‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 132 sur 292 · SYPHILIS PULMONAIRE HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS PULMONAIRE HÉRÉDITAIRE

Description. — J’arrive à la grande question de l’hérédo-syphilis La syphilis héréditaire du poumon est précoce ou tardive.

Précoce, elle n’est plus à démontrer aujourd’hui. On la rencontre chez les mort-nés et chez les enfants qui ont vécu quelques mois : elle n’a guère qu’un intérêt anatomo-pathologique. Depaul avait déjà observé chez le fœtus syphilitique porteur d’altérations cutanées ou viscérales, cette lésion du poumon que Virchow devait étudier plus tard sous le nom de pneumonia alba. Cette pneumonie blanche, bien décrite encore par Parrot en 1877 et plus tard, en 1879, par M. Cornil chez les enfants morts au cinquième, sixième ou septième mois, caractérise la cachexie syphilitique du nouveau-né, au même titre que le foie silex de Gübler. Elle est bien nommée pneumonie blanche, car son tissu est blanc ou grisâtre. La lésion est tantôt disséminée, sous forme lobulaire, tantôt confluente, sous forme pseudo-lobaire. Les nodules hépatisés sont lisses, durs, denses, crient sous le scalpel et tombent au tond de l’eau. Les lésions histologiques peuvent se résumer en quelques mots : épaississement des parois des bronchioles et des alvéoles, lésions de pneumonie épithéliale et desquamative dans l’intérieur même des alvéoles dont les ’.ellules sont tombées en dégénérescence granulo-graisseuse.

MALADIES DU POUMON

Tardive, la syphilis héréditaire du poumon est moins bien connue, mais aussi beaucoup plus intéressante. Elle est moins fréquente que l’hérédo-syphilis du larynx, puisque en 1886, sur un total de deux cent douze cas relatifs à divers accidents de syphilis héréditaire tardive, M. Fournier, dans son livre sur la syphilis héréditaire tardive, n’avait pu réunir que cinq observations de phthisie hérédo-syphilitique. Elle peut apparaître quelques mois après la naissance, mais on l’observe le plus souvent vers la sixième ou septième année, jusqu’à la vingtième et peut-être même dans la quarantième année (un cas de Lancereaux). C'est donc le plus souvent un accident de la seconde entance, de la jeunesse et quelquefois même de l’âge mûr.

Je n’insiste pas sur les lésions scléro-gommeuses de la syphilis pulmonaire héréditaire tardive; elles sont calquées sur celles de la syphilis acquise. Je me bornerai à citer les observations prouvant que des lésions syphilitiques pulmonaires peuvent se développer chez les enfants issus de parents syphilitiques :

M. Fournier a rapporté l’histoire d’un enfant de sept ans qui, atteint de lésions hérédo-syphilitiques, mourut par hasard d’une maladie aiguë intercurrente. A l’autopsie il trouva trois petites gommes pulmonaires qui, pendant la vie, n’avaient donné lieu à aucun trouble morbide.

M. Lannelongue et M. Lancereaux ont observé chacun un cas analogue. La constatation de gommes pulmonaires faite par eux chez les hérédo-syphilitiques fut une surprise d’autopsie.

M. Fournier cite une observation du docteur Latty ayant trait à une fillette de huit ans manifestement hérédo-syphilitique et sœur de plusieurs enfants également infectés de syphilis héréditaire. Cette petite malade fut prise d une pneumopathie ayant tous les symptômes de la gangrène pulmonaire; elle éliminait ses produits gommeux par des crachats couleur lie de vin et d’une horrih'e fétidité. L’enfant guérit et l’évacuation de ses

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gommes fut suivie d’un retrait énorme de l’une des moitiés du thorax.

Dans une autre observation1, une fillette de huit ans et demi avait tous les signes d’une caverne pulmonaire localisée au sommet du poumon droit et présentait l’aspect d’une phthisique à la dernière période. On soupçonne la nature syphilitique de la pneumopathie en raison d’altérations caractéristiques de syphilis héréditaire inscrites sur les dents de cet enfant, et à cause d'une tumeur du sternum. On prescrit immédiatement les frictions mercurielles et l’iodure de potassium. L’amélioration fut si rapide qu’au bout d’un mois on ne trouvait plus au sommet droit qu’une respiration un peu soufflante, et au bout de deux mois l’enfant était complètement rétablie.

J’ai observé un fait analogue chez un enfant de douze ans avec mon ami Krishaber.

En face de faits aussi probants, il ne faut jamais craindre, chez l’enfant, de soupçonner la syphilis héréditaire des voies respiratoires (larynx, bronches, poumons); elle est fréquente, et on la méconnaît souvent parce qu’on n’y pense pas suffisamment. Pour moi, nombre de bébés ou d’enfants, que l’on dit lymphatiques ou scrofuleux, parce qu’ils ont des conjonctivites qui ne guérissent pas, des coryzas qui ne tarissent plus, des rhumes ou des laryngo-bronchites interminables, nombre de ces enfants sont des syphilitiques héréditaires. Si, chez ces petits malades, le sirop de raifort, le sirop iodotannique, le sirop d’iodure de fer font parfois merveille, c’est peutêtre grâce à l’iode, quoique en faible quantité, que contiennent ces préparations. Qu’on unisse, chez ces petits malades, la médication mercurielle à la médication iodurée, et l’on voit souvent disparaître avec rapidité la conjonctivite, le coryza, la laryngite, la bronchite. Si ces enfants, regardés comme lymphatiques à cinq ans, de-

1. Dubousquet-Laborderie et Gaucher. Revue de méd., 1SS4, p. 095.

MALADIES DU POUMON

viennent tuberculeux à quinze ans, qu’on ne dise pas que la scrofule a parcouru ses étapes pour aboutir à la tuberculose. Je pense que la filiation pathogénique est tout autre et que les lésions syphilitiques du jeune âge ont alors ouvert la porte au bacille de Koch.

Quand il s’agit d’hérédo-syphilis broncho-pulmonaire, on est mis sur la voie du diagnostic par les signes les plus habituels de la syphilis héréditaire, qui sont résumés dans les quelques lignes suivantes.

a. Malformations dentaires; dentelures, excavations cupuliformes, stries transversales des dents; petites dimensions des incisives. — b. Lésions oculaires; kératite interstitielle diffuse. — c. Lésions et troubles de l'ouïe, surdité. — d. Malformations du tibia, tuméfaction de l’épiphyse, inégalité, bosselures de la diaphyse, aplatissement de la crête de l’os (Fournier).

Conclusions. — L’époque d’apparition des pneumopathies syphilitiques est celle des accidents tertiaires viscéraux. La pleurésie syphilitique peut exister à titre d’accident secondaire ou tertiaire.

Variable dans son allure, la syphilis du poumon revêt l’aspect, soit de la broncho-pneumonie aiguë, ce qui est rare, soit de la gangrène pulmonaire, soit de la tuberculose chronique commune, soit de la broncho-pneumonie chronique avec ou sans pleurésie. Il n’est pas de lésion du poumon qu’elle ne puisse simuler.

Variable dans sa durée, son évolution peut être rapide et se faire en quelques semaines ; elle peut être lente et se faire en deux, trois, quatre et cinq ans.

11 y a pour le syphilitique pulmonaire deux façons de mourir : la cachexie ou la phthisie. Cachectique, il meurt sans fièvre avec de l’albuminurie et des œdèmes généralisés. Il tombe alors frappé par la syphilis et rien que par la syphilis qui a touché tous ses organes, en y déterminant soit des lésions spécifiques, soit la dégénérescence amyloïde. Phthisique, il s’éteint dans la consomption avec sueurs nocturnes, ongles hippocratiques et fièvre

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

hectique. Dans ce dernier cas, ce qui crée le danger pour le syphilitique pulmonaire, ce n’est pas sa lésion, ce sont les infections secondaires qui viennent se greffer sur cette lésion. Ces infections secondaires sont dues, tantôt à des micro-organismes, qui dans toute excavation pulmonaire se multiplient et sont une cause de fièvre, d’hecticité, de consomption, tantôt l’infection secondaire est due au bacille de la tuberculose; en pareil cas, le syphilitique est en même temps tuberculeux, il peut devenir doublement phthisique, du fait de sa syphilis et du lait de sa tuberculose.

Le diagnostic de la syphilis pulmonaire est parfois entouré des plus grandes difficultés, en raison de la pluralité de ses formes, en raison aussi de ce fait que pas un seul signe, par sa présence ou par son absence, ne permet d’affirmer la pneumopathie syphilitique. Chez un phthisique tuberculeux à la période des cavernes, on doit toujours trouver le bacille de Koch dans les crachats, mais tubercule et syphilome peuvent se développer simultanément dans le même poumon, et alors tout conspire pour égarer le diagnostic, les troubles fonctionnels, les signes physiques, et l’examen bactériologique.

Sans un hasard heureux, amenant le développement d’une gomme (testicule, peau, frontal, sternum), sans la présence de cicatrices caractéristiques, la nature de la pneumopathie passerait souvent inaperçue. Or, c’est un devoir d’aller au-devant de ce hasard. Malgré l’immense supériorité de fréquence de la phthisie tuberculeuse sur la phthisie syphilitique, on doit toujours scruter les antécédents personnels des malades, leurs antécédents héréditaires, et si l’on dépiste quelques stigmates de syphilis, on doit, sans hésiter un instant, instituer le traitement spécifique.

Les frictions mercurielles, à la dose de 4 à 6 grammes d’onguent napolitain par jour, l’iodure de potassium à la dose journalière de 6 à 12 grammes, forment la base du traitement. En cas d’intolérance, le traitement peut va-

MALADIES DE LA PLÈVRE

rier : on administre suivant le cas la liqueur de Yan Svvieten, le sirop de Gibert, on pratique des injections sous-cutanées de peptonate de mercure.

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