Bniult. Semaine médicale, 17 juin
MALADIES DES REINS
mal; il est complètement adhérent à la colonne vertébrale et aplati contre elle par une sorte de cuirasse de périnéphrite cancéreuse dont les prolongements engainaient l’aorte, la veine cave, et pénétraient dans le muscle psoas. La compression énergique des nerfs lombaires et sacrés par la tumeur périrénale, explique la persistance, la violence et les irradiations des douleurs.
Cette observation vient à l’appui de l’idée émise par Roberts, qu’en l'ait de lésions des reins, des douleurs vives et permanentes survenant dans la sphère d’un nerf d’une façon continue, sont l’indice que la tumeur rénale ou périrénale dépasse les limites normales du rein. Ces névralgies rebelles et cruelles peuvent encore être sous la dépendance des poussées congestives qui augmentent momentanément le volume du rein cancéreux et qui aident ainsi à la compression des branches nerveuses; chez un malade de Tuilier, les douleurs devenaient terribles dans la sphère du nerf crural aux approches des hématuries et elles s’amendaient dès le pissement de sang, c’est-à-dire dès la cessation des phénomènes congestifs.
Cancer rénal à forme hématurique. — De toutes les lésions saignantes du rein, le cancer tient certainement la première place. L’hématurie s’observe fréquemment; elle se montre tantôt au début de l’alTection, soudainement, chez des individus qui sont en pleine santé, tantôt elle n’apparait qu’aux périodes avancées. Elle dure quelques jours, quelques semaines, puis elle disparaît complètement pendant un ou plusieurs mois, pour reparaître ensuite ou pour ne plus reparaître. Suivant l’abondance de l’hémorrhagie, l’urine est à peine teintée, ou rougeâtre, noirâtre, brunâtre, franchement sanguinolente, avec ou sans caillots. Ces caillots, pour ainsi dire moulés dans l’uretère, peuvent être très effdés, et mesurer 10, 15, 20 centimètres de longueur, ce qui n’a jamais lieu pour les hémorrhagies d’origine vésicale. Le passage des caillots dans Turetère détermine parfois des. douleurs comparables à une colique néphréti(iue, et d’autre part,
IGG MALADIES DE L’APPAREIL URINAIRE
l’obstruction de l’uretère par un caillot peut rendre momentanément à l’urine toute sa limpidité, la vessie ne recevant plus que de l’iirine sécrétée par le rein sain. L’obstruction du canal de l’urèthre par un caillot peut provoquer une rétention d’urine qui nécessite le cathétérisme.
Parfois les hématuries sont si abondantes, si fréquentes qu’elles deviennent le symptôme dominant; en voici un exemple* : Un homme d’une cinquantaine d’années, jusque-là fort bien portant, a été pris, il y a trois ans, sans cause, sans avertissement, sans douleur, d’une hématurie tellement abondante que le liquide rendu a rempli un demi-vase de sang. Le lendemain, rétention d’urine qui cède au premier cathétérisme et expulsion douloureuse de longs caillots pendant plusieurs jours. La santé se rétablit complètement pendant six mois, après quoi, sans le moindre avertissement, le malade est pris, plusieurs jours de suite, d’hématuries avec caillots. Puis, trêve de huit mois, et nouveau pissement de sang identique aux précédents, avec caillots, douleurs et rétention d’urine. Depuis cette époque, les hématuries ont reparu tous les mois, pendant plusieurs jours. Jusque-là, aucun autre signe, aucune autre symptôme, les hématuries sont seules en cause. Ce n’est que deux ans après la première hématurie, que l’on constate à Saint-Pétersbourgune tumeur du rein droit, confirmée à Vienne et à Paris. Guyon fait le diagnostic de cancer du rein droit et de nouvelles hématuries reparaissent encore plus abondantes que les premières; la tumeur, à cette période de la maladie, a le volume d’une tête de fœtus et occupe le liane droit ; en haut elle aborde les fausses côtes, en bas elle descend à quelques centimètres au-dessus de la crête iliaque. La tumeur est mobile en tous sens, elle est absolument indolore et elle ne provoque d’irradiations douloureuses en aucune direction. La palpation, les déplacements de
1. Tuflîor. Annales des maladies génito-urinaires, février 1888.
MALADIES DES REINS
la tumeur, ne provoquent aucune doufeur; les hématuries restent donc le symptôme dominant de ce cancer rénal.
Les fragments de cancer et les cellules qu’on trouve si souvent dans les urines de gens atteints de cancer de la vessie ne se retrouvent pas au cas de cancer du rein.
L’apparition d’un varicocèle est un symptôme assez fréquent (Guyon)*; il est surtout apparent pendant la marche et dans la station debout; son développement est assez rapide et souvent ignoré des malades.
Tumeur. — Le développement de la tumeur cancéreuse est un symptôme assez tardif, mais qui fait rarement défaut*. A sa première période, la tumeur est ppofondément située dans le liane, elle est peu perceptible, ün peut cependant arriver à la constater par la palpation bimanuclle : une des deux mains est placée en arrière dans l’angle costo-vertébral et l’autre main est placée en avant au niveau du muscle droit. Avec la main située à la région postérieure, on imprime des secousses à la paroi lombaire, et le rein donne à l’autre main la sensation d’un choc, d’un ballottement. Quand la tumeur est un peu plus volumineuse, elle a quelque tendance à quitter la région lombaire pour faire saillie en avant; dans ce cas, la main placée en arrière refoule la tumeur contre la main placée sur la région abdominale; on perçoit la tumeur, on constate qu’elle est fixe et qu’elle se laisse difficilement mobiliser. Quand la tumeur devient très volumineuse, elle déforme la région, elle remplit la fosse iliaque, elle franchit la ligne médiane et envahit l’autre côté du ventre.
La tumeur cancéreuse conserve à peu près la forme du rein, elle est dure et résistante; en repoussant l’in-