‹ Manuel de pathologie et de clinique chirurgicales v.2, 1958Chapitre 18 sur 188 · PUSTULE MALIGNE · texte numérisé non relu

PUSTULE MALIGNE

affectés de pustules malignes. Toutes les parties du corps de raniin.il peuvent déterminer cette affccliou, même longtemps oprès la mort : aussi voit-on des tanneurs, des mégissiers contracter quelquefois la pustule maligne pour avoir touché la peau ou la laine d^animaux malades.

Deux ou trois jours après l'inoculation, quelquefois plus tôt, Taflection apparaît sous la forme d'un petit bouton auquel le malade ne fait pas attention. Aucun autre symptôme ne caractérise la première période de cette maladie. 11 se forme sur le petit bouton une petite vésicule que le malade déchire le plus souvent en la grattant *, un peu de démangeaison accompagne cette éruption.

Au bout de vingt-quatre à trente-six heures, la démangeaison de> vient plus forte ; elle s'accompagne d'un sentiment de chaleur et de cuisson : la deuxième période commence. La place qu'occupait la vésicule présente une petite induration mobile, circonscrite, sensible au toucher seulement ; bientôt celle-ci appara'ît à l'œil ; elle est le plus souvent à surface grenue, présentant alternativement des éminenccs et des enfoncements.Tout autour de ce tubercule la peau se gonfle, s'cn^ flamme, devient rouge, violaôéC) livide. Chaussicr a désigné cette tu* méfaction circulaire sous le nom à* aréole. De petites phlyctènes remplies de sérosité roussàtre se forment, Teschare centrale se développe : il n'y a pas encore de symptômes généraux.

Dans la troisième période^ le- mal dépasse la peau, envahit le tissu cellulaire sous-cutané ; l'eschare centrale gagne en surface, en poussant devant elle l'aréole inflammatoire. Au delà de l'aréole la peau est ten-^ due, luisante, d'un rouge foncé, quelquefois violacée ; le tissu cellulaire est le siège d'une espèce d'infiltration gélatineuse ; tout le membre se trouve bientôt envahi par la maladie ; les parois du thorax et du ventre peuvent être aussi le siège de cette infiltration, et de cette tension qui cause au malade un sentiment de pesanteur et d'étranglement. Des symptômes généraux accompagnent cette troisième période ; mais ils ne sont pas constants. Elle dure environ de quatre à cinq jours sur un sujet robuste ; sur un sujet faible, au contraire, la maladie fait des progrès beaucoup plus rapides.

Dans la quatrième période^ tous les accidents s'aggravent; l'escharo centrale se détache et il s'écoule un liquide séreux. Le tissu cellulaire se gangrène, la peau qui le recouvre participe bientôt au môme travail, et l'on y trouve bientôt une plaie très étendue, bornée cependant au tissu cellulaire sous-cutané ; les muscles ne sont jamais envahis par la gangrène.

Mais c'est principalement à cette époque que s'annoncent des symptômes d'infection générale; le pouls devient petit, faible, inégal, lu peau est brûlante , la soif extrêmement vive ; la langue est sèche, des vomissements se manifestent; rarement on trouve de la diarrliée; l'accablement est extrême ; la respiration est gênée , anxieuse ; bientôt surviennent des hémorrhagies, des sueurs colliquatives, des syncopes^ da délire , et le malade ne tarde pas à succomber^

La marclic de cette maladie est quelquefois tellement rapide, que le malade succombe au bout de ving^t-quatre heures depuis Tinvasion; elle peut cependant durer jusqu'à douze ou quinze jours. Abandonnée à ellc-môme , elle parcourt en général ses quatre périodes ; mais si les symptômes s'arrêtent à la ftn de la seconde, le malade guérit.

Pronostic. — Quoique la pustule maligne puisse guérir d'elle-même, elle doit être considérée comme une maladie fort grave ; car, outre qu'elle compromet la vie des sujets qui en sont atteints, elle laisse souvent après elle une difformité très grande. D'ailleurs son pronostic varie avec la constitution des malades : elle est plus grave chez les sujets faibles que chez ceux qui sont robustes ; lorsqu'elle se montre sur des parties qui contiennent une grande quantité de tissu cellulaire, elle présente plus de dangers. Il en est de môme lorsqu'elle siège sur des points où la moindre perte de substance est la cause de difformités considérables.

Traitement, — Les scarifications unies à la cautérisation sont le traitement qui convient le mieux pour combattre la pustule maligne ; elles seront pratiquées sur les parties molles. On aura soin de couper jusqu'à ce que quelques gouttelettes de sang se soient échappées par l'incision, car l'eschare doit être divisée en entier.

Quelques chirurgiens ont proposé d'enlever toutes les parties gangrenées par une incision circulaire; ce procédé sera tout à fiiit insuffisant, s'il reste encore quelques portions d'eschares. Il sera également rejeté , quand bien môme on couperait partout dans le vif; car non-seulement il est très douloureux et peut donner naissance à des hémorrhagies , que souvent il est fort difficiJe d'arrêter, mais encore il est bien démontré que l'affection ne se limite pas parce qu'on aura enlevé toutes les parties malades, mais que la gangrène ne tarde pas à s'emparer des bords de la solution de continuité , et que la maladie fera des progrès d'autant plus rapides que l'excision aura été plus souvent répétée.

La cautérisation peut être pratiquée ou avec les caustiques, ou avec le cautère actuel. On évitera d'employer les caustiques qui n'agissent qu'avec lenteur, qui ne produisent que des eschares superficielles. Ces deux modes de traitement devront être mis en usage avec une énergie qui sera en raison de l'intensité de la maladie.

Dans la première période, il suffît, après avoir ouvert la vésicule, de placer dans le fond un petit morceau de nitrate d'argent, de potasse caustique, ou une boulette de charpie imprégnée d'un liquide caustique, et de maintenir ces topiques assez longtemps en rapport pour que l'eschare ait une épaisseur suffisante. Les pansements consécutifs seront absolument les mômes que dans toutes les cautérisations. On favorisera la chute de l'eschare et Ton pansera comme une plaie simple; l'absence d'aréul î autour de l'eschare indiquera au chirurgien que la maladie est détruite.

Dans la seconde et dans la troisième période , on fendra l'eschare

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