CHAPITRE IV
MALADIES DD POUMON
g 1. APERÇU GÉNÉRAL DE L’ANATOMIE DU POUMON.
Avant de décrire les lésions si nombreuses du poumon, il est essentiel de rappeler en quelques mots la structure normale de cet organe.
Le poumon est formé par la réunion d’un grand nombre de lobules de forme polyédrique, serrés les uns contre les autres, et séparés par du tissu conjonctif. Ces lobules sont facilement appréciables chez l’enfant nouveau-né, parce qu’à cet âge la gangue de tissu conjonctif qui les entoure est fort épaisse ; plus tard la délimitation est moins apparente, parce que l’enveloppe conjonctive perd son épaisseur; néanmoins la délimitation des lobules est facile à voir à la surface de l’organe, où les gaines conjonctives infiltrées de substance noire forment une sorte de mosaïque.
Le lobule pulmonaire (lobule primitif) représente la structure du poumon tout entier ; c’est une petite masse spongieuse, polyédrique ou conique, ayant environ un centimètre cube, et reliée au reste de l’organe par un court pédicule. Ce court pédicule est formé d’une bronchiole née à angle droit d’une grosse ramification bronchique, d’une artériole pulmonaire, d’une veine pulmonaire, de lymphatiques et de nerfs, le tout entouré d’une gaine de tissu conjonctif. Mais, tandis que la bronche et l’artère pulmonaire pénètrent à l’intérieur du lobule, en un point qu’on pourrait nommer le hile du lobule, la veine pulmonaire vase ramifier à la périphérie du lobule, en suivant la gaine conjonctive périlobulaire*.
1. Voyez les figures annexées à la thèse de M. Joffroy, Des différences formes de la broncho-pneumonie. Thèse d’agrégation. Paris, 1SS0.
MALADIES DU POUMON
D’après cette disposition, une section transversale du lobule pulmonaire présente deux régions de tissu conjonctif, une région centrale, c’est l’espace conjonctif intra-lobulaire englobant la bronche et l’artère pulmonaire, et une région périphérique, c’est l’espace conjonctif péri-lobulaire englobant la veine pulmonaire (Charcot).
En pénétrant dans le lobule, la bronche prend le nom de bronche intra-lobulaire, elle est abandonnée par les veines pulmonaires, mais elle est accompagnée par l’artère pulmonaire, qui la suit jusque dans ses ramifications extrêmes. La bronche intra-lobulaire traverse le lobule en conservant son diamètre (un millimètre) ; elle en forme l’axe, elle fournit dans son trajet des bronchioles qui naissent suivant le type alterne, et elle finit par se diviser dichotomiquement. Chacune des bronchioles nées sur le trajet ou à la terminaison de la bronche intra-lobulaire se divise elle-même, et la dernière subdivision se rend à un acinus et prend le nom de bronche acineuse. Qu’estce donc que l’acinus?
Le lobule pulmonaire est constitué par la réunion d’une quantité /d’acini, et chaque acinus, ayant 2 à 3 millimètres dans tous les sens, forme avec sa bronche acineuse un petit système dont voici la disposition :
En abordant l’acinus, la bronche acineuse, après un court trajet, s’évase en forme d’entonnoir et forme une sorte de carrefour ou vestibule d’où partent trois, quatre ou cinq conduits alvéolaires (canalicule respirateur), qui s’évasent eux-mêmes sous forme d 'infundibula, Yinfundii bulurn pouvant être considéré comme la partie terminale | et renflée du conduit alvéolaire. Toutes ces parties, excepté la bronche acineuse, conduits et infundibula, sont tapisi sées par les alvéoles.
Les alvéoles sont des cellules aériennes où se passe le phénomène de l’hématose, elles ressemblent à des godets I creusés dans les parois1, et, quand on pratique une coupe
1. Frey. Traité d'histologie, p. 513. L’embouchure de l’alvéole dans j unfundibulum est plus étroite que le fond de l’alvéole.
DIEULAfOÏ, VATilOL. T. I, J 3
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
de l’acinus préalablement desséché et préparé, les alvéoles apparaissent comme autant de cavités ovalaires ou arrondies séparées par des cloisons, à la façon d’une ruche d’abeilles. Les cloisonsinter-alvéolaires font partie du squelette de l’acinus; elles sont formées comme lui d’une membrane de tissu conjonctif et de fibres élastiques. Ce squelette fibro-élastique permet l’extensibilité et la rétractililé des alvéoles, il supporte le réseau capillaire et « donne implantation à l 'épithélium pulmonaire pavirnenleux » (Ranvier).
Le réseau capillaire du lobule vient de l’artère pulmonaire, il fait saillie à l’intérieur des alvéoles quand ceuxci ne sont pas trop dilatés.
Des vaisseaux lymphatiques existent partout : ils entourent les alvéoles, les infundibula, les acini et les lobules (Gr an cher1).
Chaque maladie du poumon transforme à sa manière l’infundibulum, l’acinus, et le lobule primitif. Dans la pneumonie lobaire, fibrineuse, le lobule est rempli par un exsudât très riche en fibrine, et la saillie des acini à la surface de section explique l’aspect granuleux de l’hépatisation rouge ; dans la pneumonie lobulaire disséminée ou confluente (pseudo-lobaire), l’inflammation procède par lobules, la bronche lobulaire est primitivement envahie; autour de la bronche est le nodule inflammatoire péribronchique ou zone d’hépatisation, et plus en dehors est la zone de splénisation ; l’exsudât est pauvre en fibrine (pneumonie planiforme) et riche en globules purulents. Dans l’emphysème, le lobule est distendu au maximum, et les cloisons alvéolaires sont souvent atrophiées et même perforées. Dans la sclérose pulmonaire, le tissu conjonctif interstitiel, dense et fibreux, étouffe en partie les alvéoles et les acini. Dans certaines pneumonies professionnelles (mineurs, fondeurs), les parois de l’alvéole, le tissu conjonctif et les lymphatiques se chargent de particules colorantes (anthracosis). Dans la tuberculose, les parois de 1. Arch. de phys., 1978, p. 1.
MALADIES DD POUMON
l’alvéole, les parois des petits vaisseaux et des ramificaîions bronchiques concourent à la formation des granulations tuberculeuses.