‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 88 sur 292 · DE L'EMPHYSÈME PULMONAIRE · texte numérisé non relu

DE L'EMPHYSÈME PULMONAIRE

Définition. — On donne le nom d 'emphysème à la dilatation exagérée du tissu pulmonaire par l’air. Limité à l’ectasie des alvéoles ou des lobules, l’emphysème est dit alvéolaire ou intralobulaire : mais lorsque le lobule pulmonaire vient à se rompre, l’air envahit le tissu interstitiel du poumon, l’emphysème est interlobulaire.

Anatomie pathologique et mécanisme. — A l’ouverture du thorax, les poumons emphysémateux apparaissent distendus et comme à l’étroit dans la poitrine , ils ont peu de tendance à s’affaisser; les parties emphysémateuses sont d’un blanc grisâtre, elles crépitent peu et donnent au toucher la sensation du duvet (Laënnec). L’emphysème siège de préférence aux sommets et aux bords antérieurs des poumons ; ceux-ci présentent à leur surface des saillies globuleuses de dimensions différentes, dues aux ectasies emphysémateuses des infundibula. Les vaisseaux de ces parties sont la plupart oblitérés, et la circulation y est amoindrie, tandis qu’elle est exagérée 'dans les parties voisines, qui deviennent le siège de congestion œdémateuse.

Quand on examine au microscope des sections d’un poumon emphysémateux, préalablement insufflé et desséché, on voit que les parois alvéolaires sont souvent atrophiées et. perforées. L’atrophie des cloisons et de leur tissu il élastique permet la dilatation des alvéoles et des lobules.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

La dilatation est d’abord limitée à quelques alvéoles ou à un infundibulum ; puis, la lésion faisant des progrès, les infundibula communiquent entre eux, et les dilatations emphysémateuses, d’abord grosses comme des grains de millet, finissent par dépasser le volume d’une noisette, c’est ainsi que chez certains vieillards le sommet des poumons est transformé en un tissu lacunaire dans lequel l’air circule librement. Comment s’effectue la perforation des cloisons et la communication des infundibula? « Sous une influence encore inconnue1 », les cloisons amincies se transforment; elles présentent à leur intérieur et à leur surface des amas ovoïdes de granulations graisseuses qui proviennent de l’épithélium pavimenteux alvéolaire ou peut-être des vaisseaux capillaires, et il est probable que cette dégénérescence granuleuse entre pour une large part dans les perforations de la paroi des alvéoles

Le mécanisme d’après lequel se produit l'emphysème a été diversement interprété ; on admet deux ordres de causes, les unes mécaniques, les autres trophiques. Les brusques efforts d’ expiration'1 , les quintes de la coqueluche, la toux du croup et de la broncho-pneumonie, dilatent à l’excès les alvéoles pulmonaires et produisent un emphysème aigu : il n’est donc pas étonnant que les mêmes causes, souvent répétées (asthme3, bronchite chronique), arrivent à créer un emphysème, par cause mécanique. Dans d’autres circonstances, chez les vieillards, par exemple, les lésions de nutrition du lobule pulmonaire, l’atrophie et la perforation des alvéoles concordent si bien avec la marche envahissante de l’emphysème, que

V Cornil et Ranvier, loco citato, t. II, p. 93.

a. Cette théorie est due à Mendelssohn; au moment des saccades expiratoires l’air est refoulé vers le sommet et vers le bord antérieur des poumons, moins maintenus que les autres parties du poumon par la paroi thoracique; et si au même instant la glotte est fermée, comme on l’observe dans l’expiration avec effort, il en résulte que les parties en question sont violemment distendues par 5'nir expiré; et ces distensions répétées provoquent l’emphysème.

3. G. Sée. Art. Asthme, A ’ouv. Dict. ci e méd. et de chir., t. -U.

MALADIES DU POUMON

ces lésions semblent en être sinon la cause unique, du moins la cause principale.

11 est donc difficile de savoir exactement quelle part revient à l'acte mécanique et à l’acte trophique dans la détermination de l’emphysème. Dans bon nombre de cas, ce double processus parait exister ; peut-être même est-il favorisé par une tendance spéciale du tissu pulmonaire (hérédité).

La rupture des vésicules emphysémateuses constitue de graves complications; si la perforation atteint la cavité pleurale, un pneumothorax en est la conséquence; si la rupture se fait sous le feuillet viscéral de la plèvre ou dans le tissu interstitiel du poumon (emphysème interlobulaire), l’air chemine à travers le tissu conjonctif, il gagne le médiastin et il envahit le tissu cellulaire souscutané du cou, du thorax et des autres régions.

Symptômes. — La configuration du thorax chez les emphysémateux offre un aspect particulier : la poitrine est globuleuse et bombée dans les régions claviculaires, et quand l’emphysème est très étendu, les espaces intercostaux paraissent dilatés et la poitrine est élargie à sa base. Dans les régions envahies par l’emphysème, la percussion fait entendre un son plus clair, plus éclatant qu’à l’état sain. Cette sonorité peut même empiéter suides régions habituellement mates, ainsi la matité du cœur est remplacée par une sonorité exagérée. A l’auscultation on constate dans les régions emphysémateuses une diminution notable du murmure vésiculaire, la respiration prend un timbre rude, l’inspiration est humée et l’expiration est prolongée. L’oblitération de vaisseaux dans les parties emphysémateuses provoque une stase sanguine qui peut s’étendre jusqu’au ventricule droit; la dilatation du ventricule et l’insuffisance tricuspide en sont quelquefois la conséquence, et des troubles de circulation cardio-pulmonaire viennent augmenter la gène de la respiration. L’emphysémateux a bien des raisons pour mal respirer; la raréfaction du tissu pulmonaire, l’abais-

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

sement du diaphragme par ampliation exagérée des poumons, l’insuffisance de l’expiration, et la diminution du champ de l’hématose *, diminuent la capacité respiratoire de 50 pour 100 et même au delà, fait démontré par la spirométrie.

Outre la dyspnée continue qui est le fait de l’emphysème, il faut noter encore des accès de suffocation . qui surviennent fréquemment chez les emphysémateux et qui sont dus aux différentes maladies, asthme, conges tion pulmonaire, lésions mitrales, qui sont si souvent as sociées à l’emphysème (Woillez) a. Ces différents types de dyspnée existent aussi lorsque l’emphysème est associé à la tuberculose1 2 3.

Le diagnostic de l'emphysème est facile, mais il ne faut pas oublier que les lésions emphysémateuses, au lieu de constituer toute la maladie, ne sont souvent qu'un épisode dans le cours d’une autre maladie (asthme, tuberculose, bronchite chronique) dont il faut aussi faire le diagnostic.

Traitement. — Les indications thérapeutiques s’adressent surtout aux maladies qui ont provoqué l’emphysème; quant aux lésions emphysémateuses elles-mêmes, on a peu de prise sur elles ; les inhalations d’oxygène, les bains d’air comprimé sont cependant généralement conseillés. ,

g 11. DELA TUBERCULOSE EN GÉNÉRAL. — BACILLE.

TOXINES. — TUBERCULOSES LOCALES.

Nature de la tuberculose. — Par ses immortels travaux sur la phthisie pulmonaire, Laënnec avait légué au monde médical une étude si approfondie de cette maladie, il avait frappé si juste en décrivant ses lésions, ses formes, et en proclamant leur unité; il avait si merveilleusement inventé et décrit les signes qui nous sont ré-

Page 1