LE MUGUET
Le muguet est encore nommé Manchet ou stomatite crémeuse. On l’a nommé muguet parce qu’il rappelle par son aspect la petite fleur blanche, le convallaria maialis. 11 ressemble à première vue à un enduit blanchâtre et crémeux qui recouvre en divers points la muqueuse buccale. Cet enduit est formé par la réunion de plaques, qui ont l’aspect de lait caillé, et qui sont elles-mêmes formées par un semis de grains saillants et blanchâtres
Mais la description du muguet serait fort incomplète si elle restait limitée au muguet buccal. La bouche est, il est vrai, le lieu d’élection du muguet, néanmoins les travaux de ces dernières années ont montré quelle est sa fréquence dans d’autres régions. Aussi, bien que cet article ait sa place au chapitre des maladies de la bouche, il doit comprendre nécessairement la description du muguet tout entière. Je commencerai donc par retracer l’ histoire naturelle du muguet, et j’étudierai ensuite les modifications qu’il présente suivant les régions où il se développe.
Histoire naturelle. — Anatomie pathologique. — Si l’on examine au microscope une parcelle du muguet buccal, on voit deux éléments distincts : l’un qui sert pour ainsi dire de trame, et dans lequel on ne trouve ni pus ni librine, est formé par des cellules pavimenteuses de tout âge, la plupart dégénérées et granuleuses; l’autre, l’élément spécifique, est formé de filaments entre-croisés et de corpuscules arrondis. Ces filaments avaient été considérés autrefois comme un mycélium de champignon (ixuxyjç. champignon), et les corpuscules arrondis étaient regardés comme les graines de ce champignon (anopà, graine). A
MALADIES DE LA BOUCHE
cette époque le muguet fut décrit comme un végétal de la famille des champignons, un cryptogame du genre oïdium, l’aphthophyta (Gruby) ; Y oïdium albicans (Robin1 2 3), le syringospora (Quinquaud*). Après les travaux de M. Audry on a admis que le muguet est une levure'’. M. Audry range le muguet parmi les saccharomycètes ; il décrit sa forme levure, il fait connaître les résultats qu il a obtenus par des cultures sur des milieux solides (pomme de terre) et dans les milieux liquides (bouillons de Koch), et il propose de nommer le parasite Saccharomyces albicans.
Mais de nouvelles recherches tendent à démontrer que le muguet n’est pas un vrai saccharomycès4. On a cependant publié une observation du muguet du pharynx provoqué par une vraie levure, une levure banale, comparable aux levures industrielles, ce qui prouve une fois de plus « qu’un micro-organisme naturellement inoffensil peut, en s’ensemençant sur un milieu préparé, devenir pathogène et donner lieu à une affection morbide caractérisée5 ».
Voici ce que nous apprennent les cultures du muguet : Sur la carotte cuite stérilisée, les cultures donnent en 48 heures des colonies d’un blanc de neige. L’examen microscopique y décèle le saccharomycès sous forme de cellules arrondies, groupées ou accolées et revêtues d’une enveloppe qui ne se laisse pas colorer. Cultivé dans un bouillon, le micropbyte se développe et se présente après quelques jours sous forme de longs filaments et de cellules ovalaires. Mais reportée sur un milieu solide, la culture ne donne plus de lilaments, elle ne donne que les corpuscules arrondis. Les vraies spores n’apparaissent même que dans un liquide minéral sucré.
1. A. Itobin. Ilisl. nal. des végétaux parasites. Paris, 1853.