‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 133 sur 188 · V. Corps étrangers de la conjonctive · texte numérisé non relu

V. Corps étrangers de la conjonctive

Fort souvent la conjonctive est pénétrée par des corps qui s'implantent dans son tissu : telles sont des parcelles de métal, de charbon, de pierre, des fragments de plume, etc. Les uns sont mobiles dans le culde-sac oculo-palpébral et disparaissent avec les larmes qui, dans ce cas, sont sécrétées en abondance *, d'autres sont fixés dans la conjonctive et déterminent d'abord une sensation douloureuse de picotement ; plus tard , survient une conjonctivite quelquefois très intense ; aussi faut-il les extraire aussitôt que possible. L'extraction est en général facile ', lorsqu'ils sont implantés profondément , on est obligé d'employer la pointe d'une lancette, d'un bistouri ; car il est rare que le corps étranger soit assez volumineux pour être saisi avec une pince. Il est possible d'extraire les parcelles de fer ou d'acier à l'aide d'un aimant que l'on approche du globe de l'œil.

Lorsque le corps étranger est enlevé, tous les accidents cessent avec une grande rapidité.

Il est un certain nombre d'états morbides de la conjonctive, qui ont été décrits comme des maladies particulières. Nous ne comprenons point la tendance de quelques ophthalmologistes, à faire autant de maladies distinctes des symptômes qu'ils observent ; aussi pensonsnous qu'il n'y avait qu'à gagner en supprimant du cadre nosologique toutes ces affections qui , pour la plupart , sont des épiphénomènes d'autres lésions. Telles so,nt: V œdème conjonclivalt le chémosis pfdeg^ moneuXf Vemphysème de la conjoncUvCt Vecchymose sous-conjonctivàlet etc. L'esprit le moins attentif ne verra là que des symptômes de conjonctivite aiguë .ou de phlegmons des paupières, etc., de fracture des sinus frontaux, du nez ; de contusions de l'orbite et du globe de l'œil, etc.

Art. TZI. — Affections d« la eornée.

LÉSIONS TRAUMATIQUES.

; i«'. — Plaies.

Les piqûres, bornées à la cornée, ne sont généralement pas dangereuses ; elles ne présentent de gravité que quand l'agent vulnérant a blessé l'iris, le cristallin, etc. Ces espèces de lésions seront étudiées avec les plaies du globe de l'œil.

Les coupures sont souvent exemptes d'accidents ; l'issue de l'humeur aqueuse amène l'aplatissement momentané de l'œil ; mais la réunion des lèvres de la ploie se fait en général assez rapidement, et la perte du liquide est bientôt réparée. Mais il est des cas plus fôcheux où la hernie de l'iris, l'issue du cristallin, du corps vitré en totalité ou en partie, sont les conséquences d'une plaie de la cornée : on comprend que les troubles de la vision sont en rapport avec les désordres que la

blessure entraîne avec cite. Enfin on observe qudiiiiefois l'ioflammition du globe de rœil, la suppuration de la cornée et toates les conséquences inhérentes à une semblable compUcatioo.

Les plaies contuscs sont celles à la tuile deiquellei on rencontre l> plus souvent ce genre d'accident.

Les confusfofis immédiates de la cornée soot asses rares; elles soat surtout déterminées par la projection sur la cornée de substances i'u petit volume . Les contusions médiates sont plus fréquentes et s'obserrflit souvent à la suite de lutte au pugilat; elles provoquent quelqueibis II rupture de la cornée. On comprend que, dans ces sortes de la contusion est rarement bornée à la cornée ; les autres mei de Tœil sont plus ou moins profondément atteintes ; ces cas : dafts la catégorie des contusions du globe de l'œil.

Le traitement varie avec Tétenduc de la plaie et les compUcatÎMS qu'elles présentent. Pour les piqûres et les plaies peu étendues, oan contentera de tenir l'œil fermé avec des bandelettes de taffetu d'Angleterre, de faire sur le gobe de l'œil des applications réfrigérantes. S'il survenait de l'inflammation, on aurait recours au tracement antiphlogistique ; si la plaie était plus étendue, on mettrait iei lèvres de la solution de continuité parftiitement en contact , et Fm panserait comme il vient d'être dit. Nous verrons plus loin ce qiill eontient de ftiire lorsqu'il y a bemie de l'iris. (Yoy. Bêrnkt éi firii.)

I 2. — Corps éurtmg^n.

11 est assez fréquent de trouver des corps étrangers implantés éÊB

la cornée : tels sont des fragments de métal, des parcelles de ûêk^ bon, etc.

La présence de ces petits corps détermine une douleur vive qui n en augmentant , et qui s'exaspère par les mouvements des paupièrei lorsque le corps étranger est saillant. Lorsqu'il est complétemeol implanté, la douleur est beaucoup moins intense. Dans quelquei cas rares, il ne se manifeste aucune douleur. Les malades ontdt la photophobie, lesyeux sont brillants, remplis de larmes; la sclérotique et la conjonctive s'injectent, et, plus tard, si le corps étraofa n'est pas extrait, l'iris ne tarde pas à se prendre. Lorsqu'on examinek globe de l'œil quelques jours après l'accident, on voit le corps étrtD|cr entouré d'un petit cercle grisâtre : c'est le commencement du traviil d'élimination.

Il est quelquefois très difïlcile d'apercevoir ces petits corps, suitoil lorsqu'ils sont noirs et qu'ils sont placés dans le champ pupilltire; aussi le chirurgien devra-t-il examiner l'œil avec la plus grande alt»tion, dans toutes les positions possibles, et surtout un peu obliqo^ ment.

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Traitement* — Les corps étrangers superficiels seront enlevés avec une p«tUe aiguille un peu courbée vers la pointe; la mobilité de Toeil, occasionnée par l'action de la lumière ou le contact de l'instrument, est souvent un obstacle à l'extraction de ces petits corps. Quelquefois ils sont tellement serrés par les lamelles de la cornée, que Ton est forcé de faire une légère incision à cette membrane.

Lorsque le corps étranger est enfoncé profondément, et qu'on craint de le repousser dans la chambre antérieure , M. Desmarres conseille de plonger dans le globe de l'œil une aiguille à paracentèse, et de le repousser d'arrière en avant pendant que Ton procédera à l'extraction, comme il a été dit plus haut.

Enfin, s'il était tombé dans la chambre antérieure , on procéderait immédiatement à 5on extraction. Il est à peine besoin d'ajouter que les parcelles de fer ou d'acier peuvent être quelquefois attirées à l'aide d'un fort aimant.

Les accidents inflammatoires seront combattus à l'aide d'un traitement antiphlogistique , dont l'énergie sera en rapport avec leur intensité.

§ 3. — Brûlwrei,

Les brûlures de la cornée sont peu fréquentes, car cette membrane 86 trouve, dans presque tous les cas, protégée par les paupières ; cependant on possède plusieurs observations de brûlures déterminées par des corps en ignition , des caustiques, des acides concentrés, acides sulfurique, nitrique, etc. La désorganisation des lames de la cornée est en rapport avec l'intensité de la brûiyr^ : lorsque celle-ci est superficielle, la tache finit quelquefois par 4iftpar9itre ; mais lorsqu'elle est profonde, la vision se trouve abolie, soit parce que la cornée a perdu sa transparence, soit parce que l'œil se vide après la chute de l'eschare.

Il est un point, dans l'histoire des brûlures, sur lequel il est bon d'appeler l'attention : le chirurgien sera très réservé dans son pronostic ; car il n'est pas rare de rencontrer des cas dans lesquels les malades ont conservé la faculté de voir pendant quelques jours ; puis les aecidents les plus sérieux sont survenus à la chute des eschares. Nous devons encore rappeler que les brûlures de la conjonctive peuvent déterminer un symblépharon et même un ankyloblépharon.

TraitemmU. — On cherchera, à l'aide des antiphlogistique», à coin« battre ou prévenir l'inflammation : on surveillera la chute de l'esehtre afin d'agir convenablement pour prévenir la hernie de l'iris et l'évacuation des milieux de l'œil ; malheureusement lorsque la brûlure est très étendue, cette terminaison est inévitable.

La chaux vive, projetée dans l'œil, peut être cause de brûlure; mais elle parait agir encore comme la chaux éteinte. Cette dernière déter-. mine une altération particulière de la wmée, qui doit être esaminéa d'une manière spéciale.

532 PATHOLOGIE CHIRURGICALK.

§ 4. — De Vinflammation causée par V€u4ion de la chaux sur la cornée,

M. Gosselin, dans un mémoire très intéressant (i), a appelé vivement l'attention sur ce point ; il a démontré que si les opacités de la cornée tiennent ou à un épanchement plastique sécrété pendant le cours d'une kératite, soit à la surface, soit dans l'épaisseur de la membrane, ou à la coagulation de la matière albuminoïde de la cornée par le contact d'un corps à une température élevée, il n*en était plus de même lorsqu'une certaine quantité de chaux se trouvait en contact avec la cornée. I/opacité, dans ce cas, serait due à l'infiltration des molécules de chaux dans les mailles de la cornée, et à la combinaison de ces corps étrangers avec son tissu.

L'inflammation déterminée par l'action de la chaux n'est pas très vive ; elle fut très peu intense sur le malade de M . Gosselin : il en a été de même ciiez un sujet observé par M. Guépin , de Nantes. M. Gosselin a en outre constaté deux brides, qu'il attribue à la rétraction du tissu de la conjonctive ; son malade ne fut point affecté de photophobie ni de larmoiement.

Après des expériences assez nombreuses ayant pour but de connaître le réactif qui ferait le mieux disparaître les molécules de chaux, H. Gosselin est arrivé à prescrire un collyre composé d'eau distillée et de sucre jusqu'à saturation de l'eau. Des douches oculaires, des antiphlogisliques furent conseillés conjointement; mais l'eau sucrée parait avoir eu l'influence la plus grande dans la disparition de l'opacité de la cornée, le sucre se combinant à la chaux et formant un saccbarate soluble. Ce serait donc le collyre qu'il faudrait conseiller en pareillfl circonstance.

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