Charcot. Progrès médical, 13 novembre
MALADIES DU SYSTÈME NEliVEUX.
plus émettre les sons nécessaires à la voix. La parole persiste, la parole à voix basse, le chuchotement, qui est le produit de la langue et des lèvres et qui n’a rien à voir avec le larynx. L’aphonie est duc à la paralysie des muscles vocaux laryngés; le son est absolument perdu, ce qui n’empèche pas la toux d’être parfois bruyante. L’aphonie hystérique survient brusquement à l’occasion d’une cause morale ipielconque ou après un accès convulsif ; elle dure quelques jours, quelques semaines, et disparaît comme elle est venue, parfois à l’occasion d’une émotion morale. Les hystériques aphones ont souvent une plaque d’anesthésie cutanée aux régions sus et sous-hyoïdiennes*. L’aphonie hystérique guérit par toutes les médications (électrisation, aimantation, métallothérapie) ou résiste à tous les moyens.
Le mutisme hystérique débute soudainement, à la suite d’une frayeur, d’une émotion, d’une attaque convulsive, ou sans cause apparente; il peut durer des semaines, des mois, des années, il guérit toujours, et soudainement, mais il est sujet aux récidives. Gomme toutes les manifestations de l’hystérie, il est plus fréquent chez la femme, mais on l’observe également chez l’homme. La muette hystérique est à la fois aphone et muette; aphone, c’està-dire que son larynx ne peut proférer aucun son ; muette, c’est-à-dire qu’elle est absolument privée de la parole, elle ne peut articuler aucun mot, même à voix basse, elle ne peut pas chuchoter, et cependant elle a conservé tous les mouvements de la langue et des lèvres; elle peut siffler et souffler, mais elle ne peut ni coordonner ni imiter les mouvements qui servent à l’articulation des mots. Sous ce rapport, le sujet atteint le mutisme hystérique rappelle le tableau de l’aphasie motrice organique, mais le mutisme hystérique diffère de l’aphasie organique par bien des côtés, et sans parler des autres troubles, tels que l’agraphie, la cécité et la surdité verbale, qui
1. Thaon. Hystérie et larynx (A/tn. des mal. du larynx, 18S1, n* t)
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rentrent plus ou moins dans le domaine de l’aphasie, le sujet atteint d’aphasie organique, même la plus complète, peut pousser des cris, émettre des sons: il n’est pas aphone; il peut même prononcer quelques syllabes, quelques mots : il n’est pas muet.
Le muet hystérique a son intelligence et sa lucidité, il écrit avec facilité, il se fait comprendre par gestes, deux choses rares chez l’individu atteint d’aphasie organique. Donc la conservation intacte de l’écriture, delà mimique, de l’intelligence, chez un individu, homme ou femme, devenu subitement aphone et muet, sont autant de signes qui permettent d’affirmer la nature hystérique du mutisme. Il faut ajouter que ce diagnostic est presque toujours confirmé par d’autres stigmates de l’hystérie, hémianesthésie, anesthésie pharyngée, troubles sensoriels, troubles oculaires, zones hystérogènes, facilité de provoquer la contracture d’un membre par l’application d’un lien circulaire. D’autre part, la réunion ou l’absence de ces différents signes permet de reconnaître les simulateurs.
Le mutisme peut être facilement provoqué chez les hystériques hypnotisables, et il se reproduit avec tous ses caractères précédemment énumérés; ce syndrome artificiel, provoqué pendant la période de somnambulisme, persiste quand le sujet est réveillé. « C’est dans l’écorce grise des hémisphères cérébraux qu’il faut chercher la lésion dynamique d’où dérivent les symptômes dont il s’agit, et le mécanisme qu’il convient d’invoquer ici n’est autre chose que celui qui, suivant nous, rend compte de la production des paralysies dites psychiques ou mentales. » (Charcot.)
Vaphasie avec ses caractères vrais a quelquefois été observée chez les hystériques*; elle est habituellement associée à l’apoplexie hystérique.
Apoplexie hystérique. — Cliniquement, l’apoplexie