‹ Manuel de pathologie interne (volume 2)Chapitre 99 sur 292 · Ménétrier. Arch. de méd. expérimentale, 1890, p · texte numérisé non relu

Ménétrier. Arch. de méd. expérimentale, 1890, p

MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE

Telle est, rapidement esquissée, la description des hé' moptysies précoces et des hémoptysies tardives de la tuberculose pulmonaire; les hémoptysies précoces ne tuent jamais par leur abondance, les hémoptysies tardives peuvent, je le répète, enlever le malade en quelques minutes. L’absence ou la présence de la fièvre constitue un appoint considérable pour le pronostic. L’hémoptysie non fébrile, surtout les hémoptysies précoces, ont peu de gravité, mais les hémoptysies fébriles ou associées aux formes fébriles de la tuberculose ont une gravité exceptionnelle.

Les deux tiers des phthisiques ont des hémoptysies, il y a même des hémoptysies qui peuvent se produire pendant des années à titre de symptôme unique d’une tuberculose presque latente ; le fait cité par Andral est bien connu : un homme ayant eu des hémoptysies pendant toute sa vie, meurt d’une maladie étrangère à la phthisie; à l’autopsie on trouve des tubercules crétacés; tous ses enfants étaient morts phthisiques. J’ai plusieurs fois constaté des faits analogues; plus souvent qu’on ne croit l’hémoptysie est l 'unique témoin de la tuberculose pulmonaire. L’hémoptysie n’est pas un des symptômes de la tuberculose de l’enfance; elle est rare chez les tuberculeux qui n’ont pas atteint l’tâge de quinze ans. Elle est plus fréquente chez la femme que chez l’homme, et bon nombre d’hémoptysies dites supplémentaires sont des hémoptysies tuberculeuses.

Considérées au point de vue de la tuberculose, les fonctions génitales sont moins atteintes chez l’homme que chez la femme1 2 *. A une époque plus ou moins avancée de la phthisie, les règles deviennent irrégulières, se suppriment, et sont quelquefois remplacées par de la leucorrhée. Ces troubles expliquent pourquoi la grossesse4

1. Raulx. Troubles des fond, génit. dans la phthis. pulm. de la femme. Thèse de Paris, 1877, n” 510.

2. Gaulard. Influence de la grossesse sur la tuberculose. Th. d'agré-

gation, Paris, 1880.

MALADIES DU POUMON

est plus rare chez les femmes phthisiques. L’état puerpéral et l’allaitement, n’ont, du reste, qu’une mauvaise influence sur la marche de la maladie.

Les œdèmes qu’on observe dans le cours de la phthisie pulmonaire ont des origines diverses : il y a un œdème cachectique, qui débute par les extrémités inférieures, un œdème douloureux, dû à des coagulations veineuses ( phlegmatia alba dolens ), généralement limité à une seule jambe, et un œdème diffus avec lésions du rein et albuminurie.

Lésions des autres organes. — Dans la description précédente, je n’ai eu en vue que les lésions du poumon et je n’ai étudié que les symptômes les plus habituels de la phthisie pulmonaire. Mais il n’est presque pas d’organe qui échappe à l’infection tuberculeuse. Que l’infection tuberculeuse soit seule en cause, ou qu’elle soit aidée dans son œuvre de destruction par des infections secondaires, par des associations microbiennes, par les toxines de ces microbes, par les agents de la suppuration, il en résulte des troubles divers et variés, qui modifient le tableau de la maladie, ou qui en précipitent la marche. L’étude de ces complications sera faite en détail au sujet de la tuberculose de chaque organe ; je me contente d’en faire ici une rapide énumération.

a. Appareil digestif1. — Aux altérations de l’appareil digestif se rapportent les ulcérations tuberculeuses de la langue, de la bouche et du pharynx, la tuberculose des amygdales, la gastrite parfois ulcéreuse, toutes les variétés de dyspepsie, l’entérite chronique, les ulcérations de î l’anus, la fistule anale, la tuberculose des ganglions mé- * sentériques, la péritonite aiguë et chronique.

Les lésions du foie présentent les modalités les plus diverses, car le foie comme tous les organes fait la tuberi culose à sa manière. La granulation tuberculeuse n’y est i pas seule en cause, il s’en faut ; on trouve au foie des

i t. Spillinann. Tuberc . de l'appar. digest. Thèse d'agrég. Paris, 1S78.

MALADIES DE L’APPAREIL RESPIRATOIRE

altérations tuberculeuses affectant le type de la cirrhose, de la dégénérescence graisseuse; de la dégénérescence amyloïde.

h. Appareil circulatoire. — Aux troubles de l'appareil circulatoire appartiennent les palpitations, si fréquentes chez les phthisiques, la dilatation du cœur droit, la péricardite tuberculeuse, la formation des caillots dans les veines des membres, la thrombose de l’artère pulmonaire, cause possible de mort rapide1 2 *.

c. Appareil génito-urinaire. — Le testicule, la prostate, la vessie, le rein*, les ovaires, l’utérus, peuvent être atteints de tuberculose. Parfois ces tuberculoses existent et persistent à l’état de tuberculoses locales ou devancent la tuberculose pulmonaire.

d. Système nerveux. — Ici se placent les méningites étendues ou localisées, les lésions corticales du cerveau avec tout leur cortège de symptômes, les lésions tuberculeuses du mésocéphale,dela protubérance et du bulbe, les lésions de la moelle épinière (leptomyélites tuberculeuses 5), qui ne diffèrent pas dans leur description clinique des autres variétés de myélite.

En opposition à ces lésions des centres nerveux, je signalerai les névrites périphériques, bien étudiées dans ces dernières années. Ces névrites périphériques, provoquées par l’infection tuberculeuse, sont analogues aux névrites périphériques provoquées par le tabes, par le diabète, par l’alcoolisme. Anatomiquement, elles ont tous les caractères de la névrite parenchymateuse. Cliniquement, elles se traduisent par des troubles de sensibilité (névralgie, hyperesthésie, anesthésie), par des troubles de motilité (paralysies, parésies), par des troubles trophiques (amyotrophie, zona). Ces différents symptômes

1. Baréty. Mort chez les phthis. par thrombose de l’art, pulm. (Nice médic., 1877).

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