ACCIDENTS TERTIAIRES
Anatomie pathologique. — A la trachée et aux grosse; bronches, comme ailleurs, le syphilome est circonscrit ou diffus. La néoplasie syphilitique s’infiltre soit dans l’épaisseur de la muqueuse, soit au-dessous; elle ne limite pas son action aux tissus mous, elle envahit les cartilages, le tissu fibreux, le tissu musculaire. La gomme peut avoir des dimensions relativement volumineuses, les épaississements en nappe sont plus ou moins étendus.
L’avenir de toutes ces néoplasies tertiaires, c’est habituellement l’ulcération circonscrite au cas de gomme, ulcération serpigineuse, à tendance phagédénique au cas de syphilome diffus.
L’ulcération syphilitique occupe un segment de la trachée ou toute sa circonférence; parfois le phagédénisme est perforant, il attaque le périchondre, les cartilages; il perfore la trachée, ou il la laboure du haut en bas.
Dans quelques cas, il y a périchondrite et chondrite primitives, les parois de la trachée s’indurent et se transforment en un tube déformé, rigide et rétréci.
La trachéoslénose et la bronchosténose sont le résultat de ces lésions tertiaires; le rétrécissement de la trachée et des bronches peut se faire lentement ou rapidement. Les gommes, les ulcérations gommeuses, l’oedème qui en est la conséquence, diminuent le calibre des canaux trachéobronchiques, le tissu scléro-fibreux sous toutes ses formes, brides longitudinales, obliques, transversales, annulaires, est l'origine des rétrécissements les plus terribles. Sous l’influence des cicatrices scléreuses, la trachée et les bronches subissent deux ordres de déformations, elles diminuent de longueur et de largeur.
Le diamètre de la trachée, qui, à l’état normal, est environ de deux centimètres chez l’homme, est réduit au
MALADIES DES BRONCHES
tiers, au quart de ses dimensions. Le rétrécissement trachéo-bronchique est rarement circulaire comme un diaphragme, il prend la forme d’un conduit irrégulier, anfractueux, à étages superposés. La longueur de la trachée diminue suivant le nombre d’anneaux détruits, la solidité de sa charpente est compromise par la substitution d’un tissu fibreux au tissu cartilagineux, il en résulte, au moment des inspirations, un aplatissement qui est une des causes d’asphyxie.
Le syphilome trachéo-bronchique est presque toujours accompagné ou précédé de syphilose pharyngée ou laryngée; sur 65 cas réunis par M. Mauriac, 6 Ibis seulement l’intégrité du pharynx ou du larynx est signalée. C’est le quart inférieur de la trachée, avec ou sans participation d'une bronche ou des deux bronches, qui est le siège le plus fréquent du syphilome.
Les ganglions trachéo-bronchiaues sont presque toujours tuméfiés.
Description. — Les symptômes du début, toux et légère oppression, font d abord penser à une simple bronchite, mais bientôt apparaissent d’autres symptômes: toux opiniâtre, quinteuse, coqueluchoïde; sensation de corps étranger; constriction, étranglement à la région trachéale; douleur derrière le sternum, respiration bruyante, cornage trachéal, dyspnée continue et paroxystique : tels sont les symptômes du rétrécissement de la trachee. La respiration est souvent calme quand le malade est au repos, mais, sous l’influence des mouvements, éclaté une violente dyspnée ; des accès d’oppression due <» des spasmes reflexes de la glotte surviennent la nuit ou e jour et jettent la malade dans une angoisse inexprimable.
Ces accès d'oppression sont un des caractères les “î11 1 anls. d? ,a syPhilis trachéale (Mauriac). J’ai mip 3 VOn!e de cetle assertion chez un malade Poyet S°lgne 1 y 3 quelques années avec Ie docteur
MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE
L’expectoration est spumeuse, mais parfois le malade rend des matières gommeuses, sanguinolentes, purulentes, et même des fragments de cartilage. Le larynx qui, à l’état normal, s’élève pendant la déglutition, est souvent immobilisé, dans le cas de syphilose trachéale, par des cicatrices trachéo-laryngées. L’examen au laryngoscope permet quelquefois de constater la lésion trachéale jusqu’à la bifurcation des bronches.
Quand la guérison n’est pas obtenue, ou quand le traitement n’a pas été institué à temps, l’asphyxie lente, la syncope, la mort subite, la perforation de l’œsophage, la perforation des vaisseaux, la perforation du médiastin avec abcès consécutifs, la broncho-pneumonie, la gangrène pulmonaire, sont les terminaisons possibles. C’est dire qu’il ne faut confondre le syphilome laryngo-bronchique ni avec la Irachéo-bronchite vulgaire, ni avec l’asthme, ni avec l’adénopathie trachéo-bronchique, sous peine, faute de traitement énergique et rapide, de voir succomber les malades.
La douleur rétro-sternale, la sensation d’étranglement derrière le sternum, le cornage trachéal, l’immobilité ou l’abaissement du larynx pendant la déglutition, la conservation de la voix, tous ces signes, joints aux troubles dyspnéiques que j’ai décrits, permettent d’affirmer que c’est la trachée qui est intéressée et que son calibre est rétréci.
Plusieurs laryngopathies ainsi que la paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs peuvent donner lieu à des troubles dyspnéiques identiques, mais alors, le cornage est laryngé, la voix est généralement altérée et le laryngoscope lève tous les doutes.
La trachée peut être comprimée par un anévrysme de l'aorte, auquel cas on retrouve les signes de l'anévrysme.
La trachée est parfois déprimée par des tumeurs du médiastin, mais il est rare qu’il n’y ait pas en même temps d’autres symptômes, tels que la dysphagie, l’œdème de la
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face et du cou, la déformation de la région sterno-claviculaire, une matité en rapport avec l’étendue de la tumeur et de la tuméfaction des ganglions sus-claviculaires témoins de la lésion.
La lésion syphilitique de la trachée étant reconnue ou même soupçonnée, le malade doit être énergiquement traité par les frictions mercurielles et par l’iodure de potassium à haute dose. Il faut mettre à ce traitement toute la persévérance voulue, et ne pas oublier que ce n’est parfois, qu’après dix à douze jours d’une cure intense, que l'amélioration commence à se dessiner.