Arch. de médecine expér., mai
MALADIES DE L’APPAREIL CIRCULATOIRE
tandis que d'autres points sont déprimés en cupules et rappellent par leur aspect celui des pustules de variole (voir Aortite), la face externe présente à sa surface un lacis serré de vaisseaux capillaires remplis de sang. b. Sur les artères moyennes et petites, les lésions ne sont pas visibles à l’œil nu, mais au microscope elles sont identiques aux lésions des grosses artères enflammées. Elles consistent en une augmentation d’épaisseur de la tunique interne ( endartérite ) qui fait saillie dans l’intérieur de la lumière du vaisseau, tantôt sur un seul point (artérite pariétale, Barié), tantôt sur toute la circonférence du vaisseau. Lorsque l’artère n’est malade que sur un côté, il est rare que le bourgeon inflammatoire fasse une saillie suffisante pour oblitérer le calibre de l’artère; celui-ci est simplement rétréci; si au contraire l’artérite est circonférentielle, la lumière du vaisseau disparait rapidement (artérite oblitérante) et la circulation se trouve interrompue dans tout le territoire arrosé par cette artère, à moins que la circulation collatérale ne vienne suppléer à l’insuffisance de celle-ci. L’épaississement de la tunique interne tient à la multiplication des éléments anatomiques qui la constituent et à l’infiltration de leucocytes entre ces éléments de nouvelle formation.
L’endartérite peut exister seule, mais ordinairement il s’y joint un certain degré de périartérite. Dans ce cas la tunique externe est épaissie et refoule les éléments anatomiques qui étaient en contact avec elle. Ici encore l’inflammation est constituée par l’apparition de cellules embryonnaires entre les faisceaux conjonctifs et élastiques de la tunique externe. Tous ces éléments ont une grande tendance à subir la transformation fibreuse.
Symptômes. — Les symptômes qui caractérisent les artérites des maladies aiguës sont fort variables suivant le calibre du vaisseau et suivant les organes auxquels il se distribue : 1° si l’aorte est malade (syphilis, variole, état puerpéral, malaria), les symptômes graves de l’aorlite
MALADIES DES VAISSEAUX
aigué ou subaiguë apparaîtront au grand complet; 2° si l’artère est de calibre moyen, comme l’artère d’un membre par exemple (fièvre typhoïde), le malade éprouve une douleur extrêmement vive le long de l’artère ou à l’extrémité du membre, douleur exaspérée par la pression et par le mouvement. En même temps le pouls diminue ou disparaît complètement, le membre se refroidit, se cyanose et devient insensible. Le long du trajet de l’artère on perçoit un cordon dur, roulant sous le doigt. Si l’oblitération est complète, si la circulation collatérale ne se rétablit pas, des phlyctènes se forment, des plaques livides apparaissent, le membre est frappé de gangrène sèche, quelquefois cependant de gangrène humide. Toutefois, les accidents n’acquièrent pas toujours cette intensité, le pouls redevient peu à peu perceptible, le cordon dur qu’on percevait sur le trajet de l’artère disparait, la cyanose n’existe plus que sous forme de plaques violacées. Sous l’influence de la marche survient un œdème qui peut persister plusieurs années; mais la gangrène est évitée, et la guérison, bien que lente, est la terminaison habituelle. Dans quelques cas le processus de l’artérite est très rapide, très aigu, ainsi qu’on le verra dans la description détaillée de l’artérite typhoïde, à l’article Fièvre typhoïde.
Si l’artérite atteint une artère cérébrale (fièvre typhoïde, syphilis '), les troubles dépendent des fonctions du territoire arrosé par l’artère malade; mais comme les artères de la zone motrice sont le plus souvent atteintes, les symptômes qui caractérisent ces artérites cérébrales sont presque toujours des plus graves : hémiplégie, aphasie, contracture, etc. Assez souvent cependant, au cas d’artérite syphilitique, ces troubles s’atténuent et même disparaissent sous l’influence du traitement antisyphilitique, l’artère recouvre sa perméabilité, ainsique Leudet*
1. Baroux. Arlérite syph. aiguë. Thèse de Paris, 1884. — • Mauriac, Arttriopathies syphilitiques ( Arch . (le méd ., mai, juin 1889).