‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 92 sur 292 · Yersin. Société médicale des hôpitaux, 1881I, p · texte numérisé non relu

Yersin. Société médicale des hôpitaux, 1881I, p

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de protoplasma et de noyaux, dans les parenchymes, dans les vaisseaux, dans le tissu conjonctif*.

Les bacilles tuberculeux sont plus ou moins abondants dans le follicule tuberculeux ; ils siègent en proportion mal définie dans la cellule géante et à la périphérie du follicule. Le follicule tuberculeux peut être considéré comme l’élément primitif; par leur agglomération, les follicules tuberculeux forment le tubercule, et, à leur tour, les tubercules, par leur agglomération, peuvent constituer ces gros tubercules qui ont la dimension d’une noisette et même d’un œuf, et qu’on retrouve dans le poumon, dans l’encéphale, et quelquefois aussi dans d’autres organes. Toutes ces productions tuberculeuses ont un caractère commun (mais qui ne leur est pas exclusif); elles subissent la dégénération caséeuse du centre à la périphérie. La partie centrale du follicule tuberculeux ou de la granulation tuberculeuse s’infiltre de granulations graisseuses, elle devient opaque, et cette dégénération s’étend à la zone moyenne des grosses cellules et à la zone externe des petites cellules embryonnaires. A ce moment, le tubercule devient jaune, il se ramollit et concourt à la formation des ulcérations et des ; cellules.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que l’état caséeux ' soit la terminaison fatale du tubercule; le tubercule peut ' se calcifier-, il peut se transformer en un tissu de sclérose et devenir fibreux, c’est-à-dire inoffensif.

Le plus souvent, l’altération tuberculeuse semble débuter par les petits vaisseaux, par les capillaires (endartéi rite tuberculeuse), toutefois l’origine vasculaire de la tuberculose n’est pas absolue.

2° L'infiltration tuberculeuse représente la forme diffuse 1 de la tuberculose. Ici les follicules tuberculeux n’ont au- 1 cune tendance à s’agglomérer sous forme de granulations, ; ils s’étalent en nappe, ils infiltrent les tissus, qui s’épaississent et prennent parfois un aspect lardacé. On trou- 4. Hérard, Cornil et Ilanot. ’ - l’hlhisie pulmonaire , 18S3.

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vera ces tuberculoses infiltrées décrites en détail dans leurs chapitres respectifs : l’infiltration tuberculeuse du poumon qui joue un si grand rôle dans la phthisie pulmonaire, l’infiltration tuberculeuse laryngée, confondue, bien à tort, il y a quelques années encore, avec l’œdème laryngé; l’infiltration tuberculeuse des ganglions lymphatiques, considérée jusqu'à ces derniers temps comme étant de nature scrofulense ; les infiltrations tuberculeuses des synoviales, des articulations, des os, qui, sous la dénomination de synovite fongueuse, de tumeur blanche, de carie, étaient trop souvent regardées comme d’origine scrofuleuse.

Les infiltrations tuberculeuses, bien étudiées par M. Grancher, sont sujettes à la même évolution que les granulations tuberculeuses : elles passent à l’état caséeux, elles se ramollissent, elles ont une coloration grisâtre, jaunâtre, et quand la transformation caséeuse est complète, on ne trouve plus aucun élément cellulaire différentiel ; les bacilles eux-mêmes n’y sont plus qu’en très petit nombre.

La tuberculose nodulaire et la tuberculose infiltrée sont souvent réunies dans un même tissu ou dans un même organe, et elles sont associées en proportions diverses, suivant le terrain où elles se développent, à des produits d’inflammation vulgaire.

Telles sont, rapidement énumérées, les différentes formes que peut revêtir la tuberculose, et malgré l’importance et la valeur de travaux nombreux, on peut dire que l’anatomie pathologique, livrée à elle-même, eût été souvent embarrassée pour affirmer ou pour nier la nature d’un produit tuberculeux. C’est ce qui est arrivé pour la délimitation des lésions scrofuleuses et des lésions tuberculeuses. En cherchant la caractéristique de la lésion dans un élément anatomique spécial, ou dans un groupement spécial de ses éléments, on n’était arrivé à aucun résultat positif. Lebert s’était, mépris en décrivant son fameux « corpuscule tuberculeux », et la cellule géante, consi-

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déréeun moment comme l’élément spécifique de la tuberculose, n’a eu qu’un règne éphémère.

Le groupement des éléments qui constituent le tubercule n’a lui-même rien de spécifique.

Cette question de structure a perdu toute son importance. SI. H. Martin, en introduisant dans le péritoine de certains animaux des poudres inertes, a obtenu des produits inflammatoires (granulations et infiltrations) qui anatomiquement ne diffèrent nullement du vrai tubercule et qui ont même la tendance aux dégénérescences ou à la cicatrisation fibreuse. La même observation s applique aux lésions de pseudo-tuberculose anatomiquement identiques à la vraie tuberculose, et qui ont été constatées par SI. Laulanie sur le poumon de chiens dont les vaisseaux contenaient des œufs d’un hématoïde, le strongylus vasorum *.

La morve, la lèpre, l’aspergillusfumigatus, déterminent des lésions anatomiquement analogues à celles de la tuberculose. Donc, « le tubercule ne peut pas être défini par ses caractères microscopiques, pas plus qu’il ne peut 1 être par la forme ou par la disposition de ses éléments; ce qui est spécifique, ce n’est ni sa forme ni sa structure,' cest l’agent dont la présence a déterminé la lésion® ».

Ce qui permet d 'affirmer la nature tuberculeuse d’un produit, c’est la constatation de ses bacilles; c’est l’inoculation du produit suspect. On pourra faire maintenant la part de la tuberculose et la part des altérations qui la simulent; on ne sera plus exposé à voir la scrofule empiéter sur un domaine qui ne lui appartient plus, on ne confondra plus la tuberculose vraie, bacillaire, avec les fausses tuberculoses. Dans le chapitre que je consacre aux fausses tuberculoses, cette question est reprise en dé-

Tuberculoses locales. — En rendant à la tuberculose une partie des lésions qui avaient été grossir le bilan de

2 Eéi»COmmmiî' à rAcad' des sciences, janvier 1882.

. Leçons sur la tuberculose parasitaire. Paris, 1S81.

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la scrofulose, on arrive à envisager la question de la tuberculose un peu autrement qu’on ne l’avait fait jusqu’à ces dernières années. On voit qu’il y a des tuberculoses locales 1 qui se cantonnent à des ganglions, à des synoviales, à une articulation, à la prostate, au testicule, au scrotum2, à l’ovaire, à l’utérus, à la mamelle, à la peau, à la plèvre, aux méninges, au cervelet, à l’œil5, à l’amygdale, ainsi que je l’ai établi expérimentalement4, etc.

Parmi ces tuberculoses locales, il en est qui se développent chez des sujets déjà suspects de tuberculose pulmonaire; celles-là ne méritent pas le nom de tuberculose locale; mais il en est d’autres qui paraissent être une manifestation isolée de la tuberculose. Certaines peuvent s’immobiliser sans se généraliser et sans atteindre le poumon ; elles peuvent même guérir. D’autres atteignent le poumon et sont suivies tantôt de phthisie pulmonaire lente, tantôt d’une explosion de tuberculose aiguë. Que de gens atteints d'adénite suppurée, de tumeur blanche, d’abcès ossifluent, et qu’on regardait autrefois comme des scrofuleux, alors que ces lésions sont manifestement tuberculeuses! On les prenait pour des scrofuleux, parce que la lésion semblait localisée et curable, parce que leurs poumons étaient indemnes, parce qu’on ne s'était pas encore suffisamment affranchi de la loi posée par Louis, d’après laquelle la tuberculose pulmonaire doit forcément accompagner la tuberculose des autres organes. Cette question, on le voit, doit être autrement envisagée aujourd’hui, et pour éviter les répétitions je renvoie à l'article Scrofule, où ces différents points sont traités en détail.

Tuberculose chez les animaux. — Après avoir étudié la

t. Brissaud. Tuberculoses locales. Arcli. de méd., août et septembre 1880. — Charvot. De la tuberculose chirurgicale. Revue de chir-,

2. Rochette. Tuberculose primitive du scrotum. Thèse de Paris, 1885. — Reclus. Éludes sur la tuberculose, 1888, p. 131.

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