‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 89 sur 292 · E. Hirlz. Empli, chez les lub. Th. Paris · texte numérisé non relu

E. Hirlz. Empli, chez les lub. Th. Paris

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vélés par l’auscultation, que nous n’avons qu’à nous incliner devant l’œuvre impérissable de cet homme de génie.

Mais une grande question restait à résoudre, c’est la nature de la tuberculose. Cette question si diversement interprétée, à différentes époques, par des observateurs éminents, avait mis aux prises, dans une diatribe restée célèbre, Broussais et Laënnec. La phthisie pulmonaire n’est-elle autre chose qu’un produit d’inflammation? le tubercule n’est-il qu’un nodule inflammatoire, un reliquat de catarrhe ou de pneumonie chronique (Broussais)? ou bien n’est-il pas une production étrangère à l’organisme ayant une vie spéciale (Laënnec), un parasite en un mot? On aurait disserté longtemps encore sur ce sujet, sans la grande découverte qui allait révolutionner l’histoire de la tuberculose.

Le 5 décembre 1865, Villemin fit à l’Académie de médecine une communication qui renversa toutes les idées préalablement émises sur la nature de la tuberculose. Par des expériences nombreuses et bien conduites,!. Villemin démontra que la tuberculose est une maladie virulente, infectieuse et inoculable :

« Faites une plaie sous-cutanée derrière les oreilles d’un lapin; introduisez dans cette plaie des fragments de tubercule, de pneumonie caséeuse, ou des crachats d’un phthisique; sacrifiez l’animal quelques semaines après, et vous trouverez des granulations ou des masses tuberculeuses sous la plèvre, dans le poumon et dans d’autres organes. »

En conséquence, la tuberculose « est une affection qui se développe et se propage dans les conditions communes aux maladies zymotiques; elle a les analogies les plus grandes avec la syphilis, et surtout avec la morve-farcin » (Villemin).

Ces idées nouvelles rencontrèrent bien des incrédules, heurtèrent bien des convictions, et les adversaires de l’inoculabilité répondirent :

Les lésions développées par l’inoculation ne sont pas

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du vrai tubercule ; c’est du pseudo-tubercule, qu’on peut du reste provoquer en plaçant sous la peau de l’animal des matières tout autres que le tubercule, telles que du cancer, du condylome, des débris de membranes, des parcelles d’éponge, etc.., etc. Les lésions ainsi provoquées sont de nature embolique et se font par un mécanisme analogue à celui de l’infarctus: elles ne se produisent que si l’on a placé sous la peau de l’animal une certaine quantité de matières, différence essentielle avec les maladies virulentes, où une parcelle de virus suffit pour développer la maladie spécifique; enfin, beaucoup de ces lésions guérissent, autre différence essentielle avec la tuberculose, qui le plus souvent ne guérit pas.

Mais les inoculations en série eurent raison de ces faits en apparence contradictoires (Martin) ; anatomiquement, le pseudo-tubercule ressemble en effet au tubercule vrai, mais pathologiquement la différence est absolue, et le pseudo-tubercule de nouveau inoculé n’a aucune des propriétés virulentes de la tuberculose vraie* qui, elle, se reproduit indéfiniment.

A peine la découverte de Villemin fut-elle connue, que l’inoculation de la tuberculose fut répétée et variée à l’infini chez nous et à l’étranger. La matière tuberculeuse fut introduite dans les cavités séreuses, dans la plèvre, dans le péritoine. Cohnheim eut l’idée de l’inoculer, au moyen d’une fine aiguille, dans la chambre antérieure de l’œil, et grâce à la transparence de la cornée, il put suivre jour par jour l'évolution du processus tuberculeux et, dans quelques cas, constater la généralisation de la tuberculose chez l’animal en expérience. M. Chauveau rendit phthisiques des animaux de l’espèce bovine, en leur faisant ingérer des matières tuberculeuses mélangées aux aliments, et il remarqua plusieurs fois que l’intestin qui avait servi d’entrée au virus tuberculeux était fortement altéré par la lésion. Tappeiner et Weichsel-

1. Martin. Recherches anatomo-patliolog. et expérim. sur la tuberculose. Thèse de Paris, 1S79.

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baurn donnèrent la tuberculose à des chiens en leur faisant respirer des poussières de crachats rendus par des phthisiques. Krishaber et moi, nous avons expérimenté sur le singe, afin d’agir sur l’animal qui se rapproche le plus de l’homme, et dans les nombreuses expériences faites avec mon intime et regretté ami, nous avons été souvent frappés, à l’autopsie, de la violence du processus infectieux; les trois quarts de nos singes inoculés sont morts tuberculeux en quelques semaines, tandis que sur vingtbuit singes tenus éloignés de toute contamination, et- non inoculés, un seul est mort tuberculeux1.

Telle était, on le voit, l’importance de la découverte de Villemin, qu’elle avait complètement changé le courant des études sur la tuberculose en lui assignant une place nouvelle dans le cadre des maladies infectieuses et virulentes. Elle eut également pour résultat de consacrer d’une façon irréfutable la doctrine de Laënnec sur l’identité et l’ unicité des lésions tuberculo-caséeuses, et elle ruina du même coup les doctrines allemandes qui, sous 1 : haut patronage de Virchow et de Niemeyer, tendaient à dissocier l’œuvre de Laënnec en reléguant au rang de simple dégénérescence caséeuse, ou de phthisie dite scroluleuse, les infiltrations tuberculeuses du poumon. Du reste, cette dernière partie de la question sera traitée avec les développements qu’elle comporte à l’un des chapitres suivants.

Bacille de la tuberculose. — La nature infectieuse et la contagiosité de la tuberculose étant démontrées, il s agissait maintenant de découvrir l’agent pathogène,

l.L'ensemble de nos recherches porte sur 78 singes; en voici le résumé : Sur 16 singes inoculés avec le tubercule de l’homme, 12 sont morts tuberculeux. .

Sur 21 singes non inoculés, mais ayant vécu en promiscuité avec les sujets inoculés, 5 sont morts tuberculeux.

Sur 10 singes inoculés avec du pus phlegmoneux, un seul est mort tuberculeux.

Sur 28 singes tenus éloignés de toute cause de contamination, un seul est mort tuberculeux. (Arch. de physiologie, mars 1884, n” 3.)'

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PLANCHE 1 Fig. 1.

PRÉPARATION d’üN CRACHAT RE TU3ER 'L'I Kl’* .

b, bacilles de tuberculose, e, cellules épithéliales.

Fi 2.

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