Fournier. Annales des maladies du nez et du larynx, 1S
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
mortel, tels sont les accidents qui se déroulent parfois lentement, parfois avec une extrême rapidité, accidents qui constituent la phase cérébrale des ostéites naso-crâniennes syphilitiques.
Les autopsies faites en pareil cas permettent de constater la cause de ces terribles accidents : ostéite et nécrose du sphénoïde et de l’ethmoïde, phlébite des sinus coronaires, caverneux, pétreux, phlébite de la veine ophthalmique, fusées purulentes intra-orbitaires, méningite purulente, encéphalite des lobes frontaux, telles sont les lésions plusieurs fois constatées à l’autopsie.
Les descriptions précédentes suffisent, je crois, à démontrer toute l’importance qui s’attache à l’étude de la syphilis nasale.
Diagnostic. — Le diagnostic entre la syphilis tertiaire nasale (héréditaire ou acquise) et la scrofulo-tuberculose du nez, est parfois des plus difficiles. Dans cette étude délicate, je vais suivre les préceptes qui ont été nettement et magistralement formulés par M. Fournier
Procédons par ordre : occupons-nous d’abord des lésions nasales à forme sèche, tuberculeuse. Voici, je suppose, deux malades : l’un est atteint d’un lupus tuberculeux du nez, l’autre est atteint d’une syphilide nasale tuberculeuse. A considérer ces deux malades, on 11e trouve au premier abord que des ressemblances : de part et d’autre, éruption tuberculeuse sur un fond rouge et infiltré; de part et d’autre tubercules de volume et de configuration identiques, groupés, agglomérés d’une façon semblable. Le diagnostic parait bien difficile; cependant le tubercule lupique est plus clair, plus transparent, plus sucre d’orge, tandis que le tubercule syphilitique est de teinte foncée, rougeâtre, chair musculaire. Le tubercule lupique est mollasse, et donne à la pression la sensation d'écrasement; tandis que le tubercule syphilitique est beaucoup plus dur au toucher. Enfin l’évolution du lupus tuberculeux est infiniment plus lente que l’évolution de la syphilide tuberculeuse.
MALADIES DES FOSSES NASALES
Passons actuellement au diagnostic des lésions nasales ulcéreuses. Voici deux malades qui présentent, l’un des ulcérations nasales syphilitiques, l'autre des ulcérations nasales lupiques ; dans les deux cas les ulcérations peuvent être recouvertes de croûtes. Comment faire le diagnostic différentiel? Ici encore les ressemblances paraissent au premier abord l’emporter sur les dissemblances, mais en y regardant de près voici quelques signes distinctifs : l’aréole qui encadre la syphilis tuberculeuse ulcérée est d’un rouge sombre, foncé, pigmenté, tandis que l’aréole des ulcérations lupiques est plus claire, plus bleuâtre. Les bords de l’ulcération syphilitique sont durs, taillés à pic, adhérents, non décollés, tandis que les bords de l’ulcération lupique sont plats, minces, mous, flasques, décollés, flottants, non taillés à pic. Le fond del’ulcération syphilitique est creux, anfractueux, bourbillonneux, tandis que le fond de l’ulcération lupique est presque plat. De part et d’autre l’ulcération se recouvre de croûtes, mais les croûtes de la syphilis sont plus compactes, plus dures, plus stratifiées, plus brun verdâtre, plus en forme d’écailles d’huitres que celles de la scrofule. Au point de vue de la marche de la lésion, la syphilis fait en un mois ce que le lupus fait en un an.
Arrivons maintenant au diagnostic des lésions syphilitiques et lupiques du nez, à leur phase de destruction. La syphilis détruit le nez par bloc, par gros morceaux, tandis que la scrofule use le nez, le corrode molécule à molécule. Le nez rongé par la scrofule est symétriquement détruit, abattu comme d’un coup de hache, d’avant en arrière, depuis le niveau inférieur des os propres du nez jusqu’à la lèvre supérieure; c’est l’aspect de la tête de mort. La syphilis, au contraire, mutile le nez plus irrégulièment et d'une façon moins symétrique. Le lupus nasal peut attaquer la pituitaire, car il y a un lupus primi tif de la cloison, mais ce fait est très rare, tandis que la syphilis et l’hérédo-syphilis attaquent cette région du nez avec prédilection. Quand le lupus pénètre dans les fosses
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nasales» il s’y restreint habituellement à leur segment antérieur, au vestibule, aux cartilages, et quelquefois au plancher du maxillaire; en tout cas il attaque rarement le squelette nasal; la syphilis, au contraire, n'a pas de ces restrictions, et les différents os qui constituent les fosses nasales peuvent tomber sous ses coups. Aussi la plupart des déformations nasales que nous avons étudiées dans ce chapitre, l’effondrement de la racine du nez, le nez en lorgnette, la perforation du voile du palais, sont presque toujours le résultat d’une syphilis acquise ou héréditaire, et n’ont généralement rien à voir avec la scrofulo-tuberculose.
Les détails dans lesquels je viens d’entrer au sujet du diagnostic des lésions syphilitiques et scrofulo-tuberculeuses du nez prouvent que ce diagnostic n’est pas toujours facile. La difficulté est encore beaucoup plus grande quand il y a association de la scrofule et de la syphilis. C’est ce queRicord, dans son langage pittoresque, appelait le scrofidale de vérole. Dans quelques cas, et ils ne sont pas rares au larynx, aux poumons, la syphilis et la tuberculose envahissent successivement un organe ; il y a juxtaposition des deux infections. Mais, dans d’autres circonstances, on dirait vraiment qu’il y ait un fait d’hybridité : telles sont certaines adénites svphilo-tuberculeuses, telles sont certaines lésions lupiques, également syphilotuberculeuses, de la peau et de la muqueuse du nez. M. Leloir en a cité quelques observations qui me paraissent probantes. Le traitement seul peut juger la question *.
Tout ce que j’ai dit de la syphilis nasale tertiaire est applicable à la syphilis héréditaire tardive qui survient à un âge plus ou moins avancé.
En voici un exemple tiré du remarquable ouvrage de M. Fournier1 2 : Un jeune garçon de quinze ans, né de parents syphilitiques, a eu dès sa première enfance des