XX. Fraeiures des eôtet
Elles sont fréquentes. On les observe principalement chez les vieillards, à cause du défaut d'élasticité de ces arcs osseux, de l'ossification des cartilages costaux et de l'atrophie sénile ; moins fréquentes chez l'adulte, elles sont très rares chez les enfants.
Elles sont produites par des violences extérieures : tantôt directes, ce sont les fractures en dedans; tantôt indirectes, fractures en dehors; elles sont causées par la pression exercée sur les deux extrémités de la côte. On cite quelques exemples de fractures produites dans de violents efforts de toux.
Les côtes moyennes sont celles dont on a le plus souvent observé la fracture ; il est fréquent de constater plusieurs fractures sur le même sujet. Le point où les fractures par cause indirecte se rencontrent le plus souvent serait à la partie antérieure, près du cartilage costal ; beaucoup de chirurgiens pensent que c'est à la partie moyenne de la côte. Les fractures par cause indirecte se produisent dans le point où a porté l'agent vulnérant.
Elles sont souvent simples, quelquefois multiples, presque toujours complètes, rarement incomplètes ; la fissure occupe alors l'un des bords ou l'une des faces de la côte.
Il n'y a pas de déplacement suivant la longueur ; quant au déplacement suivant l'épaisseur, il a été nié par J.-L. Petit , Boyer, Richerand ; mais M. Malgaigne a démontré que si le déplacement n'était pas constant, il existait quelquefois même dans les fractures incomplètes. Ces déplacements sont causés par la violence qui a déterminé la fracture. Quand plusieurs côtes ont été brisées, on trouve quelquefois un véritable chevauchement.
Symptomatologie. — Mobilité anormale, crépitation, qui manque quelquefois : celle-ci peut être sentie en appliquaht la main sur le lieu de la fracture, et en exerçant une pression sur un des fragments, ou mieux en faisant tousser le malade ; le stéthoscope peut encore la faire reconnaître. Douleur augmentant par la pression, les mouvements respiratoires, la toux, les efforts; dyspnée, plus intense dans les fractures en dedans que dans les fractures en deliors, et qui disparait quand on a réduit la fracture. M. Malgaigne pense que c'est au dégagement d'une pointe osseuse qui piquait le poumon que l'on doit cette diminution de la douleur.
Les complications de ces fractures sont nombreuses ; nous signale-
rons surtout : 1" la déchirure du poumon avec toutes ses conséquences, emphysème, pneumothorax , épanchement de sang dans la poitrine, pleurésie et pneumonie traumatique ; 2" la déchirure du foie, de la rate, du diaphragme ; 3" la blessure de l'artère intercostale ; 4' enfin Dupuytren et Lonsdale ont observé la déchirure du cœur.
Le pronostic est peu grave quand il n'y a pas de complications.
Traitement. — S'il n'y a pas de déplacement, le thorax sera immobilisé à l'aide d'un bandage de corps, maintenu en place par des souscuisses ou un scapulaire, ou avec un bandage spiral de la poitrine, ou le quadriga (voy. Petite chirurgie, p. 79, 95, 122); mais ces bandages sont sujets à se relâcher. M. Malgaigne leur préfère une bande de cQacliylon, large de trois ou quatre travers de doigt, et faisant une fois et demie le tour du corps. Lorsque la fracture siège sur les côtes inférieures, il faut, comme le conseille M. Malgaigne, appliquer le bandage sur la partie moyenne du thorax, afin de ne pas comprimer l'abdomen ; l'immobilité du thorax entraîne forcément l'immobilité des côtes inférieures.
Les règles qui doivent guider pour la construction du bandage sont très simples ; il suffit de se rappeler que le pansement doit diminuer la douleur, et que le degré précis de la constriction est celui qui correspond au plus grand bien-être du malade. Si le bandage exaspère la douleur, il est nuisible ; s'il existe une pneumonie ou une pleurésie, l'emploi du bandage de corps est nuisible, car il empêche la respiration du poumon resté sain.
Lorsqu'il y a déplacement, il faut procéder à la réduction. L'enfoncement est-il peu considérable, un effort du malade peut suffire. H est bon encore de placer une compresse épaisse sur le sternum et d'appliquer un bandage convenablement serré. Dans les déplacements plus étendus, on réussit quelquefois en déprimant le fragment qui est resté en place jusqu'à la rencontre du fragment déplacé. Eolin M. Malgaigne conseille, dans les cas extrêmes, de relever la côte avec un crochet mousse enfoncé par-dessous le bord supérieur de la côte et glissé sous sa face interne ; ce moyen n'a pas , que noua sachions, encore été employé.