‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 59 sur 292 · ASTHME D’ÉTÉ. — FIÈVRE DE FOIN · texte numérisé non relu

ASTHME D’ÉTÉ. — FIÈVRE DE FOIN

La maladie que je vais décrire n’est pas sans analogie avec l’asthme vrai qui a fait le sujet du chapitre précédent Cette maladie a été nommée fièvre de foin, hay-fever, asthme d’été, rhino-bronchite spasmodique.

La dénomination de fièvre de foin n’est pas bonne, car la fièvre fait habituellement défaut et d’autre part la maladie se déclare en l’absence des foins. La dénomination d’asthme d’été est préférable, mais comme la maladie se développe également en automne, il vaudrait mieux l’appeler asthme annuel.

Cette maladie, plus commune chez la race anglosaxonne, a été bien étudiée chez nous par M. Guéneau de Mussy1. Ce n’est pas une maladie rare, j’ai eu l’occasion d’en observer un assez grand nombre de cas.

Description. — L’asthme annuel revêt deux formes principales : l’une est dite oculo-nasale, l’autre est dite oculo-naso-thoracique.

C’est en général vers le 15 ou 20 mai, presque à date fixe, que la maladie s’annonce. Un individu, dont l’appareil respiratoire n’est pas susceptible en d’autres saisons, est pris d’une sorte de « rhume de cerveau » avec éternuements, enchifrènement et céphalalgie sus-orbitaire. C’est à croire d’abord qu’il n’a qu’un coryza.

1. Herbert. Thèse de Paris, 1872. — Guéneau de Mussy. Clin, médic., t. I, p. 519. — Leflaire. Gaz. des hôpitaux, mars 18S8.

Mais voilà que les yeux deviennent le siège de picotements, de démangeaisons insupportables, localisées surtout au grand angle de l’œil; alors le malade frotte les paupières avec rage, les yeux deviennent rouges, tuméfiés, énormes, bouffis, larmoyants, la conjonctive s’œdématie, les larmes sont si abondantes qu’elles gênent la vision et s’écoulent sur les joues, la photophobie est intense, on fuit la clarté du jour, on recherche l’obscurité. Ces troubles disparaissent en général ou s’amendent vers le soir et avec la nuit.

Le nez est le siège des symptômes suivants : prurit insupportable, intolérable; éternuements qui se répètent coup sur coup, 10, 20, 30 fois de suite, avec une impérieuse violence ; liquide nasal séreux, limpide, abondant, s’écoulant « comme une fontaine ».

Ces symptômes nasaux, comme les symptômes oculaires, sont rappelés ou aggravés par l’éclat de la lumière solaire et par la chaleur; ils se modèrent sous l’inlluence de l’obscurité et de la fraîcheur.

Telle est la forme oculo-nasale de la maladie ; elle persiste pendant des semaines avec quelques alternatives d’amélioration ou d’aggravation, puis les symptômes diminuent d’intensité et la guérison est complète jusqu’à l’année suivante.

Dans l’autre variété, dite oculo-naso-thoracique, on constate les symptômes que je viens de décrire, mais à ces symptômes s’ajoute une dyspnée à forme asthmatique. L’oppression débute une quinzaine de jours environ après les symptômes des yeux et du nez; elle augmente graduellement d’intensité, elle s’accentue sous forme d’accès, elle se double d’un élément catarrhal, le malade tousse et rend des crachats de bronchite, puis l'amélioration survient, et en six semaines la guérison est complète jusqu’à l’année suivante. Tel est l’asthme d’été.

En dehors de leur accès annuel les malades n’ont pas généralement d’autres accès; aussi le pronostic est-il bénin, car cette variété d’asthme ne laisse après elle

MALADIES DES BRONCHES

aucun reliquat, ni bronchite chronique, ni dilatation cardiaque.

L’asthme annuel me parait devoir être rattaché à la famille de l’asthme vrai; il fait partie de la diathèse goutteuse, arthritique, il est souvent héréditaire. Cette manifestation arthritique peut se répéter tous les ans pendant un grand nombre d’années.

Les différents traitements employés ont beaucoup moins d’efficacité que dans l’asthme vrai. L’ombre et la fraîcheur constituent d’excellents moyens hygiéniques.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

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