S 12. MÉNINGITE TUBERCULEUSE
La désignation de viénincfite englobe l’inflammation de l’arachnoïde, du tissu cellulaire sous-arachnoïdien et de la pie-mère, mais elle ne s’adresse pas à l’inflammation de la dure-mère, qui sera décrite plus loin dans un chapitre spécial.
Pour la facilité de la description, on peut diviser en deux grandes classes l’étude des méningites aiguës : a. Les méningites non tuberculeuses; h. La méningite tuberculeuse. Nous allons les décrire successivement, en commençant par la méningite tuberculeuse.
Étiologie. — La désignation de méningite tuberculeuse ne comprend pas indistinctement tous les cas de tuberculose méningée; il y a des tubercules qui s’agglomèrent sous forme de tumeur volumineuse, et qui provoquent les symptômes des tumeurs cérébrales sans susciter de phénomènes méningitiques. La méningite tuberculeuse, de son côté, se présente sous des aspects variés : tantôt elle fait partie, à titre d’épiphénomène, de l’envahissement général de l’économie par la tuberculose (tuberculisation aiguë), et dans ce cas elle n’a qu’une importance secondaire; tantôt elle domine la situation et parait être la maladie tout entière ; c’est cette dernière qu’on a l’habitude de décrire sous le nom de méningite tuberculeuse.
La méningite tuberculeuse est presque toujours accompagnée de tuberculose pulmonaire ou abdominale. On l’observe à tous les âges, mais elle est surtout fréquente chez l’enfant de deux à sept ans. Elle est héréditaire comme toutes les manifestations de la tuberculose, et il n’est pas rare que dans une famille, plusieurs enfants soient emportés à peu près au même âge par la méningite. Le traumatisme céphalique, les chocs reçus sur la tête, ont une influence incontestable sur le dévclop-
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
pement de la tuberculose méningée, de même que le traumatisme a une influence incontestable sur le développement de la tuberculose pulmonaire.
Anatomie pathologique. — La méningite tuberculeuse aiguë est généralement plus accusée à la base qu à la conve.vité du cerveau : elle affectionne la scissure de Sylvius. L’exsudât est plus ou moins abondant, grisâtre, purulent, et parfois comme lardace. La méningite est habituellement diffuse et, dans quelques cas, localisée*.
Les granulations tuberculeuses, grises, demi-transparentes, siègent de préférence sur la gaine lymphatique des vaisseaux de la pie-mère; on en trouve un peu partout; elles sont plus confluentes à la base de l’encéphale et, si l’on enlève avec précaution l’artère sylvienne munie de ses artérioles qu’on a soin défaire flotter dans 1 eau, il est facile, même à l’œil nu, de saisir la disposition des granulations tuberculeuses. Sous l’influencedes granulations et de l’artérite oblitérante qui les accompagne, le sang se coagule à l’intérieur des vaisseaux, et il se fait des thromboses artérielles qui produisent à leur tour des foyers de ramollissement cérébral superficiel ou profond (Rendu).
On trouve des bacilles dans les granulations tuberculeuses, autour des vaisseaux, dans leurs parois et dans leur contenu. Aux bacilles de la tuberculose s’associent parfois d’autres agents pathogènes, streptocoques, pneumocoques, etc.
Les méninges sont souvent adhérentes à la substance corticale, qui présente en ce point une véritable encéphalite superficielle (Hayem). La pie-mère est épaissie, et ses petits vaisseaux, veinules et artérioles, sont souvent oblitérés par des coagulations fibrineuses. Les parties centrales du cerveau, commissures et parois des ventricules, sont ramollies, et les cavités ventriculaires contiennent un épanchement souvent si abondant, que la
1. Dreyfous. Sijm.pt. protub. delamén. Thèse de Paris, 1879. — Du ZdiSieX. Méning.tuh.dulohuleparacentraltfiax. AeJd.,4 juillet 1881)l,
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maladie avait autrefois reçu le nom à' hydrocéphalie aiguë.
La choroïde est presque toujours le siège de tubercules ; on retrouve aussi, suivant le cas, des lésions tuberculeuses plus ou moins généralisées, surtout dans les organes thoraciques et abdominaux. Des altérations analogues à celles de l’encéphale peuvent exister à la moelle épinière.
Description. — La méningite tuberculeuse étant beaucoup plus Iréquente chez \q jeune enfant qne chezl’adulte, c est surtout la menmgdte de l’enfant que j’aurai en vue dans cette description. La maladie débute généralement par une période prodromique dont la durée varie de quelques jours à trois mois. Cette période prodromique est caractérisée par des phénomènes divers; il y a des symptômes généraux, tels que tristesse, changement de caractère, amaigrissement, accès de fièvre, qui doivent être mis en partie sur le compte d’une tuberculisation pulmonaire ou abdominale qui précède ou accompagne la méningite tuberculeuse, et il y a des symptômes locaux, tels que troubles visuels, diplopie, céphalalgie, vomissements, qui sont en rapport avec l’envahissement de l’encéphale par la tuberculose.
Période d’excitation. — Une fois déclarée, la méningite s'annonce par une période d’excitation. Trois grands symptômes ouvrent la scène ; la céphalalgie, dont l’intensité peut être terrible: les vomissements, qui sont verdâtres, bilieux, porracés, et la constipation. La fièvre a un caractère rémittent avec exaspération vespérale et oscillations diurnes fréquentes : la température dépasse, rarement 59 degrés. Le petit malade a quelquefois une hyperesthésie généralisée; il a des secousses convulsives, des contractures dans les muscles de la nuque, du strabisme, du rétrécissement des pupilles. Les malades plus âgés ont parfois du délire. Dès celte période apparaît le cri hydrencéphalique (Coindel)*, cri bref et plain- !. Mémoire sur l'hydrocéphalie. Genèvejl817.
MALADIES DE L’EXCÈPIIALE.
DL’l
lif, qui se répète à intervalles plus ou moins rapprochés.
Période de dépression. — A la période d’excitation, qui dure de quelques jours cà deux semaines, fait suite une période de dépression : la céphalalgie et les vomissements se calment ou disparaissent, la somnolence succède à l’insomnie, et l’enfant parait goûter un repos calme et trompeur qui pourrait faire supposer à tort une amélioration qui est factice. Le petit malade, indifférent à toute chose, et plongé dans une sorte de torpeur, répond péniblement aux questions qu’on lui adresse; l’anesthésie remplace l’hyperesthésie, et les cris hydrencéphaliques sont plus rares. La température, quoique moins élevée que précédemment, reste néanmoins au-dessus de la normale, le pouls est irrégulier et tombe à 60 pulsations par minute; c’est une fièvre dissociée (Jaccoud) ‘. Le ventre est rétracté, creusé en bateau, la face rougit et pâlit tour à tour, la tache cérébrale est fort accusée (Trousseau)-. La respiration est irrégulière : ainsi le malade, après quelques inspirations amples et précipitées, s’arrête tout à coup quelques instants, comme s’il oubliait de respirer. A cette période apparaissent des convulsions généralisées ou limitées à une jambe, à un bras, à la lace ; des contractures passagères, qui s’emparent des mains, des muscles du cou et des mâchoires (trismus), des muscles de l’œil (strabisme).
Cette période de dépression, souvent entremêlée de phénomènes passagers d' excitation, dure quelques jours et lait place à la période paralytique. Les paralysies qui surviennent dans le cours de la méningite tuberculeuse ont des caractères spéciaux : elles font suite habituellement à un accès convulsif, elles affectent souvent la forme bémiplégique, elles frappent un bras, puis une jambe, elles sont successives plutôt