‹ Manuel de pathologie interne (volume 3)Chapitre 206 sur 295 · Th. de Paris, 1891. — Des tremblements hystériques · texte numérisé non relu

Th. de Paris, 1891. — Des tremblements hystériques

NÉVROSES

muqueuses, les muscles (perte du sens musculaire) et les articulations; chose singulière, un grand nombre d’hystériques' n’ont pas conscience de leur anesthésie. L hémianesthésie totale n’atteint pas seulement la sensibilité tactile, elle atteint aussi les autres sensibilités (douleur, température) et les sens spéciaux (goût, odorat, ou'ie, vue'). L’anesthésie pharyngée est très fréquente. La peau anesthésiée est pâle, refroidie et exsangue, on peut la piquer sans qu’il en sorte une goutte de sang; les muscles du côté paralysé sont beaucoup plus faibles (amyosthénie) que ceux du côté sain. Cette hémianesthésie est de tous points analogue à celle qui a été décrite aux maladies de l’encéphale, avec lésion de la partie postérieure de la capsule interne.

Au sujet de l’hémianesthésie hystérique, les recherches de Burcq ont mis en lumière des faits fort intéressants {métalloscopie et métallothérapie). Si l’on applique sur la peau anesthésiée des plaques de métal, or, étain, cuivre, l’anesthésie disparaît après une application dont la durée varie de quelques secondes à 15 minutes. A mesure que la sensibilité reparaît dans les régions anesthésiées, la peau se colore, la circulation se rétablit et l’amyosthénie disparaît; la malade, qui ne donnait au dynamomètre que 15 kilogrammes, donne actuellement le double. Pendant que ces modifications ont lieu dans le côté anesthésié, l’autre côté, celui qui était sain, s’anesthésie à son tour dans les régions symétriques; il se fait là comme un phénomène de transfert.

Les résultats qu’on obtient avec des plaques de cuivre chez telle malade, ne sont obtenus chez une autre que par l’application de plaques d’or ou d’étain; l’une est « sensible à l’or, l’autre au cuivre ». Ces métaux développent un courant et n’agissent qu’à la condition de n’ètre pas purs ; on obtient du reste les mêmes résultats par l’application d’un courant galvanique ou d’un aimant.

’ Pitres. Anesthésies hijstériques. Dordeaux, 1887.

MALaUIES du système nerveux.

^ Ces diirércnts moyens n’agissent pas seulement sur l’hémianesthésie des hystériques ; ils agissent aussi sur l’hémianesthésie qui accompagne les intoxications (alcoolisme et saturnisme) et les lésions cérébrales; il y a même à noter que l’amélioration, qui est généralement passagère dans l’hémianesthésie hystérique, peut être permanente dans les autres cas».

Hyperesthésies, névralgies. — Les hystériques sont sujettes à des douleurs variées qui intéressent la peau, les muscles, les articulations et les viscères. Le clou hystérique est une douleur térébrante qui siège au niveau de la suture sagittale. La céphalalgie des hystériques serait, suivant des avis différents, une hyperesthésie musculaire (Briquet), une névralgie, une migraine; elle est quelquefois caractérisée par un point douloureux à la tempe; mais, quelle que soit la forme de cette céphalalgie, son apparition comme symptôme tenace chez les jeunes filles voisines de la puberté est un indice fréquent d’hystérie. La rachialgie est une hyperesthésie des muscles du rachis et des vertèbres, elle est étendue à toute la masse des muscles sacro-lombaires et long dorsal, ou limitée à l’une des régions du rachis; la douleur rachialgique est facilement provoquée par la pression sur les apophyses épineuses ou sur les muscles.

On trouve chez les hystériques des zones hystérogènes ou plaques hystérogènes, c’est-à-dire des régions qui sont douées d’une sensibilité spéciale et permanente. Avant l’attaque, ces points présentent une exacerbation douloureuse qui fait partie de l’aura. On peut même provoquer l’aura par la pression ou par le frottement des plaques hystérogènes, et si l’on insiste on arrive parfois à provoquer l’attaque d’hystérie aussi sûrement que par la pression de l’ovaire. Réciproquement, l’attaque d’hystérie peut être arrêtée par une énergique pression provoquée sur les plaques hystérogènes. Ces zones hystéro-

1. Aigre Mélalloscop. mélallothérap. externe, Th. de Paris, 1879.

NÉVROSES

gènes sont très nombreuses, elles existent à la tête au niveau du bregma, à l’appendice xiphoïde du sternum, sous les seins, à l’angle de l’omoplate, à la région lombaire, à la région ovarienne, au testicule chez l’homme, aux hras, aux jambes*, etc.

On a décrit également des zones idéogènes qui ne sont liabituellement actives qu’à l’état hypnotique'^. L’excitation de la zone A'extase située de chaque côté du vertex met la malade dans l’attitude de l’extase; l’excitation des zones de babillage, siégeant au niveau des apophyses mastoïdes, fait parler la malade avec une vivacité, une volubilité extraordinaires; l’excitation delà zone de rire, au niveau de la protubérance occipitale externe, détermine un rire convulsif et bruyant que rien ne peut interrompre.

Les femmes hystériques sont sujettes à des névralgies intercostales et à des douleurs viscérales, gastralgie, hépatalgie, ovarie, hystéralgie, que nous allons retrouver à l’étude de chaque organe. Elles ont des crises douloureuses comparables à Vangine de poitrine^, des douleurs abdominales dues à l’hyperesthésie de l’ovaire, et des névralgies delà paroi de l’abdomen; ces symptômes, joints au météorisme exagéré du ventre, forment un ensemble clinique nommé fausse périlonile.

Aphonie. Mutisme. Aphasie. — Je groupe dans un même paragraphe l’aphonie, le mutisme et l’aphasie hystériques, afin de pouvoir mieux opposer ces différents troubles cl montrer en quoi ils différent. Cette étude est tirée des leçons de Charcot*.

L'aphonie hystérique, comme toutes les aphonies, est caractérisée par la perte de la voix ; le larynx ne peut

1. Gaube. Recherches sur les zones hystérogènes. Thèse de Bordeaux, 1882.

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