SYPHILIS DU POUMON
La syphilis joue un rôle considérable dans la pathologie des voies respiratoires. A propos des maladies du larynx et de la trachée, j’ai longuement insisté sur l’importance des laryngopathies et des trachéopathies syphilitiques; j’ai montré comment ces lésions syphilitiques, parfois terriblement graves, peuvent déterminer l’asphyxie et la mort, et comment aussi elles peuvent guérir quand le traitement est bien dirigé. Les lésions syphilitiques du poumon ont, elles aussi, une importance de premier ordre; on les méconnaît trop souvent, parce qu’on ne pense pas assez à les rechercher; elles mettent souvent la vie du malade en danger, et d’autre part elles sont une occasion de véritables triomphes thérapeutiques, car on rend parfois à la santé, en quelques semaines, en quelques mois, des moribonds qui semblaient arrivés à la période ultime d’une phthisie pulmonaire.
Anatomie pathologique. — La syphilis du poumon comme la syphilis des autres organes se présente sous plusieurs formes : la gomme ou syphilome circonscrit, le syphilome diffus et la sclérose. Ces différentes formes sont isolées ou associées.
Les gommes du poumon ont le volume d’une lentille, d’une noisette, d’un œuf; elles sont plus ou moins nombreuses; elles siègent à la superficie du poumon, sous la plèvre, ou dans la profondeur de l’organe. Dures à leur période de formation, entourées d’une coque fibreuse, résistante, elles se ramollissent ensuite par le centre, elles subissent la dégénérescence caséeuse et aboutissent
1. Tuffier. Pneumotomie dans les kystes hydatiques du poumon. Congrès de chirurgie, octobre 1S96.
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à la formation d’une caverne. Quant la cavité gommeuse se termine par guérison, ses parois bourgeonnent et la cicatrisation s’opère.
Le syphilome diffus du poumon revêt une forme spéciale, il détermine une sorte de broncho-pneumonie syphilitique dont la marche peut être aiguë, subaiguë ou chronique. La forme aiguë est très rare; l’examen microscopique d’une broncho-pneumonie syphilitique aiguë 1 a donné les résultats suivants :
« La tumeur est constituée par un certain nombre de noyaux de broncho-pneumonie à divers états (catarrhal, fibrineux et caséeux). Il n’existe pas d’encapsulement bien net par une zone de tissu fibreux comme dans les gommes sur toute l’étendue de la lésion. Cependant, en quelques points, cet encapsulement existe ; mais il n’est pas formé par du tissu de nouvelle formation, il est constitué par la cloison du lobule. On ne trouve pas une artère comme centre des lésions; celles-ci sont plutôt groupées autour des bronches, comme dans la bronchopneumonie. L’ensemble total est formé par plusieurs petits amas d’apparence caséeuse entourés de zones plus vivantes. L’amas caséeux est constitué par des alvéoles pulmonaires remplis de cellules dont la forme est impossible à délimiter et qui semblent être en dégénérescence graisseuse. L’enveloppe de chaque amas caséeux est formée, tantôt par une cloison fibreuse interlobulaire épaissie, tantôt par des alvéoles remplis de leucocytes et présentant des parois épaissies. On constate, en outre, que, dans le voisinage et dans l’épaisseur des bronches, des vaisseaux ou des cloisons interlobulaires, il existe des amas de jeunes cellules qui révèlent leur état phlegmasique. »
Ces recherches histologiques semblent démontrer que dans les pneumopathies syphilitiques aiguës, le processus commence par une broncho-pneumonie à forme bâtarde avec diffusion parenchymateuse engainant la bronche et