GANGRÈNE SPONTANÉE DES EXTRÉMITÉS
souvent deux mois, il s'établit un travail d'élimination ; mais, auparavant, la maladie s'est étendue, elle a envahi un ou deux orteils, se limite au pied ; souvent elle s'étend à la jambe et même elle envahit la cuisse. Dans certains cas la maladie parait se limiter assez rapidement ; un cercle inflammatoire se développe autour de la partie sphacéiée, rt lorsqu'on croit voir le mahide ffuérir après l'élimination des eschares, la gangrène envahit les parties jusqu'alors restées saines.
Les symptômes, du côté de la circulation, sont très remarquables: le battement des artères a disparu dans le membre, bien au-dessus des parties gangrenées ; aussi est-il fréquent de ne pas les sentir dans la crurale, quand bien même il n'y aurait qu'un orteil envahi par la gangrène. Si les battements persistent, ils sont •tellement faibles qu'il est presque impossible de les percevoir.
Les symptômes généraux ne présentent de gravité que quand la lésion est étendue et quand l'inflammation éliminatrice est très intense, ou bien quand il existe des douleurs très violentes ; ces douleurs sont souvent beaucoup plus aiguës la nuit que le jour.
Étiologie, — Les causes de la gangrène spontanée sont peu connues, elle se développe principalement lorsqu'il existe un obstacle à la circulation ; c'est ainsi que nous l'avons vue survenir à la suite d'une oblitération presque complète de l'oriûce auriculo-ventriculaire gauche, à l'avant-bras gauche d'un homme de cinquante-cinq ans. Il existait des caillots très volumineux dans l'artère sous-clavière gauche. Chez un autre, une artérite qui avait déterminé la formation de caillots dans l'iliaque primitive droite était la cause d'une gangrène spontanée qui avait envahi le pied jusqu'aux deux tiers supérieurs de la jambe droite. L'ossification des artères peut-elle causer la gangrène spontanée, en apportant un obstacle au cours du sang? Dupuytren rejette l'influence des ossifications sur la circulation, lorsque le calibre des vaisseaux est conservé. Le docteur Carswell, au contraire, leur fait jouer un grand rôle dans la production de la gangrène spontanée. Tout porte ù croiro que cette lésion des artères n'est pas étrangère au développement dn cette maladie, puisque les artères sont surtout ossifiées chez les vieillards, et que c'est principalement chez eux que la gangrène spontanée se rencontre.
Traitement, — On a employé contre celte maladie le quinquina , les fomentations spiritueuses ; on leur a substitué l'opium à haute dose. Pott a obtenu au moyen de ce médicament des succès remarquables. Mais si ce remède est impuissant pour limiter les progrès de la maladie, du moins est-il d'une grande ressource pour apaiser les douleurs des malades.
Lorsque l'affection est causée par l'inflammation des artères, une ou plusieurs saignées générales doivent être faites ; on appliquera avec succès des sangsues sur le trajet du vaisseau malade. Dupuytren dit avoir guéri à l'aide de ce traitement les deux tiers ou les trois quarts de ses malades.
70 FATHOLOrjE CHIBORGICALI.
Quant à l'amputalion, elle ne doit jamaii ôlrô pratiquée. MM. A. Bérni'd et Denonvillicrs la rejettent, mémo lorsque la gan^^ône a cessé de faire des progrès. En effet, on peut bien enlever la partie morte par l'instrument tranchant, mais enlèvera -t-on la cause de la mortilication? Nous venons de voir tout à l'heure que les vaisseaux étaient malades bien loin de la partie gangrenée, et qu'ils étaient oblitérés dans des points où il n'avait pas été possible de reconnaître leur lésion et de porter l'instrument tranchant.
S 5. — Gangrène produite parle seigle ergoté.
Parmi les accidents que le seigle ergoté pris à l'intérieur détermine, la gangrène des extrémités est sans contredît un des plus graves. Cette affection se développe le plus souvent sous la forme épidémique.
Les symptômes sont extrêmement variés : les malades éprouvent un sentiment de lassitude extrême ; les membres sont très douloureux, surtout dans leur partie profonde ; la peau est pâle, livide, se couvre de phlyctènes, et est bientôt convertie en une eschare dure, sèche. La gangrène marche très lentement. Au bout d'un certain temps, les partics mortifiées se détachent au niveau des articulations sans donner lieu à aucune perte de sang.
Les symptômes généraux sont très variables : le pouls est en général petit; la peau est sèche, quelquefois couverte de sueur ; les malades éprouvent des vertiges, surtout après les repas, ils ont du délire ; les douleurs sont souvent très aiguës et empêchent le sommeil.
Lorsque l'on aura fait cesser aux malades l'usage des grains avariés, on pourra avoir recours aux vomitifs, puis ensuite leur administrer à l'intérieur, ou du café, comme on le pratique dans la Sologne, ou l'ammoniaque, comme le veut M. le docteur Courhaut; les saignées doivent être proscrites; il en est de même de l'amputation.