Marie. Revue de médecine, août
MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX
ce territoire de coordination motrice se développe parallèlement aux territoires d’élaboration sensorielle. La circonvolution de Broca conserve l’empreinte, la mémoire de la coordination des mouvements nécessaires à la parole et à l’écriture ; l’ordre d’exécuter ces mouvements, tout coordonnés, est transmis aux cellules cérébrales des territoires voisins (zone motrice), et alors entrent en action, les nerfs, les muscles, les organes qui transmettent le langage parlé, le langage écrit et le langage mimé.
Eh bien, supposons, ce qui s’est si souvent présenté, supposons la destruction, le ramollissement de la circonvolution de Broca. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d’un homme qui a conservé ses facultés intellectuelles, qui comprend ce qu'on dit, qui comprend ce qu’il lit, mais qui ne peut plus traduire sa pensée ni par la parole ni par l’écriture, il a perdu le territoire cérébral dans lequel la pensée revêt les signes extérieurs par lesquels l’homme communique avec ses semblables; il est atteint d’aphasie motrice et d’agraphie.
On a voulu dissocier l’aphasie et l’agraphie, on a voulu localiser l’agraphie aux lésions de la circonvolution frontale moyenne gauche. Mais il est peu probable qu’il y ait une localisation spéciale pour l’agraphie; l’aphasie et l’agraphie font partie du même complexus‘. A mesure, dit M. Déjerine, que nous avançons dans l’étude de l’agraphie, nous voyons que Trousseau avait raison, lorsque parlant dans ses célèbres cliniques sur l’aphasie, des troubles de l’écriture chez les aphasiques, il disait, n’ayant en vue certainement que les aphasiques moteurs corticaux, les seuls que l’on reconnut à son époque : « Ordinairement l’aphasique n’est pas plus apte à exprimer ses pensées par la parole que par l’écriture; et bien qu’il ait conservé les mouvements de ses mains, bien qu’il s’en serve avec autant d’intelligence qu’auparavant, il est
1. Déjerine. Clinique des maladies nerveuses, hospice deUicêtre, ISDI.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
impuissant à composer un mot avec la plume comme il l’est à le composer avec la parole. »
Les exemples que j’ai choisis pour l’explication des aphasies sensorielles et de l’aphasie motrice, sont des cas types, tels, du reste, qu’on les rencontre en clinique. Mais dans bien des circonstances, ces types ne se présentent pas dans toute leur pureté; en voici quelques modalités :
L’aphasie motrice et les aphasies sensorielles peuvent exister sur le même sujet ou être absolument distinctes.
L’aphasie peut exister avec la conservation complète des facultés mentales, ou être accompagnée de troubles intellectuels; c’est une affaire de localisation.
La cécité verbale et la surdité verbale sont parfois accompagnées de paraphasie très prononcée*.
La cécité verbale peut se traduire par deux formes cliniques distinctes : Dans l’une, l’agraphie accompagne la cécité verbale, dans l’autre l’écriture est conservée*.
Localisations. — Ainsi que je viens de le dire, au cours de cet article, l’aphasie motrice est due aux lésions cérébrales qui atteignent le tiers postérieur de la troisième circonvolution frontale gauche (Dax, Broca)*. Elle est également produite par les lésions des fibres blanches qui partent de ce centre cortical, et que M. Pitres, dans la sémiologie du centre ovale*, a décrites sous le nom de faisceaux pédiculo-frontaux inférieurs®.
Les lésions qui atteignent le segment antérieur de la