‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 152 sur 295 · Giraudeau. Revue de médecine · texte numérisé non relu

Giraudeau. Revue de médecine

2. Ballet. Les diverses formes de l'aphasie. Thèse d’agrég. Paris, 188G. — Grasset. Maladies du syslème nervexix, 1886, p. 164.

MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX

Le langage parlé, qu'il s’agisse de langue française, allemande ou chinoise, peu importe, le langage parlé est constitué par une série de sons conventionnels qui forment la parole, de même que le langage écrit est constitué par une série de signes conventionnels qui forment 1 écriture. Ces sons conventionnels qui forment la parole, et ces signes conventionnels qui forment l’écriture, sont appris et sont retenus grâce à la mémoire. C’est la mémoire qui joue le rôle principal dans ce premier acte du langage. L’ouïe perçoit des sons, l’agencement de ces sons produit le mot, et l’empreinte des mots avec l’idée qui s y rattache va s’emmagasinerdans le territoire cérébral qui correspond à la première circonvolution temporale gauche. C est ce qu’on appelle la mémoire auditive, c est-à-dire la mémoire des sons conventionnels perçus par 1 ouïe et destinés à former le langage parlé.

Eh bien, supposons, ce qui s’est du reste souvent réalisé, supposons la destruction, le ramollissement de cette première circonvolution temporale, centre de la mémoire auditive. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d’un homme qui a conservé toutes ses facultés, qui peut parler, qui peut écrire, qui peut lire, qui comprend ce qu’il lit, mais qui ne comprend plus rien de ce qu’on lui dit; il ne comprend pas plus, que si on lui parlait hébreu, lui qui ne sait que le français. Les mots ne représentent pour lui que des sons; en perdant la circonvolution temporale, il a perdu la mémoire de la valeur et de l’agencement de ces sons qui forment le langage parlé ; il est atteint de surdité verbale. C’est là une aphasie sensorielle.

Même remarque s’applique au langage écrit. L’écriture, avons-nous dit, n’est que la réunion conventionnelle d’un certain nombre de signes ; l’œil perçoit ces signes, comme l’ouïe perçoit les sons, puis la valeur et l’agencement de ces signes vient impressionner un territoire cérébral qui siège au niveau du lobule pariétal inlérieur, ou lobule du pli courbe, du côté gauche. G’es!

MALADIES DE L'EKCEPIIALE.

i;i que la mémoire visuelle emmagasine l’empreinic des signes conventionnels que forme l’écriture.

Eh bien, supposons, le cas s’est plusieurs fois présenté, supposons la destruction de ce lobule pariétal inférieur, centre de la mémoire visuelle. Quelle sera la situation du malade? Le malade sera dans la situation d’un homme qui a conservé toutes ses facultés, qui peut parler, qui peut écrire, qui comprend ce qu’on lui dit, mais qui ne comprend plus rien à ce qui est écrit : placé en face d’une écriture, la sienne ou celle d’autrui, il ne comprend pas plus, que si l’on mettait sous ses yeux un texte hébreu, lui qui ne lit que le français. L’écriture ne représente pour lui qu’une série de signes sans valeur. En perdant son lobule pariétal inférieur gauche, il a perdu la mémoire de la valeur des signes écrits, il est atteint de cécité verbale. C’est encore une aphasie sensorielle.

Les territoires cérébraux que nous venons d’étudier, dans lesquels s’emmagasinent les mémoires auditive et verbale, forment l’appareil de réception du langage. C’est par ce premier acte cérébral que commence l’éducation du langage chez le petit enfant dont le cerveau est en voie d’évolution, ou chez l’individu qui apprend une langue nouvelle. Voilà donc cet enfant, ou cet individu, munis de l’appareil nécessaire pour comprendre le langage des autres*, mais pour qu’ils communiquent avec leurs semblables, pour qu’ils parlent et pour qu’ils écrivent, il faut qu’ils revêtent leurs idées des signes extérieurs conventionnels qui constituent la parole et l’écriture. C’est ici qu’intervient l’éducation d’un nouveau territoire cérébral, la circonvolution de Broca, ou troisième circonvolution frontale gauche. Il ne s’était agi jusqu’ici que des centres d’élaboration sensorielle, maintenant il va être question d’un centre d’élaboration motrice. C’est lentement, après un long apprentissage, que l’enfant va façonner ce centre moteur de coordination, pour arriver à parler ou à écrire;

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