Raymond. Revue mensuelle
MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE
grands accès isolés, tout se voit en fait de dyspnée urémique. La vraie dyspnée urémique peut acquérir la plus vive intensité, sans qu’il y ait la moindre altération perceptible à l’auscultation, c’est la dyspnée toxique, sine maleria. Dans d’autres cas, on constate à l’auscultation, des signes de bronchite, d’œdème broncho-pulmonaire ou d’épanchement pleural qui accompagnent la dyspnée urémique et qui en modifient les caractères.
Plusieurs fois, j’ai constaté, à litre d’association urémique, l'œdème suraigu du poumon. Rapidement, le malade est pris d’une oppression considérable avec anxiété extrême, menace d’asphyxie, et il rend en quelques heures ou plus rapidement, et en quantité, une expectoration spumeuse, mousseuse, parfois rosée, analogue à des blancs d’œufs battus, et identique à l’expectoration albumineuse, suite de l’œdème suraigu du poumon, qui peut accompagner les thoracentèses mal faites. Le dernier cas que j’ai observé était vraiment bien émotionnant. C’était un jour de leçon à l’hôpital; je faisais une démonstration sur un brightique et pendant que j’auscultais le malade je sentais pour ainsi dire naître sous mon oreille une pluie de râles fins d’œdème pulmonaire qui envahissaientle poumon dans toute son étendue. La dyspnée prit rapidement de fortes proportions, l’asphyxie devint brus- (lucment menaçante; le malade, la figure pâle et marbrée, les extrémités couvertes de sueurs froides, semblait moribond et bien des assistants crurent en effet que cet homme allait mourir. Sans perdre un instant, je fis pratiquer une saignée de 400 grammes, et les accidents furent conjurés. Cet œdème aigu du poumon survient chez certains brightiques comme survient chez d’autres un œdème aigu du larynx.
Urémie gaslro-inleslinale. — On observe chez quelques brightiques des vomissements glaireux ou alimentaires comme dans la gastrite chronique; incoercibles comme dans la grossesse, et même sanguinolents et donloureux, comme dans l'ulcère stomacal. On observe également
MALADIES DES REINS
des symptômes diarrhéiques et dysentériformes, des flux intestinaux abondants et répétés. Ces accidents résument les principaux traits de l’urémie gastro-inteslinale, qu’on a expliquée par le passage de l’urée à travers les muqueuses de l’estomac et de l’intestin. Les voies digestives deviennent un auxiliaire pour l’élimination de l’urée; Cl. Bernard l’a démontré en pratiquant chez les animaux la ligature des uretères. Chez l’homme, on retrouve l’urée ou ses composée dans les matières rendues, et il n’est pas rare de constatera l’autopsie des ulcérations du tube digestif. Les ulcérations intestinales peuvent aboutir à la perforation et à la péritonite.
Rosenstein a plusieurs fois constaté, à l’autopsie des urémiques, de nombreuses ulcéralions intestinales*. Dans une observation de Cartels, les ulcérations urémiques de l’intestin avaient abouti à une perforalion qui siégeait à 15 centimètres au-dessus de la valvule iléo-cæcale, perforation suivie de péritonite mortelle Dans une observation de Méry, les ulcérations urémiques do l’intestin grêle étaient nombreuses, et l’une d’elles, perforée, avait déterminé la mort par péritonite. Dans une observation de Letulle, on a trouvé, disséminées dans l’iléon, plusieurs ulcérations urémiques, irrégulières, sinueuses, taillées à pic et de la dimension d’une pièce de 50 centimes à un Iranc. Elles siégeaient toutes au bord libre de l’intestin et n’afl’ectaient pas de préférence les plaques de Peyer. Deux de ces ulcéralions étaient perforées et la péritonite en avait été la conséquence®.
11 y a une urémie rénale, ce qui a l’air d’un pléonasme. En prononçant le mot d’urémie rénale, je ne parle, bien entendu, ni des lésions des reins ni de l’encombrement des tubuli, ruais je fais allusion à l’intoxication urémique de l’organe, qui diminue ou anéantit ses fonctions, qui