PUSTULE MALIGNE
on détachera les lambeaux, eu ayant soin toutefois de ne pas diviser les parties saines ; on promènera sur la surface de la plaie un pinceau imbibé de caustique ; on remplira la plaie de charpie imbibée du même caustique; le plus souvent ce pansement sera suivi de l'avortement de la maladie. Si l'affection présentait une cavité plus grande, si les parties molles commençaient à s'engorger autour de l'eschare , il serait indispensable d'appliquer le cautère actuel, et de réitérer son application autant qu'il serait nécessaire pour détruire toutes les parties malades.
Dans la quatrième période, « après avoir enlevé avec des ciseaux » les lambeaux de peau gangrenés, on absterge bien le fond de » la plaie, puis on y porte un cautère numulaire, large et épais, » qu'on laisse en contact avec les tissus jusqu'à ce qu'il soit complé- 9 tement éteint; on fait ensuite plusieurs applications successives, » de manière à être certain qu'aucune partie de la plaie n'a échappé i> à l'action du feu, et que celle-ci s'étend assez profondément. Nous » pensons aussi qu'il y a lieu, dans cette circonstance grave, d'imiter » la pratique des vétérinaires, c'est-à-dire à circonscrire l'eschare » par une incision circulaire faite sur la peau vive , et à cautériser » ensuite jusqu'au fond de cette plaie saignante. Ce n'est pas tout : » si la maladie est très étendue, les symptômes généraux alarmants, B nous donnons le conseil de promener légèrement le cautère sur la » peau environnante ; peut-être même serait-il avantageux de pratt- » quer, au milieu des parties tuméfiées, quelques incisions qui seraient » aussi cautérisées. Le but que nous nous proposons en faisant agir » le cautère actuel dans un rayon assez étendu autour de l'eschare, » est de produire une excitation vive . et de provoquer une réaction » franche et soutenue dans les tissus frappés d'asthénie , et qui résisv teraient à tout stimulant moins énergique. ' » Nous n'eussions osé sans doute proposer un mode de traitement n aussi audacieux, et en apparence aussi barbare, si la pustule maligne, » arrivée à cette période , n'était pas une maladie presque toujours ,» mortelle, et si, d'une autre part, la pratique que nous conseillons » n'avait pas reçu la sanction de l'expérience (1). »
Lisfranc a réussi plusieurs fois à guérir par ce procédé des individus très gravement malades. M. Denonvilliers, alors interne à l'hôpital de la Pitié, a guéri à l'aide de ce mode de traitement un malade dans un état presque désespéré.
La saignée ne doit être employée qu'avec la plus grande réserve, comme dans toutes les affections gangreneuses, il ne faudrait y avoir recours que lorsque l'inflammation qui doit déterminer la chute de l'eschare se trouveriiit compliquée d'une réaction trop vive.
Gomme traitement général, on prescrira des toniques et des excitants, le quinquina, le camphre, la thériaque, le vin, l'ammoniaque. Les émétiques ne seront administrés que lorsque la pustule maligne
[\) Compendium <U chirurgie pratique, i. I, p. 275.
sera accompagnée d'embarras gastrique ; les purgatifs pourront être conseillés lorsqu'il existera de la constipation.
Il arrive quelquefois qne le mal s'arrête de lui-même ; vers la fin de la seconde ou à la troisième période, les eschares se détachent. Il va sans dire que dans ces cas on se gardera bien de troubler l'action de la nature par des incisions et des cautérisations intempestives ; on n'administrera des excitants et des toniques que s'ils sont nécessaires pour relever les forces du malade; si la réaction était assez vive, il faudrait s'abstenir.
§ 2. — Charbon malin.
Le charbon malin est une tumeur gangreneuse de couleur noire, se développant spontanément par contagion , mais dont l'apparition et le développement sont précédés de symptômes généraux.
Le charbon présente la plus grande analogie avec la pustule maligne, mais il existe entre ces deux maladies des différences assez tranchées pour qu*on ne puisse les confondre. Nous emprunterons au Compen^ dium de chirurgie le tableau des différences entre ces deux affections.
1" La pustule maligne est le résultat d'une action externe locale; le charbon , au contraire , se développe ou spontanément , ou par l'introduction d'un virus septique par les voies digestives ou les voies respiratoires.
2'* La pustule maligne attaque les parties du corps habituellement découvertes; le charbon peut indistinctement se développer partout.
3° La pustule maligne marche de dehors en dedans, c'est-à-dire qu'il se développe à l'extérieur une petite vésicule qui, peu à peu, devient une eschare , laquelle est accompagnée bientôt de la gangrène des parties sous-jaeentes , enfm des symptômes généraux très violents viennent mettre un terme à la maladie. Le charbon marche de dedans en dehors; des symptômes généraux se manifestent d'abord, et lorsque la tumeur gangreneuse parait, elle a déjà acquis un volume considé-^ rable. Celle-ci paraît être le résultat de l'infection générale, tandis que la pustule maligne qu'on laisse arriver à son maximum de développement est véritablement la cause de cette infection.
4" L' eschare de la pustule maligne est chagrinée, citronnée ; la peau environnante est gonflée, tendue. Dans le charbon, la tumeur est mieux circonscrite : elle présente à son centre une eschare noirç, lisse ; la peau est également tendue et luisante autour de l'eschare ; mais, je le répète , la tumeur est plus régulière.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur la description du charbon ; nous n'en avons parlé que pour établir, autant que possible, la différence qui existe entre ces deux maladies, qui du reste présentent entre elles une telle analogie qu'elles ont été confondues pendant longtemps. D'ailleurs il n'existe aucune différence entre les symptômes généraux ou locaux de ces deux affections arrivées à leur summum d'intensité. L'infection générale est le caractère qui doit les faire
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distinguer, et môme, quand les symptômes généraux se sont développés à la quatrième période de la pustule maligne, il' n'y a plus possibilité de les reconnaître ; elles sont à peu près identiques.
Le pronostic du charbon est beaucoup plus grave que celui de la pustule maligne; car au début de la maladie, l'organisme tout entier est déjà attaqué ; aussi la plupart du temps les remèdes ont été impuissants pour guérir cette affection.
On conçoit parfaitement que c'est principalement sur le traitement interne que le chirurgien doit diriger toute son attention.
Le traitement local sera le plus souvent impuissant. Cependant il faudrait toujours y avoir recours en môme temps qu'au traitement interne ; il sera le même que celui de la pustule maligne.