^ a étp le premier roi. Ceiui qui, le premier, a su laisser à ses £ds un amas de denrées échangeables plus considérable que les amas de ses voisins , celui-là à fondé la premièi^ dynastie.

Li'économie , qui avait servi à fonder le pouvoir, servit apssi toujours à le conserver.

Ces considérations, vraies en tl^éorie, sont 'prou« vées par les faits. *

3. La civilisation et' les richesses s'aagttientant, toutes les principales productions naturelles utiles à l'homme furent sluccessivement découvertes ' ou ' employées; ies métaux furent trouvés, leurs qualités reconnues , et ces précieuses substances" devinrent les agens les p&is utiles de la civilisation. Rien , en effet, après ce qui sert k la nourriture de l'homme, ne lui offraitde plus grands avantages que les métaux. Leur ductilité , la faculté de recevoir toutes les for* mes , d'être divisés et réunis à volonté, les rendaient propres à tous les usages domestiques; on en tirait des instrumens pour l'agriculture, des outils pour les métiers , des armes pour la guerre; quant aux métaux précieux, leur .éclat invitait aussi à lés employer comme ornemens et comme parures.

tu ÉLÉMENS, CHAPITRE I.

4» I-iôs avantages de divers genres que l'on rjôtirait des aiétaux*leur donnèrent donc bientôt une valeur plus usuelle que celle de tous les autres objets d'échangj^. La fapilité qu'on trouvait à les diviser et à en réunir de nouveau les fragmens, en augmenta successivement l'importance comme moyen d'échange, ^nfin les métaux, et particulièrement l'or et l'argent, dévièrent peu à peu la valeur la plus facilement •échangeable 9 et celle avec laquelle on obtenais plus coifimùnément tous les autres objetsi,

5. Arrivés à ce point, nous ne mai'chons plus avçc des probabilités, qui , bien que Certaines , sont enve- Ibppées dans la nuit des premiers âges ; nous avons des témoignages écrits des temps'où les métaux, se donnaienf au poids contre les autres valeurs et comme les représentant plus particulièrement toutes. TjA Bible, Homère (i) et les premiers écrivains en offrent des preuves. Les auteurs anciens plus récc^s le confirment par beaucoup de témoignages. Cet état de choses^ dura phisieurs siècles. S'il était nécessaire de s'appuyer d« faits plus rapprochés de nous, poiu* prouver» l'usage adopté, dans l'antiquité, de l'emploi des métaux précieux au poids ^ comme représentant toutes les autres valeurs, on les trouverait chez plusieurs nations orientales, qui conservèrent cet usage bien long-temps après l'invention des monnaies.

6, Cette même propriété qu'ont les métaux d'être divisés à l'infini en fragmens que l'on peut réunir de

(i) n., H., 472- — Odyss., A., 43o. — II., *., 7^^

ORIGINE DES «0KNAIE8. l3

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nouveau , donna, dans la ^uite des temps, l'idée d'en former des morceaux d^.^oids uniformes, que l'usage et la commodité rendfrent d'une recherche plus générale. Déjà, sans doute, on avait pris l'Babitude de marquer sur ces morceau* de métal leurs divers poids. L'uniformité qu'on leur «donna devint une nouvelle commodité, une nouvelle &im{dification dans les transactions. Cette uniformité commença k servir de garantie de leur véritable valeur, et 'dispensa d'avoir continuellement recours à la vérification du poids. Ces morceaux de métal de poid&égaux reçurent *des noms particuliers, qui remplacèrent

Vindication détaillée de leur poids. Telle fut, sans

doute, l'origine des unités monétaires et des fractions qui en formèrent les division^. Aussi a-t-on donné à ces morceaux de métal ie nom de monnaies non frappées. '

7. Il n'est pas possible, jtiâqu'à ces époques, de former aucune conrecti^re sur le titre de$ métaux précieux. On a coiinu long-temps ces substances avant de savoir les analyser, et l'on verra que nous n'avons même que peu do lumières, à cet égard, pour les temps où pc^térieurement les véritables monnaies furent fabriquées.

8. Après avoir divisé les métaux en morceaux égaux portant les indications du poids, et désignés par des noms particuliers que leur avait donnés l'usage, il ne fallait plus qu'un dernier pas pour trouver la véritable monnaie. On ne tarda pas à le faire, en limitant les diverses espèces de ces morceaux, en établissant des rapports réguliers entre

l4 ELÉjJENS, CftAÇITRE I.

les poidb de' ces çspèbes différentes, en rendant les morceaux très-portatifs par leur forme et leur peu de volxtme, enfin en lel marquant d'empreintes uniformes , au moyen de coins en métaux plus durs ou par le moulage. Cette invention , dont les résultais devaient être si* importaiîs pour les destinées futures ^es hommes, devint un des agens les plus actifs de la civilisation : découverte prodigieuse, si l'on pense aux fruits qu'elle a portés , e* qui , commercialement parlant, n'a été égalée qu'après plus de vingt siècles, par l'invention de la lettre de change.

On conçoit combien de progrès les hoùimes devaient avoir déjà faits dans les sciences et dans les arts, lorsquHls parvinrent au point de fabriquer des monnaies. Sans doute, les connaissances chimiques nécessaires pour la fusion, la séparation, l'affinage des métaux étaient peu avancées, lés moyens mécaniques pour la fabrication des monnaies étaient encore fort imparfaits; mais l'arfxlu monnayage était créé avec tous les avantages qui devaient en résulter, r^es . morceaux de métal donnés au poids, que nous nommons diveo Taison'> monnaies non frappées y étaient remplacés par des monnaies véritables, multipliées uniformément au moyen de coins, et offrant les trois qualités reconnues, depuis, nécessaires pour constituer une monnaie: métal, poids et type (i).

9. Les beaux-arts ne fm^ent pas étrangers à cette grande découverte, et qui sait même si les inventeurs

(ï) Isidore, Orig., liv.»XVI, c. 17

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