Malvoz. Endoc. tricusp. (Revue de nièd., mai
MALADIES DES VAISSEAUX
Sont distendues par la sérosité ; il est douloureux à cause de la compression des expansions nerveuses. Cet œdème ne ressemble donc pas à l’œdème des cachexies ou à l'œdème des maladies du cœur et du rein. Dans quelques cas, cependant, l’œdème est relégué au second plan; il peut être insignifiant, fugace, et faciliter par son absence une erreur de diagnostic. Parfois il n’apparaît que plusieurs jours et même plusieurs semaines après la douleur.* enfin, chez quelques malades, il est presque le seul symptôme révélateur de la lésion. L’œdème débute souvent par le pied et la jambe pour remonter ensuite à la cuisse; cependant, dans la phlegmatia puerpérale on voit souvent l’œdème apparaître d’abord à la racine du membre et se propager de haut en bas.
L’évolution de la phlegmatia a une durée variable; il y a des formes atténuées, et je viens d’en observer un cas chez une tuberculeuse, qui peuvent ne durer que douze à quinze jours; habituellement il faut compter quatre ou cinq semaines. Les individus qui ont eu une phlegmatia se ressentent longtemps de leur maladie; pendant des mois et des années la marche les fatigue, et un exercice un peu violent fait reparaître l’œdème. Le tissu cellulaire et la peau sont souvent le siège d’induration indéfinie.
La thrombose veineuse, par elle-même, est bien rarement une cause de gangrène, mais ce qui est plus fréquent, c’est la gangrène survenant dans le cours d’une phlegmatia, parce que l’inflammation s’est propagée de la veine à une artère (artérite de voisinage).
Dans quelques circonstances, heureusement assez rares, le caillot veineux est fragmenté et entraîné par le courant sanguin, le thrombus devient embolie, et l’embolie va échouer au cœur droit, ou traverse le cœur droit pour arriver au poumon. Des accidents terribles en sont la conséquence : Y embolie cardiaque peut provoquer une syncope mortelle; Y embolie pulmonaire* , suivant sou
1. Trousseau. Clin, de V Hôtel-Dieu, t. III, p. 675. — Bail, et Charcot.
volume, produit une asphyxie rapidement mortelle, des accès de dyspnée, une gangrène pulmonaire, des infarctus mécaniques ou septiques du poumon*. Ces accidents,' que j’ai décrits à l’article Embolie pulmonaire, disent assez quelle peut être la gravité du pronostic.
Il y a un grand intérêt à savoir à quelle époque l’embolie n’est plus à redouter. On admet avec raison que l’accident en question n’est plus à craindre six semaines après l’apparition de la phlébite; néanmoins, il faut compter avec les exceptions, témoin le cas cité par Trousseau, où une embolie mortelle survint trois mois après le début de la phlébite.
Le diagnostic de la phlegmatia alba dolens est généralement facile, toutefois il ne" faut pas oublier que les principaux symptômes, la douleur et l’œdème, peuvent faire défaut. On a cité des observations, et elles ne sont pas rares, où la maladie avait évolué d’une façon presque latente, et les malades n’en ont pas moins succombé aux accidents rapides de l’embolie pulmonaire9. D’autre part, la phlegmatia peut, à son tour, devenir un élément précieux de diagnostic. Quand un cancer profondément caché ne se traduit encore que par des symptômes douteux, quand on hésite, par exemple, entre un ulcère et un cancer de l’estomac, l’apparition de la phlegmatia lève les doutes et permet d’affirmer l’existence du cancer. Cette valeur séméiologique de la phlegmatia, que Trousseau avait si bien mise en lumière, il devait se l’appliquer à lui-même, car c’est à l’apparition d’un œdème douloureux de la jambe qu’il affirma l’existence du cancer stomacal dont il devait mourir quelques mois plus tard.
Le traitement se réduit à peu de chose. Chez un malade atteint de phlegmatia, il faut éviter avec soin les
Mort subite par obstr. de l’art, pulm. dans la phlegm. alba dolens.— liait. Einbol.pulm. Th. d’agrég., 1862.