ENDOCARDITE CHRONIQUE
Étiologie. — L'endocardite chronique reconnaît les mêmes causes que l’endocardite aiguë, et le rhumatisme en réclame la plus large part; de plus, elle est parfois, chez l’alcoolique, chez le syphilitique, chez le goutteux, chez le vieillard, tributaire des altérations graisseuses, scléreuses, athéromateuses qui envahissent le système artériel. L’endocardite chronique fait souvent suite à une endocardite aiguë, d’autres fois elle est primitive et s’établit sournoisement. Sa marche est lente et insidieuse ; les lésions valvulaires se développent à l’insu du malade, et, pour ne parler que des rhumatisants, que de gens qui Vivent au milieu d une santé en apparence excellente, et qui n’éprouverit les premiers symptômes de l’endocardite valvulaire que
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
trois, quatre ans, dix ans après une attaque de rhumatisme articulaire aigu, depuis longtemps oubliée!
Anatomie pathologique. — Les végétations de l’endocarde, molles et friables dans l’endocardite aiguë, sont ici dures, fibreuses et sclérosées, et les vaisseaux si nombreux, à l’éLat aigu, dans tout le territoire tuméfié de la valvule mitrale, disparaissent à mesure que l’endocardite devient chronique. Le travail phlegmasique, commencé dans la couche à cellules aplaties, gagne la couche sousjacente, riche en tissu conjonctif, et aboutit à un tissu de sclérose. On trouve dans ce tissu fibreux, à l’état d’ébauche, des îlots en transformation graisseuse, des foyers athéromateux et des incrustations calcaires, lésions qui présentent avec l’endartérite déformante une grande analogie. Cette transformation de l’endocarde et la propriété rétraclile du tissu sclérosé expliquent les altérations des valvules et des orifices du cœur.
Toutes les parties qui constituent ces orifices sont envahies. Les cordages tendineux des valvules aitriculoventriculaires sont raccourcis et indurés; h zone fibreuse qui entoure les orifices est hypertrophiée et sclérosée, les piliers musculaires sont également atteints par le processus scléreux; ils sont parfois épaissis et raccourcis, les valvules ont tantôt un volume trois et quatre fois plus considérable, tantôt elles sont atrophiées ou adhérentes; leurs bords sont soudés, déchiquetés, épaissis, couverts de bourgeonnements ; les végétations siègent surtout à la face auriculaire des valvules auriculo-ventriculaires, et à la face ventriculaire des valvules sigmoïdes. Ces diverses lésions, dans lesquelles les adhérences, la sclérose, l’athérome et les calcifications sont combinés, finissent par déterminer une déformation des orifices et une gène dans le fonctionnement des valvules. Telle est l’origine la plus ordinaire des insuffisances des valvules et des rétrécissements des orifices.
Sous l’influence du travail plus actif qui lui est imposé, la fibre musculaire des ventricules et des oreillettes
MALADIES DE L'ENDOCARDE.
s’hypertrophie, et le cœur peut aussi lutter efficacement contre les lésions d’orifice, mais vient un moment, où la fibre musculaire est également envahie par le processus morbide, les piliers charnus et les ventricules sont envahis par le tissu de sclérose, et leurs vaisseaux sont atteints d’endartérite, ce qui est une cause de dénutrition. Le muscle cardiaque transformé et dégénéré ne lutte plus alors avec la même efficacité.
Dans certains cas (vieillesse, alcoolisme1 2), les lésions de l’endocardite chronique n’ont pas pour point de départ un processus phlegmastique; elles débutent par un travail de régression, qui entraîne à son tour un travail inflammatoire; 1 ’alhérome joue le rôle principal; la dégénérescence athéromateuseparaît être ici, comme dans certaines endartérites, la lésion primitive etdominante (Corail et Ranvier).
Les symptômes de l’endocardite chronique se confondent avec l’histoire des lésions valvulaires du cœur qui vont être étudiées dans les chapitres suivants.