‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 18 sur 295 · Dunac. De la Cryesthésie brightique. Tb. de Paris · texte numérisé non relu

Dunac. De la Cryesthésie brightique. Tb. de Paris

MALADIES DES REINS

symptôme passe inaperçu quand on n’a pas le soin de le rechercher.

I. — Signe de la temporale. — J’ai remarqué que bon nombre de gens atteints de brightisme ont l’artère temporale tlexueuse, tendue et dilatée, c’est le signe de la temporale. L’artère se dessine en flexuosités saillantes qui serpentent , sur la peau de la tempe et du front, et l’on sent au toucher que l’artère est fortement distendue. Cet état n’est pas dû à l’athérome de l’artère, il lient à Yexcès de la tension artérielle qu’on retrouve, du reste, dans tout le système artériel, à l’artère radiale comme ailleurs (Potain). Si ce signe estplus facile à constater à l’artère temporale, c’est à cause de la situation superficielle de ce vaisseau; l’artère est plus ou moins tendue d'un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, et la preuve qu’il ne s agit pas là d’une induration athéromateuse a été vérifiée à l’autopsie chez plusieurs malades de mon service.

j. J ai plusieurs fois constaté la diminution ou la perte de l’odorat et du goût chez les gens atteints de brightisme.

Tels sont les symptômes qui forment le groupe des petits accidents du brightisme ] ils sont utiles à connaître, parce que, bien que pouvant exister à toutes les phases de la maladie, ils mettent souvent sur la piste de la maladie de Bright, alors que les œdèmes, l’albumine et les grands accidents de l’urémie font défaut.

Étudions maintenant les œdèmes et l’albuminurie, ces deux importants symptômes des néphrites.

^ Œdèmes et épanchements séreux. — Habituellement 1 œdème du mal de Bright commence par la face sans quon puisse expliquer la cause de cette localisation. Le malade s’aperçoit, le matin au réveil, que ses paupières sont tuméfiées; à voir la face légèrement bouffie, on dirait oue le sujet a engraissé. L’œdème se cantonne souvent aux malléoles, ou bien il gagne les jambes, les cuisses le scrotum, les grandes lèvres, et, suivant le cas, il met des semaines ou des mois ù se généraliser. Toutefois il est rare

MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE

que l’anasarque des néphriles clironiqiies atteigne la proportion et l’intensité de l’anasarque des néphrites aiguës.

Dans certains cas, l’oedème se localise d’emblée sur un organe; il provoque chez l’un la dyspnée, conséquence d’un œdème pî^/mona^re; il détermine chez l’autre l'œdème laryngé avec toutes ses conséquences. On a vu l'œdème localisé au prépuce (Rosenstein), au cordon spermatique (Finger), à un seul côté de la face ou du corps (Potain).

Dans les néphrites à prédominance conjonctivo-vasculaire, Vœdème est tardif, insignifiant, passager, limité aux paupières, à la face, aux malléoles, tandis qu’il est plus précoce, envahissant et tenace dans les néphrites à prédominance parenchymateuse, où il détermine non seulement l’anasarque, mais encore l’hydropisie des organes et des séreuses. Cette distinction est vraie, mais il’^s'en faut qu’elle soit absolue; ainsi, chez tel sujet atteint de néphrite à prédominance scléro-vasculaire et qui avait jusque-là échappé aux œdèmes, une hydropisie se déclare, coïncidant sans doute avec une poussée d’altérations glandulaires. Quand l’œdème est récent, les tissus œdématiés sont blancs, mous, et conservent l’empreinte du doigt; mais à la longue, aux jambes surtout, les tissus s’épaississent.

De ce que Tœdème est parfois très peu apparent, il ne faut pas se hâter de conclure qu’il n’existe pas. J’ai la conviction que les œdèmes font rarement défaut dans le cours des néphrites; il faut les chercher; ainsi la trace que laisse le stéthoscope sur le thorax, les plis que forment les draps de lit sur la peau du visage, la dépression que laissent les lunettes à la racine du nez, font parfois découvrir des œdèmes qui passeraient inaperçus.

Quant aux causes de Tœdème brightique, nous les Ignorons absolument ; on a longtemps supposé qu’il était lié à la déperdition de l’albumine du sang (lujpo-albuminosc), mais on est beaucoup moins affirmatil aujf urd hui , il suffit de citer les cas de néphrite aiguë où l’ana-

MALADIES DES REINS

sarque apparaît avant même que le sujet ait perdu quelques grammes d’albumine. Et, d’ailleurs, comment concilier cette hypothèse avec les cas où l’anasarque est limitée à un seul côté du corps (Potain)? On a invoqué l’hydrémie ou augmentation de la portion aqueuse du sang; mais les expériences de Cl. Bernard ont fait justice de cette théorie.

M. Lécorché ‘ suppose que les œdèmes brightiques sont dus à une atonie de la fibre musculaire cardiaque, mais nous voyons tous les jours se produire des œdèmes d’origine rénale (néphrite scarlatineuse, néphrite a frigore), auxquels le cœur est complètement étranger, et, du reste, les œdèmes d’origine rénale ne se comportent pas comme les œdèmes d’origine cardiaque. L’œdème est-il imputable à la paralysie des capillaires (Frerichs), et peut-on invoquer une action réflexe partie des reins et transmise aux petits vaisseaux par leurs nerfs vaso-moteurs (Potain)? Ce problème est loin d’êfre résolu. Les épanchements des carités séj'ewses et les œdèmes viscéraux sont plus fréquents dans les néphrites à prédominance scléro-vasculaire.

Sur 406 cas mortels qui résultent des analyses réunies de Frerichs et de Rosenstein, on trouve® : hydrothorax et pleurésie, 82 cas ; hydropéricarde, 21 ; hydrocéphalie, 75; œdème pulmonaire, 115; œdème de la glotte, 4.

Le liquide des œdèmes et des épanchements diffère sensiblement du sérum du sang ; il est plus riche en eau, mais il contient moins d’albumine, moins de sels minéraux, et plus de chlorure de sodium; la fibrine y fait défaut; ce qui prouve qu’il n’y a pas dans ces œdèmes une simple transsudation du sérum, fait important et bien mis en relief par M. Jaccoud dans sa remarquable thèse d’agrégation^.

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