‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 134 sur 188 · I. KÉRATITE · texte numérisé non relu

I. KÉRATITE

La maladie décrite par les auteurs sous le nom de kératite ou inflammation de la cornée a été, dans ces derniers temps, l'objet de discussions fort importantes. M. Broca, dans un remarquable mémoire lu à la Société anatomique (2), a démontré que la cornée n'est pas vasculaire, que, par conséquent, il ne peut y avoir d'inflammation de cette membrane ; que la vascularisation observée dans certaines maladies de la cornée est consécutive à l'altération pathologique ellemême ; et que les vaisseaux qui rampent à la surface de la cornée

(1) Gosselin, Mémoire sur l'ophthalmie causée par la projection de la cJUiitf dans l'œil (Archives générales de médecine, 1855, 5* série, t. VI, p. 513, et Archives d'ophtlialmologie, t. V, p. 121).

- (2) P. Broca, Mémoire sur la cataracte capsulaire , etc. {Bulletin de U Société amtomique, décembre 1853, et Archives d'ophthalmologie , t. Il, p.i84).

ne sont autre chose que des expansions des vaisseaux de la conjonctive.

Les idées de M. Broca méritent d'être examinées bien sérieusement ; on ne saurait, en effet , admettre l'inflammation là où les vaisseaux manquent; alors les altérations désignées sous le nom de kératite ne seraient pas des inflammations, mais le résultat de trouble d& nutrition jusqu'alors inconnus.

Malgré ces remarques, que nous considérons comme de la plus haute importance, nous conserverons l'expression consacrée; car, dans l'état actuel des choses, il ne nous est pas possible de déterminer la nature de la maladie qui est décrite sous le nom de kératite.

Si l'on parcourt les traités d'ophthaimologie, on voit que les auteurs ont divisé cette affection en un très grand nombre d'espèces, et que les espèces admises par les uns sont rejetées par d'autres ; de là une confusion qui ne laisse point de jeter quelque obscurité sur ces maladies. Nous tâcherons, dans ce chapitre, de faire connaître les formes principales de. kératite, leur rattachant les variétés qui sont décrites comme espèces distinctes.

M. Siebel a divisé les kératites en kératites primitives y c'est-à-dire en kératites qui ne sont pas précédées d'inflammation de la conjonctive, et en kératites secondaires^ c'est-à-dire consécutives à l'inflammation delà conjonctive. Il ne faut pas prendre ces dénominations dans un sens complètement absolu : il n'est ici question que de la conjonctive comme point de départ, mais nullement des autres parties constituantes du globe oculaire ; car la kératite que nous appelons primitive peut être consécutive à une inflammation de l'iris, etc.

§ !•'. — Kératites primitives,

M. Desmarres en décrit deux espèces, qu'il désigne sous le nom de kératite disséminée et de kératite ponctuée,

a. Kératite disséminée, kératite interstitielle, kératite plastique, -* Symptomatologie, — La cornée est terne, dépolie à son centre d'abord, puis la maladie s'étend à toute la membrane ; plus tard on observe de petits épanchements d'un blanc jaunâtre entre les lames de la cornée; ceux-ci se réunissent et finissent par former des plaques assez étendues ; souvent à ces épanchements vont se rendre un grand nombre de petils vaisseaux. Il n'existe aucune inflammation de la conjonctive, on ne constate qu'un peu de rougeur au pourtour de la cornée ; excepté lorsque la maladie prend une marche aiguë : alors il survient une inflammation de la conjonctive ou de l'iris. Les troubles fonctionnels sont peu considérables, rarement un peu de larmoiement et de photophobie ; la vision est imparfaite, en rapport avec l'étendue et la disposition des taches que nous avons signalées.

M. Gastorani (1) signale cette espèce de kératite comme cause de

(1) Gastorani , De la kératite et de ses suites, 1856, p. 53.

BS4 PATHOLUGIE CHlRUlftlCALI.

strabisme, non-seulement pendant toute la durée de repacilè cornéenne, mais encore après la disparition des taches, l'œil malade ayant perdu une partie de sa force pendant le repos auquel il a été condamné par le fait de la maladie.

Cette affection s'observe le plus souvent cliez les sujets scrofuleux ; elle a une marche (i^énéralement lente ; son pronostic est grave ; car si l'on voit diminuer les taches par suite de la disparitioa des vaisseaux, si même elles s'effacent complètement , il résulte de cette afSèctioa un strabisme asses rebelle, ou pour le moins une force inégale dans les deux yeux; on peut rencontrer en outre une atrétie de la papille, un staphyldme de la cornée.

Cette maladie est très rebelle ; aussi lui a-t-on opposé les traitements les plus variés et les plus énergiques : saignées générales et focales quand l'affection prend une forme aiguë et que la constitution ds sujet le permet ; purgatifs salins ; mercure jusqu'à salivation , collyre excitant, belladone, vésicatoires, cautères, etc. 11. Tavignoi a csaseillé la ponction des vaisseaux qui rampent daos l'épaisseur dcslsMi de la cornée .

b. K&atite ponctuée, — SympUmaUologiê, — Cette espèce ds kératite est caractérisée par l'existence d'un plus ou moins grand noabre de petits points opaques de la grosseur de la pointe d'une épUi|le, et ne présentant ni saillie ni enfoncement. Ceux-ci occupent tapt^ U lame superficielle de la cornée, tantôt la lame profonde; quel que loit d'ailleurs le siège de ces petites taches, elles augmentent en nooibiSa en étendue, se confondent entre elles et forment de petits épaochlments interstitiels.

La conjonctive ne présente qu'un peu de rougeur au pourtour de U cornée, Tiris s'enflamme surtout à la suite de la kératite profonde ; cette complication tiendrait à la propagation de l'inflammation par la membrane de l'humeur aqueuse. Aussi cette variété de l'iritis a-t-elle éU désignée sous le nom dHrUis séreux, parce que l'on suppose que it membrane séreuse qui tapisse l'iris en avant est le point de départie cette complication. On a observé quelquefois à la suite de celte kéntîle Vhydropisie sous chordidienne.

Au début, la vue est légèrement troublée ; il n'existe point de phetophobie ni' de larmoiement ; quelquefois les malades indiquent l'euttence de mouches volantes. Cette circonstance, jointe à la difficulté ie reconnaître le pointillé, peut faire croire à un commencement d'iB* blyopie. La douleur et la photophobie ne se manifestent que quand il 9 a iritis.

Cette affection marche avec lenteur ; elle se termine par résolutioi, surtout lorsque la maladie est bornée à la cornée ; mais lorsqu'elle > envahi la membrane de l'humeur aqueuse, elle se prolonge iad^ii* ment et se termine souvent par l'adhérence de l'iris, l'atrésie de la papille et la perte de la vue.

La kératite ponctuée s'observe chez les sujets d'une mauvaise eoft-

AfrSCTIQMS m LA COMÉI. 5U

stilution ou dont It aanté a été délabrée par une aliinenlation iniuffisanté; ell^ serait due souvent à la diathèse syphilitique.

Traitement, — Les excitants , collyres astringents, au sulfate de cuivre, à Tazotate d*argent, etc. , les vésicatoires autour de Torbite, les instillations d'atropine et de belladone, les sétons à la nuque et les saignées locales s'il survient de l'inflammation, etc., ont donné de bons résultats ; mais, il fout le dire, cette affection résiste souvent avec opiniâtreté aux traitements les plus rationnels. La kératite causée par la syphilis serait combattue par un traitement approprié.

S 2. — Kératite secondokôs.

A. Kér<UUô iuperUcMle, — Kérato^^mjonctivUe. — KértUUe conjoncHvale,

Symptomatologie, — Cette affection est consécutive à une affection de la conjonctive, soit à une conjonctivite simple, soit à une conjonctivite scroruleuse ou pustuleuse ; elle peut être aiguë ou chronique. Quelquefois celte kératite est causée par Timplantation d'un corps étranger dans la cornée, par l'irritation que cause la déviation des cils.

1° Kératite aiguë. — Sur le bord de la cornée, on voit un faisceau vasculaire qui se continue avec les vaisseaux de la conjonctive enflammée et qui marche vers le centre de la cornée (kératite simple) ; c% faisceau est isolé assez souvent; d'autres fois il en existe plu* aieurs qui se confondent ensemble ; au sommet de chacun d'eux on trouve une petite vésicule, une petite pustule (kératite pustu^ l$use) , tantôt placée sur la circonférence de la cornée, tantôt sur la cornée elle-même ; c'est à cette dernière variété qu'appartient la kératite en fusée^ d'A. Bérard ; cette forme est caractérisée par l'existence d'une petite pustule, qui se déplace en suivant une marche ascendante. La cornée présente quelquefois une légère opacité, la sclérotique est injectée, souvent on constate l'existence du cercle vasculaire péricornéal.

La vue est plus ou moins troublée, l'œil est douloureux ; il y a de la photophobie, du larmoiement.

La kératite simple a une marche assez rapide : elle se termine souvent par résolution, quelquefois aussi elle passe à l'état chronique. La forme pustuleuse se termine bien aussi par résolution, mais on peut observer un albugo plus ou moins étendu, et quelquefois une ulcération de la cornée, dont la conséquence est une tache de la cornée, et même la perforation de cette membrane, la hernie de l'iris et la perte de l'œil.

Traitement, — Si la maladie est produite par un corps étranger, il faudrait se hâter de l'extraire ; s'il existe des symptômes intenses d'inflammation, on aura recours & un traitement antiphlogistique, en rapport avec l'intensité de la maladie et la force du sujet, on prescrira

uu collyre astringent au suUale de linc, à Tazoiate d'argent; des purgatifs salins. Si la kératite pustuleuse s'observe chez on sujet scrofoleux, on conseillera un traitement général convenable, et l'on cherchera à faire disparaître la pustule soit par la cautérisation de la pustule eUemôme ou mieux des vaisseaux qui vont s*y rendre. Le laudanum de Rousseau instillé dans l'œil donne de très bons résultats. On conseille necore des collyres au sublimé, ou l'azotate d'argent : 5 centigrammes pour 30 grammes.

T Kératite chronique, — Cette espèce succède quelquefois à la kératite aiguë, que nous venons de décrire ; souvent elle est consécutive à l'ectropion, au trichiasis, à la conjonctivite granuleuse.

Symptomatologie. — La cornée est trouble, dépolie, présente des taches plus ou moins larges, plus ou moins nombreuses ; les vaisseaux que nous avons vus précédemment sont plus pâles, plus nombreux; ils semblent comme carnifiés; il y a un véritable pannu«. Les symptômes physiologiques, au contraire, ont diminué d'intensité, les troubles de la vision sont en rapport avec l'altération pathologique ; la pholophobie, le larmoiement , la douleur ont presque entièrement disparu.

Cette affection est, comme son nom l'indique, essentiellement chronique ; elle présente souvent des exacerbations fort remarquables.

Traitement. — Les collyres conseillés dans la kératite aiguë sont également indiqués dans l'espèce que nous examinons ; seulement les substances actives seront employées à plus haute dose ; ainsi on a conseillé 1 gramme et jusqu'à 5 grammes de nitrate d'argent dans 30 grammes d'eau distillée. Mais la cautérisation des vaisseaux est bien préférable, la scarification des vaisseaux , leur incision avec une portion de la conjonctive a donné quelques succès.

Pannus. — Une des terminaisons fréquentes de la kératite \'asculaire chronique est le pannus. Nous n'avons pas à nous arrêter sur cette affection, qui n'est que l'exagération de la kératite chronique. Cette lésion est fâcheuse, car souvent elle s'étend à toute la cornée, et la vue est perdue; aussi l'a-t-on attaquée avec la plus grande énergie. Collyre très concentré, cautérisation directe, excision ; enfin on a été jusqu'à inoculer sur l'œil le virus de la blennorrhagie uréthrale. Quoique des observations assez nombreuses témoignent des bons résultats que l'on peut attendre de cette thérapeutique, nous hésiterions à la conseiller, quand bien môme il ne resterait que peu de chance de guérison par la cautérisation et par l'excision.

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