Thèse de Lehmann, p
MALADIES DU POUMON
reste en suspens. Puis un jour vient, où le malade rend une vomique dans les conditions que nous venons d’étudier, avec vésicules ou membranes hydatiques. Ce jour-là le diagnostic est fait.
Mais, dans quelques cas, même après la vomique, même après le rejet du liquide séro-purulent à travers les bronches, le diagnostic est fort difficile parce que les lambeaux membraneux rejetés par le malade peuvent ne pas attirer son attention et la lésion passerait inaperçue si l’on ne découvrait au microscope quelques vestiges de membranes ou des crochets d’échinocoques. Dans d’autres circonstances, enfin, la maladie revêt à un moment donné les apparences d’une broncho-pneumonie, comme chez l’infirmier de mon service, et l'hydatide pulmonaire serait méconnue si, au milieu de l’expectoration, on ne retrouvait les témoins de l’hydatide, membranes et crochets d’échinocoque.
Même remarque au sujet du passage de l’hydatide dans la cavité pleurale et au sujet du pyo-pneumothorax.
Du reste j’ai eu soin de discuterle diagnostic, au furet à mesure des différentes complications qui peuvent surgir au cours de l’hydatide pulmonaire; je n’y reviens pas.
Pronostic. — Dans le courant de ce chapitre, j’ai passé en revue les complications de l’hydatide pulmonaire, et l’on a pu voir quelle en est la gravité. Dans les cas exceptionnellement heureux, le kyste hydatique peut guérir spontanément, c’est-à-dire qu’il peut subir sur place une nécrobiose qui équivaut pour le malade à la guérison. Dans quelques circonstances, l’ouverture du kyste dans les bronches aboutit à un processus curatif, mais avant que la guérison soit définitive, le malade peut rester pendant longtemps sous le coup des plus graves complications; d’abord, au moment même de la rupture du kyste, les hémoptysies, la vomique, le pyopneumothorax, et plus tard, les infections secondaires, l’hecticité, la tuberculose.
Traitement. — Le traitement médical n’a aucune
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
prise sur l’hydatide pulmonaire, il faut s’adresser au traitement chirurgical.
Certains auteurs ont conseillé l’expectation, mais cette thérapeutique expectante n’a guère donné de bons résultats, ainsi que le prouvent les statistiques suivantes1 Hearn, sur 128 cas d’hydatide pulmonaire abandonnés à leur évolution naturelle, compte 82 morts, soit une mortalité de 64 pour 100. Madelung, sur 19 cas non traités, compte 6 morts. Davies Thomas, sur 133 cas d’hydatides pulmonaires ouverts dans les bronches, compte 51 morts. De pareilles statistiques ne sont pas encourageantes, elles expliquent la nécessité de l’intervention chirurgicale.
La ponction aspiratrice simple, qui réussit si bien dans les kystes hydatiques du foie, est souvent insuffisante et fréquemment redoutable dans les kystes hydatiques du poumon. Mirallié a réuni 43 cas dans lesquels la ponction simple a été pratiquée; ils ont donné 11 guérisons, 22 morts et 10 résultats négatifs. La ponction est fréquemment suivie de mort subite ou de mort rapide; ainsi, sur les 22 cas de mort signalés ci-dessus, nous voyons qu’on peut les décomposer de la façon suivante : (Mirallié): Dans un cas, le malade meurt après une ponction blanche. Dans 10 cas, la mort est subite ou presque subite; elle survient en une minute (Acland, Philippe, etc.); en cinq minutes (Uolden); en sept minutes (Bristowe); en une demi-heure (Lansdale et Holden); en deux heures (Mackenzie, Hector); en neuf heures (Cornil et Gibier); en treize heures (Duffey). Dans presque tous ces cas, subitement ou rapidement mortels, l’accident se produit au milieu d’accès de toux formidables avec cyanose, asphyxie, refroidissement des extrémités et parfois rejet de sang et de liquide. La ponction est donc un procédé qu’il faut abandonner ; elle est même redoutable à titre de ponction exploratrice.
La pneumotomie est la méthode de choix, elle est abso-
t. Ces statistiques sont tirées de l’excellent article de Mirallié sur les kystes hydatiques du poumon. Gazette des hôpitaux, 1S93, p. 103.
MALADIES DU POUMON
lument indiquée; elle donne de si bons résultats qu’on peut chiffrer les guérisons à 90 pour 100*.