MÉNINGITE CHRONIQUE. — PACHYMÉNINGITE. HÉMATOME DE LA DURE-MÈRE
Parmi les différentes variétés de méningite chronique, il en est deux qui méritent de fixer particulièrement notre attention : l’une comprend les méningites partielles de la base de l’encéphale, l’autre s’adresse à la méningite, souvent hémorrhagique, connue sous le nom de pachyméningite, dont le siège habituel est la convexité des hémisphères.
A. Méningites partielles de la base. — Ces méningites, habituellement secondaires, accompagnent souvent les tumeurs de la base de l’encéphale et ont fréquemment une origine syphilitique (Fournier1). Les méningites chroniques syphilitiques, partielles et circonscrites, scléro-gommeuses, ont une prédilection bien marquée pour la base de l’encéphale; elles ont été étudiées à l’un des chapitres précédents, au sujet de la syphilis cérébrale.
1. Fournier. Sypliil. du ceri».,p. 26. — Labarrière. Méning. enplaq. de la b<ise de l'encèph. Thèse de Paris
MALADIES DE L'ENCÉPHALE. 215
B. P achy méningite. — Hématome. — Sous le nom de p achy méningite on a l’habitude de désigner l’inflammation chronique de la dure-mère, inflammation plus spécialement limitée à sa face pariétale, quand elle est consécutive à une altération des os du crâne. L’inflammation du feuillet viscéral de la dure-mère se confond en partie avec l’histoire de l’hématome. La pachyméningite est fréquente aux deux extrêmes de la vie, chez l’enfant et chez le vieillard ; ses causes peuvent ainsi se grouper : la folie, la périencéphalite diffuse, le traumatisme, l’alcoolisme, le rhumatisme, les pyrexies (Jaccoud).
Anatomie pathologique. — La pachyméningite se compose de néo-membranes fines et superposées, qui naissent à la face interne de la dure-mère; on en peut compter jusqu’à vingt couches stratifiées (Virchow). Ces fausses membranes, souvent symétriques, siègent de préférence à la voûte crânienne, des deux côtés de la faux de la dure-mère; les plus récemment formées sont en rapport avec la dure-mère; en vieillissant, elles deviennent épaisses et se vascularisent. Les vaisseaux de bes: membranes sont friables, et leur rupture constitue une hémorrhagie enkystée, l 'hématome de la dure-mère1.
La pathogénie du caillot et son enkystement ont donne lieu à bien des discussions ; la membrane qui enveloppe le caillot ne se forme pas aux dépens du caillot, c’est l’hématome qui se forme aux dépens de la pachyméningite, et l’hémorrhagie prend naissance, non pas entre la dure-mère et le prétendu feuillet de l’arachnoïde, mais dans l’épaisseur même des néo-membranes. Toutefois, cette théorie n’est pas absolue, elle ne s’adresse pas à tous les cas; le plus souvent, il est vrai, l’hémorrhagie est consécutive à la pachyméningite, de même qu’en d autres régions il y a des hémorrhagies qui sont consécutives aux néo-membranes de la plèvre et de la tunique vaginale ; mais ce mode de formation de l’hématome
1. Lancereaux. Des hémorrliay. méning. ( Arch . de môd., 18G2-1863).
méningé ne doit pas être regardé comme exclusif Dès 1837, M. Baillarger* avait avancé que l’hémorrhagie méningée est primitive, et que sa membrane d’enveloppe est secondaire; des expériences récentes (Vulpian,Laborde1 2i prouvent l’exactitude de ce fait et tendent à faire admettre qu’il existe des hémorrhagies sus-arachnoïdiennes primitives, qui ne s’enkystent que plus tard ; seulement leur enveloppe n’est pas formée de fibrine organisée, comme l’avait supposé M. Baillarger, elle est formée d’une membrane due à l’irritation du tissu voisin.
L’hématome de la pachyméningite n’est pas toujours enkysté, le sang peut déchirer les néo-membranes et inonder la cavité arachnoïdienne, mais le plus souvent l’hémorrhagie se collecte sous forme de kyste, le caillot se rétracte, une partie se résorbe, et ce qui reste prend l’aspect ocreux des anciens foyers hémorrhagiques du cerveau. Au niveau de l’hématome, la substance cérébrale est généralement déprimée et ramollie.
Description. — La pachyméningite, à son début, passe inaperçue, ou se traduit par quelques phénomènes d’excitation cérébrale, tels que céphalalgie, vertiges, rétrécissement des pupilles. A cette première période, qui chez l’adulte dure plusieurs mois, fait suite une phase de dépression provoquée ordinairement par la formation de l’hématome. Si l’hémorrhagie est légère, elle se fait sans symptômes bruyants; si elle est brusque et abondante, elle détermine l’apoplexie, le coma, elle provoque une hémiplégie généralement incomplète, et quelquefois des contractures et des convulsions. Dans les cas graves, le pouls est lent et irrégulier, la pupille est rétrécie du côté de la lésion, les sphincters sont paralysés, et la mort est la terminaison habituelle.
Les phénomènes paralytiques peuvent exister seuls, sans avoir été précédés d’apoplexie; ils diffèrent sensible-
1. Baillarger. Du siège de quelq. hémorvlu méning. Th. de Paris, 1S37.