‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 101 sur 292 · Bellière. Otite des phthis. Thèse de Paris · texte numérisé non relu

Bellière. Otite des phthis. Thèse de Paris

P,5' :,CS !‘ôp-’9 avril 1888- — Queyrat. Th. de doctorat,

ans 188b. — Landouzy. Congrès pourra tuberculose, Paris, 1889, n. iiiv. ’ *

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

par eux dans les quelques propositions suivantes : La tuberculose infantile ne présente souvent d'autre localisation qu’une broncho-pneumonie. Tantôt la broncho-pneumonie, simple et banale en apparence, ne peut être démontrée tuberculeuse que par l’examen bactériologique, ou par l’inoculation, tantôt la broncho-pneumonie coexiste avec des lésions macroscopiques tuberculeuses. La tuberculose est transmise au nouveau-né, soit par contagion médiate, soit par hérédité.

Chez le vieillard la tuberculose est plus fréquente qu'on ne le croit habituellement ; mais elle n’a pas les allures de la phthisie de l’adulte : elle est plus lente, plus torpide, et ses symptômes sont moins accusés1.

Marche. — Pronostic. — Terminaisons. — La marche et la durée de la phthisie pulmonaire sont extrêmement variables; tel individu, par exemple, supportera pendant bien des années l’évolution de ses produits tuberculeux sans arriver à la période de phthisie, tandis que tel autre, après huit ou dix mois de maladie, sera déjà en proie aux sueurs, à l’amaigrissement, à la diarrhée, à la fièvre hectique. Certaines personnes ayant eu des hémoptysies en apparences insignifiantes, ne sont prises de symptômes de tuberculose avérée que dix ou quinze ans plus tard. D’autres ont eu à plusieurs reprises des hémoptysies, des bronchites invétérées, et ont traîné une existence plus ou moins maladive, sans jamais aboutir à la période de phthisie. Bien des causes hâtent ou retardent la marche de la phthisie pulmonaire : c’est d’abord la nature du terrain sur lequel la maladie s’est développée; ce sont ensuite les soins de toute espèce, l’hygiène, les questions de climat, de nourriture, de confortable; et voilà pourquoi la tuberculose marche plus vite dans les classes pauvres, tandis qu’on peut si souvent en ralentir ou en modifier l’évolution dans les classes aisées. On a dit que lorsque l’emphysème se déclare dans un poumon

1. Gilbert. Tuberculose chez le vieillard. Th. de Paris, 1SS5.

MALADIES DU POUMON

tuberculeux, il arrête pour un temps la marche de la tuberculose.

Entre les altérations locales du poumon et l’état général du sujet, il s’en faut qu’il y ait toujours parallélisme : on voit des gens qui ont tous les signes locaux d’une tuberculose avancée (ramollissement et cavernes), et qui vivent indéfiniment avec ces lésions sans arriver à la période de consomption. 11 faut connaître ces exemples, afin d’éviter de grosses erreurs de pronostic.

La fin naturelle de la tuberculose chronique est la mort par phthisie ; néanmoins le tubercule peut guérir (état crétacé et fibreux) et les petites cavernes peuvent se cicatriser. Dans certaines circonstances, la mort survient par le fait de complications, telles que phthisie laryngée, pleurésie purulente, pneumothorax, entérite, péritonite, méningite, etc. La syncope, l’embolie ou la thrombose de l’artère pulmonaire sont des causes de mort subite.

Étiologie. — L 'hérédité et la contagion1 sont deux grandes causes de phthisie pulmonaire, et en cela la tuberculose n’est pas sans analogie avec la syphilis. Dans la syphilis et dans la tuberculose, en effet, l’hérédité se traduit tantôt par des manifestations précoces, tantôt par des manifestations tardives. Les manifestations précoces sont, pour l’une, la syphilis du nouveau-né, la syphilis infantile, dont je n’ai pas à m’occuper ici; pour l’autre, c’.est la broncho-pneumonie tuberculeuse du premier âge, c’est la méningite tuberculeuse, la Tuberculisation du péritoine et des ganglions bronchiques. Les manifestations tardives sont, pour l’une les lésions multiples de la syphilis héréditaire, pour l’autre c’est la phthisie pulmonaire, et les différentes tuberculoses locales considérées naguère encore comme lésions scrofuleuses.

Tantôt les parents sont notoirement phthisiques, tantôt

1. La tuberculose dans les familles. Leudet. Académie de médecine, I l avril 1885.

BIEüLAFOV, PATHOL. T. I.

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

ils n’ont de la tuberculose que des manifestations incomplètes, des hémoptysies, des bronchites invétérées, des adénites suppurées, regardées à tort comme scrofuleuses; ils traînent une existence plus ou moins maladive, sans aboutir à la phthisie confirmée, ils peuvent même guérir ou se croire guéris ; mais tout cela c’est le plus souvent de la graine à tubercules, et les enfants issus d’une pareille souche ont malheureusement des chances d’hériter de la tache originelle. Parfois même, dans une famille où règne la tuberculose ou la scrofule, ce qui est identique, des parents jusque-là bien portants et chez lesquels le germe existait à l’état latent, mettent au monde des enfants qui sont frappés par la tuberculose, et eux, les parents, n’en sont atteints que plus tard.

L 'hérédité étant admise, il y a deux manières de la comprendre : ou bien le sujet hérite du principe infectieux, c’est-à-dire de la graine, ou bien il n’hérite que de la prédisposition à .contracter la tuberculose, c’est-àdire de la nature du terrain favorable à son éclosion. Beaucoup d’auteurs se rattachent à cette dernière opinion : on ne nait pas tuberculeux, mais tuberculisable, dit Peter. Ce que les parents transmettent à leurs enfants, c’est la tuberculose en expectative et non en nature, dit M. Bouchard.

Cette opinion est admissible, mais il n’en est pas moins vrai que la lésion héréditaire a été surprise en flagrant délit chez le fœtus. L’inoculation du sang d’un fœtus conçu par une mère phthisique a pu déterminer chez les cobayes une tuberculose analogue à celle que détermine un fragment de poumon tuberculeux1.

On possède aujourd’hui des faits indéniables de tuberculose congénitale 2. On a constaté la tuberculose sur des

1. Landouzy et Martin. Revue de médecine, 1885, p. 1011. Firket, conditions anatomiques de l’hérédité dans la tuberculose, Revue de médecine, janvier 1887.

2. Aviragnet. Tub. chez les enfants. Th. de Paris, 1892. — Staïcorici. Tub. congénitales. Th. de Paris, 1892.

MALADIES DU POUMON

fœtus à différents âges. Il est donc rationnel d’admettre que la tuberculose héréditaire se transmet directement par la graine. Toute la question est de savoir quelles seront les conditions qui tôt ou tard favoriseront la germination de la graine, qui peut rester longtemps à l’état latent. Cette latence des bacilles n’a rien qui nous surprenne.

La contagion ou la contagiosité de la tuberculose était admise depuis longtemps, mais elle a été nettement établie par M. Villemin1. Aujourd’hui elle est basée sur un nombre considérable d’observations2. Les faits de contagion sont relativement fréquents entre mari et femme; ainsi un mari parfaitement sain devient tuberculeux au contact de sa femme, qui meurt phthisique; il se remarie et à son tour donne la tuberculose à sa nouvelle femme, qui était bien portante. Un jeune homme né de parents vigoureux devient phthisique au régiment; il rentre dans sa famille et transmet la tuberculose à ses parents et à ses deux frères, qui avaient toujours eu une excellente santé. Je pourrais multiplier les exemples; la contagion est d’autant plus à craindre que la vie en commun avec les phthisiques est plus intime3.

J’ai longuement étudié, au chapitre précédent, les modes de transmission de la tuberculose par voie expérimentale ; comment pouvons-nous expliquer ses modes de transmission dans l’espèce humaine? Il est possible que le bacille tuberculeux pénètre dans les voies digestives

Page 1