LUXATIONS GRADUELLES
des os iliaques , une gêne excessive dans la marche , sont les princi- .paux caractères de cette affection, qui exerce peu d'influence sur le travail. Le plus souvent cet état disparaît après Taccouchement , maiâ il est des cas dans lesquels on l'a vu persister pendant un temps fort long.
Le traitement qui convient dans ces circonstances est l'application d'une ceinture ou d'un bandage autour du bassin. L'appareil sera maintenu de telle sorte qu'il ne puisse remonter ; car s'il comprimait la partie supérieure du bassin seulement, il écarterait les symphyses pubiennes.
2" Les luxations graduelles de Varticulation coxo-fémorale ne sont pas très rares , presque toujours la tète fémorale est luxée en arrière sur l'os iliaque. On a constaté cependant toutes les variétés des luxations traumatiques : elles sont produites par la paralysie, le relâchement des ligaments, l'hydarthrose aiguë ou chronique. Nous avons déjà décrit longuement les déplacements du fémur avec la coxalgie , nous avons vu surtout ceux qui sont con^sécutifs à l'hydarthrose, nous n'aurons donc à nous occuper ici que de ceux qui sont déterminés par les deux premières causes que nous avons signalées.
Les luxations par paralysie sont rares. On a observé des luxations sous-cotyloidiennes : mais quand la paralysie a distendu la capsule, et quand les mouvements se rétablissent, le spasme des muscles peut entraîner la tête fémorale dans toutes les directions. On a observé le relâchement des ligaments à la suite de débilité générale , mais ces faits sont très rares.
11 est quelques sujets qui ont la faculté de se luxer les fémurs à volonté et de réduire le déplacement par la seule contraction musculaire. Ce relâchement ne parait pas nuh-e d'une manière sensible aux fonctions du membre.
3** Les luxations graduelles de la rotule sont assez fréquentes ; elles paraissent à M. Malgaigne moins rares que lés luxations traumatiques. Elles sont le plus souvent consécutives à des hydarthroses ; dans quelques cas on a invoqué des rhumatismes aigus ou chroniques ou le relâchement des ligaments, et surtout l'allongement du ligament rotulien. Le déplacement peut se faire en dedans ou en dehors ; il présente alors la plus grande analogie avec les luxations traumatiques. Nous ne nous y arrêtons pas, nous dirons quelques mots du déplacement en hatU signalé par les auteurs.
La luxation en haut ne saurait avoir lieu sans l'allongement du ligament rotulien. Dans un cas rapporté par Heister, la rotule a été trouvée à 3 pouces au-dessus de l'articulation du genou ; dans un cas de Walther, le ligament rotulien était ossifié ; dans un autre, il existait un os sésamoïde à la place que la rotule devait occuper normalement. Cet os était situé à 2 pouces au-dessus des condyles fémoraux.
Le traitement de ce déplacement n'est que palliatif; une genouillère pourrait offrir quelque avantage.
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4* Il n'est pas rare de voir certains sujets dont les gmumœ présentent une déviation en dedans. Cette difformité se montre ordinairement dans le jeune âge, et a été attribuée à la manière dont les nourrices portent leur enfant, c'est-à-dire en pressant leurs petits genoux contre la poitrine (Mellet), à des essais de marche prématurés (Duval), au rachitisme, à la rétraction musculaire (J. Guérin). M. Malgaigne pense que celte lésion peut exister indépendamment du rachitisme, qu'elle tient à une laxité anormale des ligaments ; quant à la rétraction musculaire, il la nie : il pense que M. J. Guérin a pris l'effet pour la cause.
La déviation du genou a été observée chez des sujets plus âgés et même dans l'âge adulte ; une entorse externe du genou a été considérée, dans un cas, comme la cause qui l'avait produite.
Chez les enfants, la démarche est vacillante, le genou est porté en dedans, la jambe est inclinée en dehors et le pied porté en sens opposé. Si l'on explore l'articulation , on trouve en dedans, entre le fémur et le tibia, un vide qui est bientôt comblé par l'hypertrophie du condyle interne du tibia , de telle sorte que les surfaces articulaires sont déformées. La rotule est entraînée en dehors et luxée incomplètement ; la déviation paraît beaucoup moindre dans la flexion que dans l'extension. Cette difformité n'apporte pas à la marche autant d'entraves qu'on pourrait le supposer.
Les appareils orthopédiques bien faits sont les moyens qui peuvent combattre le plus utilement cette déviation. On conseillera plutôt les appareils rigides que les appareils articulés, car avec ces derniers il n'y a plus d'action produite dès que les malades fléchissent la jambe sur la cuisse. M. Malgaigne conseille un appareil rigide pendant la nuit, et pendant le jour l'usage d'une bottine à semelle très épaisse en dehors, afin de forcer le genou à se porter dans ce sens. Il réprouve les sections sous-cutanées, qui peuvent rendre, à la vérité, le redressement plus facile, mais qui enlèvent à l'articulation la plus grande partie de sa solidité. La section des tissus ne doit être appliquée que dans les cas où les appareils ont échoué , et encore on devra , à l'exemple de M. Bonnet, respecter, autant que possible, le ligament latéral externe, l'un des plus fermes soutiens de l'articulation.
La déviation des genoux en dehors est infmiment plus rare ; elle présente des symptômes analogues à ceux qui ont été précédemment exposés ; elle serait traitée par des appareils orthopédiques, mais disposés en sens inverse de ceux dont nous venons de parler.
Les déplacements du tibia à la suite d'hydarthrose ne sont pas très rares ; ils sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués en décrivant la tumeur blanche du genou.
5* A. Cooper a signalé le déplacement de la tête du péroné par hydarthrose. 11 est en outre deux espèces de luxations graduelles qui méritent de fixer l'attention par leur singularité : l'une est la luxation en Jiaut que l'on observe chez les sujets rachitiques, le tibia se courbant par le fait de la maladie et le péroné conservant plus ou moins
complètement sa longueur normale ; l'autre est une luxation en bas^ signalée par M. Parise, chez les sujets affectés de nécrose. On sait, en effet, que l'os augmente à la fois de volume et de longueur; mais comme cette augmentation porte presque entièrement sur le tibia, le péroné abandonne l'articulation supérieure.
6" Il nous resterait encore à mentionner les luxcUions graduelles du pied ; celles-ci se confondent par leurs symptômes et leur traitement avec les luxations congénitales, et constituent les diverses espèces de pied-bot. Nous décrirons le pied-bot avec les maladies du pied.
Art. XI. — Iiuxations congéniUilef ,
Les luxations congénitales avaient été vues par les auteurs anciens , puisqu'il en est fait mention dans les livres hippocratiques ; mais ce n'est qu'au commencement de ce siècle que l'on a fait une étude sérieuse de ces déplacements. Les travaux de Scarpa sur le pied-bot, ceux de Paletta et surtout de Dupuylren sur les luxations de la hanche, ont eu un grand retentissement et ont provoqué les recherches de Breschet, de Smith (d'Edimbourg), de Pravaz, de M. Parise , de M. J. Guérin, de M. Bouvier, etc. Cependant, malgré tous ces travaux, il reste encore à combler quelques lacunes.
Les déplacements qui ont été le plus souvent observés sont ceux du pied et constituent les pieds-bots, que nous étudierons dans une autre partie de cet ouvrage; puis viennent les luxations de l'articulation coxo-fcmorale. Les autres luxations sont fort rares et ont été, pour la plupart, observées sur des monstres. Nous ne nous occuperons ici que des plus ioiportantes.
Étiologie. — On a mis en avant, pour expliquer les luxations congénitales, un grand nombre de théories que nous ne ferons que mentionner : tel est le défaut d'altération des germes (Dupuytren), un état anormal antérieur de l'un des grands foyers vitaux, la moelle épinière, par exemple, dont la conséquence aurait été une aberration de l'acte nutrimentif! (Delpech), la rétraction convulsive des muscles sollicitée par une lésion du système nerveux (J. Guérin). On a invoqué l'arrêt de développement, mais cette opinion ne peut trouver son application que dans les cas où les os manquent en totalité ou en partie. Les efforts nécessités par la difficulté de l'accouchement dépendant soit de l'étroitesse du bassin, soit de la position vicieuse du fœtus, ont pu produire au moment de la naissance de véritables luxations qui n'ont été constatées que plus tard, et attribuées à des luxations congénitales. La paralysie déterminée par l'application du forceps a pu , dans d'autres circonstances, être la cause de ces sortes de déplacements. ËnÛn, on a cherché à expliquer ces vices de conformation par la pression exercée par les organes maternels , soit pendant la grossesse , soit pendant le travail sur un fœtus placé dans l'utérus d'une manière normale ou vicieuse. M. Malgaigne pense que cette dernière disposition
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a une grande influence sur les luxations congénitales ; il fait, en outre, remarquer que les divers monstres sur lesquels on a observé ces déplacements occupaient une position vicieuse dans Tuténis.
Il est quelques circonstances où l'on a pu voir, dans la luxation, le résultat d'une violence exercée sur le ventre de la mère, d'une maladie de l'articulation pendant la vie intra-utérine, telle que le relâchement de l'appareil ligamenteux (Sédillot), l'hydropisie articulaire (Parise).
11 résulte de cet exposé que les luxations congénitales peuvent être déterminées par une foule de causes essentiellement différentes, et que dans les cas où l'on n'a pu trouver une solution rationnelle au problème de la production de ces luxations, on a cru pouvoir invoquer des théories plus ou moins vagues et sans utilité pratique.
L'hérédité des luxations congénitales ne saurait être mise en doute, elle s'exerce le plus souvent d'une génération sur celle qui suit immédiatement. L'influence du sexe n'est pas sans avoir quelque importance : le sexe féminin serait surtout prédisposé aux luxations de la hanche, et le sexe masculin aux pieds bots.
Nous arrêterons ici nos considérations générales sur les luxations congénitales; Tanatomie pathologique, la symptomatologie, etc., seront décrites avec les luxations en particulier.
I. Luxations congénitales de la mâchoire inférieure et du membre